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La Griezmann-mania éclipserait-elle les perfs de Lloris ou Umtiti?

Temps de lecture : 5 min

Le foot, c’est un sport d’équipe. Pourtant, on ne parle plus que du numéro 7.

Antoine Griezmann et Samuel Umtiti après le pénalty tiré contre l’Allemagne au Stade Vélodrome, à Marseille, le 7 juillet 2016, en demi-finale de l’Euro | PATRIK STOLLARZ/AFP
Antoine Griezmann et Samuel Umtiti après le pénalty tiré contre l’Allemagne au Stade Vélodrome, à Marseille, le 7 juillet 2016, en demi-finale de l’Euro | PATRIK STOLLARZ/AFP

Et si la folie autour de «Grizou» était en train d’éclipser les belles performances de joueurs comme Lloris ou Umtiti? Le débat a surgi en conférence de rédaction au lendemain de la qualification des Bleus pour la finale de l’Euro 2016 face à l’Allemagne. A eu alors lieu une discussion en catimini entre stagiaires. D’un côté, Camille, en mode esprit Coubertin, de l’autre Cyril, amoureux transi du nouveau phénomène français.

CAMILLE: Salut, dis-moi, entre nous, tu n’en as pas marre de voir Griezmann partout sur Twitter et Facebook? On le compare à Zizou, à Napoléon. Ok, je ne suis pas une spécialiste mais, pendant ce temps, Lloris et Sissoko sortent le match de leur vie, et on ne dit rien…

CYRIL: Salut Camille. Il va pourtant falloir t’y habituer rapidement, car ce n’est pas près de s’arrêter. «Grizou» représente tout ce que recherche le grand public. Il est le symbôle de ce qu’on appelle la nouvelle génération. Il présente si bien du haut de sa crête blonde que des dizaines et des dizaines de propositions indécentes lui sont même faites sur les réseaux sociaux. Plus sérieusement, jouer au poste d’attaquant multiplie par dix ton potentiel de célébrité. Marquer un but sera toujours plus sexy que sortir des parades exceptionnelles comme celle d’Hugo Lloris ou effectuer le travail de sape bien moins valorisant de Sissoko.

CAMILLE: Je ne sais pas si je vais réussir à réellement m’y habituer. Le foot, c’est un sport d’équipe, et je trouve ça plus juste de parler du travail fourni par l’ensemble des Bleus jeudi 7 que des deux frappes de Griezmann. Durant cette demi-finale, les défenseurs étaient clairement excellents et Lloris a montré à quel point il était précieux. Ils méritent leur heure de gloire. J’aimerais bien qu’on garde en mémoire cette phrase de Zidane: «Les performances individuelles, ce n’est pas le plus important. On gagne et on perd en équipe.»

CYRIL: Très intéressant et très drôle comme phrase venant d’un tel joueur. Griezmann aurait pu lâcher le même genre de propos, ma foi très convenus, en début d’Euro quand ses performances laissaient encore à désirer. D’ailleurs, ne l’oublie pas, mais Zidane, en 1998, on ne retient que lui. Pourtant, avant la finale contre le Brésil, il est plutôt à côté de ses pompes. Il a suffi d’un match inoubliable et de deux coups de tête pour reléguer au second plan les performances de très haut niveau de Lilian Thuram, Marcel Desailly ou encore Didier Deschamps. C’est la loi d’un sport comme le football, où peu de buts sont inscrits. Le besoin de s’attacher à une seule et unique figure providentielle est plus grand. C’est beaucoup plus simple de partager le gâteau dans des sports comme le rugby ou le handball.

CAMILLE: Cette notion de «figure providentielle» est franchement à relativiser.

CYRIL: Je te coupe, juste un exemple: regarde le nombre de fois où l’attente quasi mystique d’un nouveau Zinedine Zidane a brisé la carrière de jeunes talents (Camel Meriem, Marvin Martin, Mourad Meghni, Samir Nasri, Yohann Gourcuff, voire Hatem Ben Arfa).

CAMILLE: Ok, on a besoin de ce genre de joueurs et de buts pour gagner. Mais les plus vaillants, ce sont Sissoko, Lloris et Umtiti. Ils étaient partout, à tout instant. Eux, à part L’Équipe, qui en parle rapidement –et pas en première page–, on ne leur tresse pas des lauriers.

CYRIL: C’est plus compliqué. Il y a plusieurs hommes du match. D’ailleurs, L’Équipe ne s’y est pas trompé. Le quotidien a offert un 9/10 à Antoine Griezmann («On n’avait plus vu un attaquant aussi décisif en bleu depuis Henry»), et un 8/10 au gardien français («Lloris, énorme tout simplement» en ouverture de page 4). C’est bien Lloris qui fait l’objet d’un article en tête de page le premier. Tout cela pour dire qu’on a simplement besoin de symboles identifiables, d’étoiles qui nous guident, qui nous «portent», comme le dit L’Équipe. Griezmann est le candidat rêvé. Sa communication est parfaite: gendre idéal, il sait aussi pleurer en cas de défaite et immortaliser ses buts en agitant un combiné imaginaire. C’est un sans-faute. Lloris, lui, pâtit de son image de taiseux sans charisme, une image sans doute caricaturale mais dont il n’a jamais vraiment tenté de se défaire.

CAMILLE: Je ne dirais pas que Lloris est un taiseux sans charisme. Il a juste passé l’âge de faire le beau gosse sur la pelouse comme Grizou. C’est plutôt une force tranquille et, pour le coup, un bon capitaine. Après, c’est vrai que Griezmann fédère et c’est pour moi une des valeurs fondamentales du sport: l’unité. Mais est-ce qu’on n’est pas en train de s’emballer autour de lui? Au début du tournoi, quand il était un peu en peine, tout le monde encensait Payet. Jeudi soir, on l’a pourtant vu en difficulté face à Kimmich. Le milieu de terrain termine avec 3 dans L’Équipe, le seul Bleu à ne pas avoir la moyenne. Tu ne crois pas que, comme lui, «Grizi on fire» risque juste d’être une étincelle ?

CYRIL: Il n’a que 25 ans et regarde tout ce qu’il a déjà accompli. Il faut se souvenir qu’il a été contraint de s’exporter à Saint-Sébastien, en Espagne, après que les centres de formation français se sont refusés à lui à cause d’un physique jugé trop frêle. Aujourd’hui, il fait partie à 25 ans des «trois meilleurs joueurs du monde» selon son coach, Diego Simeone. Je pense qu’il va s’installer durablement comme leader des Bleus. Après une première Coupe du monde réussie au Brésil, il a su s’épanouir à son rythme.

CAMILLE: Ça c’est sûr, son capital confiance est au plus haut. Mais j’ai un dernier argument en faveur de Lloris. On qualifie Neuer, le gardien allemand, de «Mur». Hier, Hugo a été exactement au même niveau. Une grande partie de la victoire a reposé sur lui. Tranchons et disons qu’ils sont les deux hommes à retenir pour ce match France-Allemagne. Je range quand même dans un coin de ma tête Sissoko et Umtiti parmi «ceux grâce à qui nous avons gagné la demi-finale de l’Euro 2016». Et puis, qui sait, peut-être va t-on avoir un nouveau héros pour la finale ?

CYRIL: Pourquoi pas Gignac? Non je rigole. Coman, peut-être? Et, dans ce cas, imagine le casse-tête de la Fédération. Qui pour trôner sur la façade de l’Arc de Triomphe, dix-huit ans après Zidane? Et si ce n’était pas un joueur de l’équipe, mais son entraîneur…

CAMILLE: Si c’est le cas, tu peux être sûr que Griezmann va faire grise mine (cadeau, elle est pour moi).

CYRIL: Je pense qu’il est vraiment temps de mettre fin à cette conversation...

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