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Mais au fait, à quoi sert l'arbitre de surface?

Temps de lecture : 4 min

Moqué par le public sur son utilité, critiqué par les clubs quand une décision lui échappe, l’arbitre de surface n’a pourtant pas un rôle si facile.

Les cinq arbitres de Allemagne-France à Marseille. Les deux arbitres de surface sont aux extrémités. BORIS HORVAT / AFP.
Les cinq arbitres de Allemagne-France à Marseille. Les deux arbitres de surface sont aux extrémités. BORIS HORVAT / AFP.


Pendant quarante minutes, la France a été asphyxiée par les champions du monde allemands, jeudi soir à Marseille. Après une entame tonitruante, les Bleus sont rentrés dans le rang et dans leur camp, pliant sans rompre face aux assauts de la Nationalmannschaft. Quelques tentatives par-ci par-là, pour montrer qu’ils étaient toujours là. Jusqu’à l’approche de la mi-temps. Un corner français, finalement repoussé. Puis quelques secondes d’incompréhension, coupées par la décision de Nicola Rizzoli, l’arbitre italien. Penalty. La suite, on la connaît. Mais pas la raison d’une telle indécision. Il s’avère que c’est l’arbitre de surface qui a signalé la main, prouvant son utilité par la même occasion.

La veille encore, le rôle de cet «arbitre additionnel», qui trépigne durant tout le match sur les cinq mètres qui séparent le but de la ligne de surface, était encore questionné.

Le «cinquième arbitre» –concept qui correspond en fait au cinquième et sixième hommes en noir, le quatrième se trouvant au bord du terrain– a fait ses premiers pas (sur cinq mètres, toujours) en 2009 en Ligue Europa, avant d’être introduit en Ligue des champions et lors de l’Euro 2012. Après cette expérimentation européenne, la Fifa a décidé de l’étendre à l’échelle mondiale. «Si les organisateurs des tournois le souhaitent, l'arbitre et les juges de touche seront assistés par deux autres officiels postés derrière chaque ligne de but qui devront porter attention aux actions dans et en dehors de la surface de réparation», expliquait Jérôme Valcke, ex-secrétaire général de la Fifa (et un des principaux concerné par le scandale de corruption qui a touché l’organisation, ce qui lui a valu une suspension de dix ans) en 2012. Et tant pis si Guy Roux, le légendaire entraîneur de l’AJ Auxerre, disait déjà qu’un match de foot se jouant avec trois arbitres «a donc trois fois plus de chances d’avoir des erreurs d’arbitrage».

Un rôle concurrencé par la technologie

Malgré cet adoubement par les organisations internationales, l’arbitre de surface n’a jamais convaincu avant cet Euro. Même les clubs se moquaient parfois de son inutilité supposée, comme l’AS Monaco la saison dernière, lors d’un barrage de Ligue des champions contre Valence.

Dans un article qui date de février 2015, le syndicat des arbitres de football d’élite (Safe) précisait le rôle des arbitres additionnels. Leur première fonction était le «jugement du franchissement de la ligne de but par le ballon». Un titre assez pompeux. Et désormais inutile, en raison de la mise en place de la goal-line technology en Ligue 1 depuis la saison dernière. Une technologie également présente à l’international avec la Coupe du monde et l'Euro ou les grands championnats européens (seule l’Espagne n’a pas souhaité se doter de la goal-line).

Autre rôle de l’arbitre additionnel avancé par le Safe: le «contrôle des lignes». Sauf que, là encore, des critiques ont fusé après le quart de finale de Coupe de la Ligue cette saison. Le PSG avait ouvert le score face à l’Olympique Lyonnais alors que le ballon était en dehors du terrain.

Pourtant, la fonction d’arbitre de surface est loin d’être un emploi fictif lors de cet Euro. C’est lui qui signale la faute de Patrice Evra contre la Roumanie et donc la main de Schweinsteiger lors de la demi-finale. Et leur rôle est plus compliqué qu’on ne le pense. «Ils ne me font pas envie. Parce que rester comme ça, planté, sur cinq mètres, moi je voudrais rentrer sur le terrain», plaisante Bruno Derrien, ancien arbitre international et auteur du livre À bas l’arbitre.

«Il faut rester motivé et concentré tout le temps»

Dans une interview qui date de 2011, l’ancien directeur national de l’arbitrage Marc Batta soulignait également que les arbitres additionnels devaient «se tenir prêts», à l’image d’un gardien de but car ils pouvaient rester inactifs pendant «dix à quinze minutes». «Il faut rester motivé et concentré tout le temps, abonde Bruno Derrien. Quand une équipe n’a plus d’actions vers son but, cela peut être un souci en cas d’attaque pour l’arbitre s’il n’est pas attentif.»

Surtout qu’un arbitre de surface affronte une difficulté supplémentaire, contrairement aux autres hommes en noir: le jeu vient vers lui, alors que l’arbitre central a une vision d’ensemble de l’arrière et que l’arbitre assistant a une vision latérale. «Des fois, c’est peut-être plus difficile de voir les fautes de face que de dos, il y a une gymnastique à avoir auquel les arbitres ne sont pas habitués», suppose Bruno Derrien.

D’autant qu’ils ne sont pas mis en valeur. «Ces assistants supplémentaires sont transparents, estime l’arbitre suisse Damien Carrel dans Le Temps. Ils n’ont pas l’opportunité de se manifester visuellement, comme les assistants avec leur drapeau, et ne sont donc pas très crédibles. Ils peuvent juste communiquer ce qu’ils voient à l’arbitre central, qui peut facilement les ignorer.»

Le Safe insiste également sur leur manque de visibilité. «Les arbitres additionnels ont des missions bien précises: pour discrètes qu’elles soient, elles n’en demeurent pas moins essentielles.» Après la demi-finale face à l’Allemagne, les Bleus ne peuvent qu’approuver.

Christophe-Cécil Garnier Journaliste à Slate.fr

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