France

Ces trois hôtels sur la Côte d’Azur ont conquis la crème des «rich & famous»

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 11.07.2016 à 13 h 10

Ces trois hôtels méditerranéens sont des refuges mythiques pour qui aime le luxe, la bonne chère et les pieds dans l’eau.

Restaurant les Pêcheurs | Avec l’aimable autorisation du Cap d’Antibes Beach Hotel

Restaurant les Pêcheurs | Avec l’aimable autorisation du Cap d’Antibes Beach Hotel

Sur la Côte d’Azur, la parenthèse estivale paraît peu impactée par la crise: enquête à Juan-les-Pins et Antibes dans trois bons hôtels sur la mer.

1.Les Belles RivesPension de famille pour happy few

Rares sont les résidences azuréennes détenues et gérées par une famille. C’est le cas à Juan-les-Pins de l’ancienne Villa Saint-Louis des années 1920 devenue le fameux Hôtel Belles Rives, face à la Grande Bleue, un balcon sur le sable choisi par Francis Scott Fitzgerald et son épouse Zelda pour y vivre en 1925 et 1926 au côté du compositeur Cole Porter, un amoureux des bains de mer, du jazz et des fêtes au champagne.

Marianne Estène-Chauvin incarne la quatrième génération à la tête de cette villa de pierres blanches dressée sur la façade maritime de Juan-les-Pins, à l’ombre du Provençal, le palace fantomatique qui n’a toujours pas rouvert.

Si un bon hôtel se définit par la clientèle qui y descend, les Belles Rives ont accueilli depuis les années Fitzgerald le gratin des célébrités d’Outre-Atlantique: Ernest Hemingway, Gerald et Sara Murphy, milliardaires mécènes, Rudolf Valentino, Florence Gould, Ella Fitzgerald, Ray Charles, Miles Davis, Joséphine Baker et des Montparnos comme Pablo Picasso.

Le mérite essentiel de Marianne Estène-Chauvin, c’est d’avoir maintenu en état les Belles Rives, son charme, son cachet Art déco, la vue splendide sur les flots – c’est là qu’a été inventé le ski nautique –sans transformer l’hôtel familial en palace clinquant pour congrès et séminaires.

Un site pareil en lisière des eaux bleutées est un trésor azuréen à l’heure où l’on ne peut plus construire et bétonner le littoral

Songez qu’elle reçoit une offre de rachat par mois depuis un quart de siècle: un site pareil sur les eaux bleutées est un trésor azuréen à l’heure où l’on ne peut plus construire et bétonner le littoral. Pour Marianne Estène-Chauvin, lectrice cultivée, férue d’art moderne, son hôtel de quelques clés reste marqué par l’empreinte de Scott Fitzgerald, qui a écrit dans ces murs Tendre est la nuit, peut-être son chef-d’œuvre avec Gatsby le Magnifique. La propriétaire remet chaque année en juin le Prix Scott Fitzgerald à un écrivain célébrant l’élégance, le goût du style et l’art de vivre: en 2016, Parmi les dix milliers de choses, de Julia Pierpont (Éditions Stock).

Le Bar Fitzgerald est classé comme le Café Florian à Venise. C’est la dimension humaine, l’aspect pension de famille pour happy few qui fait tout le prix des Belles Rives: la terrasse pour les dîners, la plage privée où l’on déjeune, le ponton pour le farniente, les matelas sur le sable et les deux restaurants dirigés par Yoric Tièche, ex-bras droit de Yannick Alleno au Meurice. Il a décroché sa première étoile à la Passagère restaurée, dont les murs s’ornent de toiles et de sculptures modernes. L’œil est aux aguets et le palais séduit par les vagues de plats personnalisés: les ravioles crémeuses au fromage de Robiola escortées de homard rôti (31 euros), le tartare de crevettes au citron et artichauts (26 euros), les langoustines au gingembre rôties et chou au curry (42 euros) et le filet de Saint-Pierre au naturel, céleri et petits pois (49 euros). Tout cela est concocté sans chichis ni afféteries –on savoure la vérité des produits comme le voulait Alain Chapel, le maître de Mionnay.

Terrasse la Passagère de l’Hôtel Belles Rives | Avec l’aimable autorisation de l’Hôtel Belles Rives

Côté gâteries, Steve Moracchini, élu Meilleur Pâtissier de l’Année par le Gault et Millau, propose un rare soufflé au citron (18 euros) et un exquis sabayon froid au cacao et caramel macadamia (18 euros).

À la plage, sous les parasols blancs, des assiettes fraîches: la salade niçoise dans les règles (18 euros), le vitello tonnato (20 euros) et la tarte aux framboises (20 euros), toutes ces friandises en lisière des eaux bleutées, maillots de bains tolérés.

Pour la saison à venir, Marianne Estène-Chauvin sait qu’elle peut compter sur les amoureux des Belles Rives qui réservent les mêmes chambres d’année en année. La propriétaire vit la vie de son hôtel, créant des événements festifs –une dizaine de soirées lounge où l’on danse jusqu’à l’aube et des dîners à thèmes (Dom Pérignon).

Les Belles Rives approchent du centenaire, c’est l’aspect éternel de l’adresse azuréenne enrichie par l’expérience de sa propriétaire si attachée à son devenir et que l’on doit saluer.

Les Belles Rives

33, boulevard Édouard Baudoin 06160 Juan-les-Pins

Tél.: 04 93 61 02 79

Menus à la Passagère à 55, 85 et 120 euros pour sept services

Chambres à partir de 315 euros

Plage privée; parking

Le site

2.Hôtel du Cap-Eden-RocÎlot de bonheur

Édifiée par Auguste de Villemessant, fondateur du Figaro, l’ancienne Villa Soleil (1870) s’est muée en hôtel de style Napoléon III en 1887 avec l’arrivée d’un hôtelier piémontais, Antoine Sella. C’est lui qui a baptisé l’élégant bâtiment «Hôtel du Cap», ce qui a coïncidé avec l’aurore des vacances d’été, la voie ferrée Paris-Marseille-Menton et le train de luxe datant des années 1870. Quarante-cinq ans plus tard, la piscine d’eau de mer est construite ainsi que les fameuses cabanes au bord de la mer, toujours sans électricité.

Restaurant Eden-Roc et son homard bleu, verger de légumes verts printanier, crème acidulée, sauce civet à l'estragon | Avec l’aimable autorisation de l’Hôtel du Cap-Eden-Roc

Mais c’est au couple allemand Maja et Rudolf August Oetker, qui a fait fortune dans l’agroalimentaire, que l’on doit le palace méditerranéen de légende créé grâce au luxe des lieux, à la clientèle américaine, au Festival de Cannes. Les stars internationales, à commencer par Madonna, Brad Pitt, Leonardo DiCaprio, continuent à faire, sans le vouloir, la promotion de la fête annuelle du cinéma –et les fabuleuses soirées de bienfaisance AMFAR ont amplifié dans les années 1970 l’effet Cannes. En 2016, mille couverts dans le jardin du Cap-Eden-Roc et 23 millions de dollars de dons, «ce qui équivaut à six mois de promotion dans la presse mondiale» souligne Laurent Van Hoegaerden, ancien du Crillon, directeur distingué du Cap-Eden-Roc depuis 2008; il est la mémoire du site hôtelier.

En fait, le palace antibois, logé dans un parc de 9 hectares (la façade immaculée et les jardins aux essences rares sont classés), vibre depuis un siècle au rythme de la Riviera française. Les Oetker et Jean-Claude Irondelle, talentueux directeur de 1970 à 2005, vont mettre en valeur le Pavillon Eden-Roc construit en terrasse sur la mer, véritable ode à la lumière et au soleil azuréens. La propriété dans la pinède et ses dépendances luxueuses à la pointe du Cap ont été vécues par la gentry internationale comme un refuge pour l’élite des grands de ce monde: les Kennedy, Stávos Niárchos, Marcel Dassault, le duc et la duchesse de Windsor, Marlène Dietrich, George Bernard Shaw prix Nobel, Catherine Deneuve, Sharon Stone, Robert Redford, Steven Spielberg…

L’hôtel a été classé numéro 1 mondial dans la catégorie «Hôtels en bord de mer», et certifié dans les dix meilleurs hôtels du monde. Pour Antibes, une cash machine.

Qu’est-ce qui a conquis la crème des «rich and famous»? La «privacy», la sécurité, la splendeur de l’établissement, l’espace, l’ambiance raffinée, conviviale et chaleureuse des lieux de vie. Et puis, le groupe Oetker, les cadres du palace comme Philippe Perd, diplômé de Harvard, n’ont cessé de créer des innovations dont deux villas privées dans les jardins. Au spa Sisley, quatre cabines de soins, sauna, hammam, patio extérieur, salle de fitness pour remise en forme complète. Et le salon de beauté pour l’esthétique. Quatre tennis.

La privatisation de l’Hôtel du Cap, les aménagements, la piscine, la terrasse et les restaurants pour réceptions, mariages et événements particuliers affectent peu la vie du palace, rarement plus de trois à cinq jours par an, hors saison. Il faut savoir que l’établissement hôtelier de super luxe emploie 540 personnes de Pâques à la fin octobre et que les rares privatisations ne se déroulent jamais l’été, quand l’hôtel affiche complet.

Le buffet du déjeuner n’a pas d’équivalent sur la côte: des huîtres au jambon Culatello à la coupe, crevettes royales, burrata, thon cru, soufflé chaud à la verveine au jus de fraises du pâtissier Lilian Bonnefoi. Un enchantement gourmand face à la mer

Le Michelin est très sourcilleux sur ce chapitre précis, c’est pourquoi l’Hôtel du Cap et son grand restaurant de 150 places n’ont jamais été étoilés –une singulière bévue quand on se penche sur la noble cuisine concoctée par la brigade de vingt-cinq à trente cuisiniers, pâtissiers, boulangers, dirigée par le chef exécutif Arnaud Poëtte, trente-trois ans de maison, secondé par le Niçois Olivier Gaiatto, chef en titre de l’Eden-Roc, quinze ans de maison.

De la haute cuisine s’il en est, axée sur la pêche du jour: loup de mer, daurade royale, chapon, pageot, rouget de roche, découpes en salle de l’agneau, de la poulette de Rennes, du cochon fermier laqué au miel. La superbe carte est vouée à la tradition saisonnière et marine. Elle reste très française, pas de sushis ni de pot-au-feu chinois.

Le buffet du déjeuner n’a pas d’équivalent sur la côte: des huîtres au jambon Culatello à la coupe, crevettes royales, burrata, thon cru, soufflé chaud à la verveine au jus de fraises du pâtissier Lilian Bonnefoi, artiste du chariot des gâteries, un enchantement gourmand face à la mer.

Bref, Michael Ellis, patron actuel du Michelin, est venu au printemps procéder à une inspection en règle et à une dégustation des spécialités du chef d’Eden-Roc. Quel n’a pas été son étonnement de constater que la restauration magistrale d’Eden-Roc non étoilée n’avait jamais été considérée par le guide rouge que comme un bistrot de quartier dépendant des plats Metro. Sidérant!

Que sera le verdit du Michelin en février 2017? Pour l’heure, le moral des cadres et des personnels est au beau fixe: Eden-Roc est quasiment plein du début juillet à fin septembre, avec 50% d’Américains et 17% de Français. Les adresses de rêve, celles qui meublent l’imaginaire des accros des voyages, ne sont pas légion en France. L’Hôtel du Cap-Eden-Roc est bâti comme un refuge mythique, un palace méditerranéen vécu comme un rêve éveillé sous le ciel d’Antibes, un îlot de bonheur à vivre.

Hôtel du Cap-Eden-Roc

Boulevard JF Kennedy 06600 Antibes

Tél.: 04 93 61 39 01

Déjeuner à 76 euros, buffet à 125 euros, dîner à 125 et 150 euros; carte de 110 à 170 euros

Chambres à partir de 550 euros; cabanes privées pour la saison

Le site

3.Cap d’Antibes Beach HotelLignes modernes sur la pinède

À une dizaine de minutes de l’Hôtel du Cap-Eden-Roc se dresse un Relais & Châteaux antibois dissimulé sous les arbres et niché sur le sable fin, entre le port Gallice et le port du Crouton. Cette localisation hôtelière, les pieds dans l’eau, fait tout l’attrait d’un séjour estival au Beach, trente-cinq chambres et suites à des tarifs décents, deux restaurants de qualité, une piscine à jets, et au large l’Éclipse, le fantastique yacht géant (163 mètres de long) du milliardaire russe Roman Abramovitch, immobile depuis le début juin. Il ne bouge jamais.

Ce lieu secret n’a pas de prix: vous êtes dans une crique d’un hectare donnant sur la Grande Bleue, face aux Îles de Lérins et au massif des Maures. C’est l’ancienne Maison des Pêcheurs où les fidèles du Provençal à Juan-les-Pins, de l’Hôtel du Cap-Eden-Roc et des villas de rêve posées sur le littoral venaient savourer la fameuse bouillabaisse épicée de Ricardo.

Hotel Cap d'Antibes Beach Hotel | Avec l’aimable autorisation de l’Hotel Cap d'Antibes Beach Hotel

Il a fallu attendre 2003 pour que la famille Ferrante, propriétaire, réaménage l’espace marin laissé à l’abandon: ah, l’heureuse initiative! D’où ce Relais & Châteaux aux lignes modernes, bien intégré à l’environnement, bâti sur la pinède: pas de béton affligeant.

Pour l’été à venir, le directeur Franck Farneti, Niçois bon teint, pilote ce spot méditerranéen comme une demeure privée, pas de faux snobisme, de la bonne humeur vacancière ensoleillée. Il connaît son monde et sait tout ce que les Ferrante ont investi pour la modernisation de ce lieu de charme et de bonheur de vivre.

Côté réservations, les prévisions sont bonnes, et la clientèle étrangère (le poumon de la Côte), les Américains du Nord et du Sud, les Anglo-Saxons amoureux de la Côte, les Européens voyageurs se soucient désormais de la culture vivante: les visites des musées, des expositions, le souvenir de Picasso à Mougins et à Vallauris, Chagall à Nice, et la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence font partie des itinéraires demandés. Le «sun bathing» n’est plus le nec le plus ultra des vacances dans le Midi.

En cuisine, Franck Farnetti a fait venir le chef niçois Nicolas Rondelli, ex-bras droit de Jacques Chibois, étoilé à la délicieuse Bastide Saint-Antoine à Grasse. Les spécialités nissardes sont bien présentes à la carte du Restaurant de la Plage: les petits farcis tomatés (18 euros), les beignets de courgettes (15 euros), les linguine vongole (25 euros), les penne aux gambas et basilic (18 euros), et les raviolis niçois (25 euros) exécutés dans les règles.

Pas de faux snobisme, de la bonne humeur vacancière ensoleillée

Le dimanche, 200 couverts bien envoyés sous les parasols. À l’étage, au restaurant les Pêcheurs, le chef du Beach vise une partition plus élégante: le Saint-Pierre au basilic (49 euros), le loup snacké aux beignets de broccio (65 euros) et le turbot rôti sur l’arête au jus de soupe de poissons (59 euros). Il y a là des trouvailles locavores et une quête de saveurs goûteuses perçues dans les garnitures en situation. Admirable panorama sur l’horizon liquide, on est fasciné.

Cap d’Antibes Beach Hotel

10, boulevard du Maréchal Juin 06160 Antibes

Tél.: 04 92 93 13 30

Menus aux Pêcheurs à 85 et 15 euros; carte de 90 à 120 euros; à la plage, carte de 50 à 70 euros, midi et soir; rosé de Triennes (28 euros la bouteille)

Chambres à partir de 220 euros

Le site

Nicolas de Rabaudy
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