France

La salle de sports d'Abdeslam, c'est surtout le signe que les détenus ont aussi des droits

Bruno Cravo, mis à jour le 08.07.2016 à 15 h 45

La polémique suscitée par la visite des députés Thierry Solère et Éric Ciotti à la prison de Fleury-Mérogis méprise en grande partie la loi.

Fleury-Mérogis I ERIC FEFERBERG / AFP

Fleury-Mérogis I ERIC FEFERBERG / AFP

«Où finit la loi, commence la tyrannie.» La célèbre maxime du philosophe anglais John Locke semble oubliée quand il s'agit de commenter les conditions d'incarcération de Salah Abdeslam à Fleury-Mérogis. La mise à disposition au présumé terroriste des attentats du 13 novembre 2015 d'une salle de sport à son usage exclusif a suscité la polémique après les visites des députés Républicains Thierry Solère (Hauts-de-Seine) et Éric Ciotti (Alpes-Maritimes). Une position qui a suscité une levée de boucliers chez les avocats, Régis de Castelnau et Maître Eolas en tête. Ceux-ci ne manquent pas de rappeler les droits des détenus, même quand il s'agit de Salah Abdeslam.

Sur son blog, Maître Eolas, en plus d'évoquer les conditions de détention du Bruxellois, invoque l'article 27 de loi pénitentiaire. Celui-ci dispose que «toute personne condamnée est tenue d'exercer au moins l'une des activités qui lui est proposée par le chef d'établissement et le directeur du service pénitentiaire». Dans le cas de l'ancien gamin de Molenbeek, c'est le sport qui a été choisi plutôt que les cours de langue, afin de préserver au maximum l'isolement de ce détenu spécial.

Les deux avocats refusent de parler de conditions de détention avantageuses chez l'auteur présumé des attentats de Paris en novembre 2015. Plutôt une mise en valeur du travail de Franck Berton, pointilleux sur les droits de son client, filmé 24 heures sur 24 et disposant d'une vie intime extrêmement limitée. Deux aspects de la détention, qui prennent en compte le caractère terroriste des infractions imputées, dont il souhaite la remise en cause par plusieurs procédures judiciaires.

Comme le rappelle Régis de Castelnau, la France a décidé de juger Abdeslam par «les voies judiciaires classiques d’un pays en paix. À partir du moment où c’est le cas, on en applique scrupuleusement les règles. Pas simplement pour des raisons de cohérence, mais par ce qu’il est toujours grave de les affaiblir en les violant, même pour un Salah Abdeslam.» Rien n'autorise donc des postures au-dessus des lois, dans l'incarcération comme dans le jugement. Même quand on parle de l'ennemi public numéro 1. 

Bruno Cravo
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Journaliste
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