Sciences

L’alcoolisme est favorisé par les discriminations

Temps de lecture : 2 min

Être stigmatisé à cause de son origine ethnique, de son sexe ou de son orientation sexuelle stresse. Et le stress pousse à boire trop d'alcool et à mettre sa santé en danger.

Le stress généré par les discriminations raciales est un facteur de consommation excessive d’éthanol | Johnny Silvercloud via Flickr CC License by

Être stigmatisé stresse, être stressé pousse à boire, être victime de discriminations est un terrain favorable à l’alcoolisme. Si ce syllogisme semble tomber sous le sens, il n’avait étrangement encore jamais fait l’objet d’une analyse factuelle scrupuleuse. Cette lacune est désormais comblée avec l’étude menée par Paul Gilbert et Sarah E. Zemoren, chercheurs en santé comportementale et publique, publiée dans le numéro de juillet de la revue Social Science & Medicine.

«Nous avions cette idée voulant que la discrimination soit associée à des excès de boisson et les problèmes de santé correspondants, explique Paul Gilbert, mais nous ne savions pas réellement quelles preuves permettaient d’en attester. Je voulais découvrir ce que nous savions et la manière dont nous avions pu le savoir. Qu’est-ce que la science disait réellement?»

Aux États-Unis, de grandes études ont été menées depuis la fin des années 1980 pour décrypter les corrélations entre les risques cardiovasculaires des populations afro-américaines –significativement supérieurs à ceux des blancs– et la stigmatisation que ces groupes pouvaient subir. On sait aujourd’hui que le stress généré par les discriminations raciales est un facteur de premier plan de cette relative mauvaise santé cardiaque des noirs.

Consommation excessive

La revue de la littérature menée par Gilbert et Zemoren, portant sur quatre-vingt-dix-sept études publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture et détaillant des faits quantitatifs sur les liens entre discriminations et abus d’alcool, permet d’étendre la malfaisance sanitaire de ces maltraitances sociales. Et si l’extrême majorité (au nombre de soixante-et-onze) de ces études se focalisent sur le racisme, quelques-unes se penchent sur le sexisme et l’homophobie, pour conclure qu’ils affectent aussi la santé des individus qui en sont victimes en les poussant vers une consommation excessive d’éthanol.

Des études que Gilbert et Zemoren voudraient voir étoffées, notamment concernant d’autres groupes ethniques que les Afro-Américains et des individus potentiellement discriminés pour leur appartenance religieuse ou leur situation de handicap. De même, les chercheurs aimeraient que les types de stigmatisation soient différenciés selon le degré de risque alcoolique qu’ils génèrent –est-ce qu’une discrimination à l’embauche stresse autant qu’une ségrégation géographique ou scolaire? ces discriminations ont-elles les mêmes effets quand elles sont intériorisées et se transforment en haine de soi?

«Les connaissances de base sont là, conclut Gilbert. Pour faire progresser la science, la prochaine étape sera de savoir quels groupes sont spécifiquement concernés, quels types de discriminations ils endurent et quels effets spécifiques l’alcool peut induire: une simple consommation excessive? une addiction? des problèmes annexes à l’alcool, comme des accidents de voiture, des problèmes familiaux, au travail?» Entre autres questions en attente de réponse(s).

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