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Ce Portugal n'est pas ennuyeux, il est juste très pragmatique

Temps de lecture : 3 min

Faute d'une génération pétrie de talents, la sélection portugaise a troqué le style pour le résultat. Et ça marche.

Les Portugais fêtent leur qualification pour la finale de l'Euro 2016 après leur victoire sur le pays de Galles au Parc OL I MARTIN BUREAU / AFP
Les Portugais fêtent leur qualification pour la finale de l'Euro 2016 après leur victoire sur le pays de Galles au Parc OL I MARTIN BUREAU / AFP


La manière et le style de jeu d’un côté, le résultat et la victoire de l’autre. Devant ces deux possibilités, le Portugal, finaliste de l'Euro 2016 après sa victoire sur le Pays de Galles (2-0) et quatre matches nuls en six rencontres, a clairement fait son choix: celui du pragmatisme poussé à son paroxysme. Une option presque par défaut, la faute à une équipe moins talentueuse que par le passé et en pleine transition générationnelle.

Voir les Portugais évoluer de cette façon, rigoureux et refusant par moments le jeu, nous n'y étions pas vraiment habitués. Depuis des générations, les Lusitaniens étaient surtout connus pour être de redoutables manieurs de ballon. Ils avaient réussi, au fil des décennies, à imprimer un style soyeux, fait de possession de balle, de dribbles et d'offensives au détriment de la discipline défensive. D'abord, les coéquipiers
d'Eusébio au Mondial anglais de 1966, portés par le grand Benfica des années 1960. Puis les Chalana, Jordao, Jaime Pacheco, défaits en demi-finale par la France au bout du suspense. Et enfin, la fameuse «génération dorée» des Figo, Rui Costa et autres Couto, championne du monde des moins de vingt ans en 1991, puis demi-finaliste de l'Euro 2000 et finaliste de l'Euro 2004, compétition dans laquelle débutera le tout jeune Cristiano Ronaldo, 19 ans. La quatrième place acquise au Mondial allemand de 2006, après une énième défaite amère face aux Bleus en demi-finale (0-1), constituera le baroud d'honneur des derniers talents rescapés de cette génération en or, à qui on promettait des titres avec la Selecçao.

Changement d'esthétique

À partir de là, un brutal changement d'esthétique s'opère. Dans le sillage de Cristiano Ronaldo, formidable contre-attaquant, la sélection lusitanienne opère sa mue pour devenir, petit à petit, une experte de la contre-attaque. À l'Euro 2008, où elle s'incline en quarts de finale contre l'Allemagne, elle tente bien de faire illusion avec quelques fulgurances de Deco en véritable meneur de jeu, mais le football romantique s'en est allé. Le jeu de contres, lui, sera clairement assumé à partir de 2010 sous la houlette du sélectionneur Carlos Queiroz. Ce dernier entrera directement en conflit avec CR7, certainment pas convaincu d'un changement de vision aussi brusque.

Viennent l'Euro 2012 et le Mondial 2014. Les João Moutinho, Raul Meireles et autres Ruben Micael gagnent en maturité. Ceux-là sont de formidables milieux relayeurs, capables de temps à autre d'orienter le jeu et d'enchaîner les courtes phases de possession. Mais rien de comparable avec leurs illustres prédécesseurs. Le Portugal ne dispose jamais de grand attaquant de pointe sous le maillot de la sélection (témoin le zéro pointé de Pauleta à l'Euro 2004), mais est désormais orphelin de meneur de jeu. Les nouveaux venus du groupe convoqué à l'Euro 2016 respectent cette philosophie. Adrien Silva, João Mario, Renato Sanches, tous des 8 de métier, besogneux, prêts au combat mais en aucun cas des numéros 10 de formation, malgré des qualités techniques honorables.

«Pragmatisme»

Soupesant les forces à sa disposition au sortir de la Coupe du monde 2014, Fernando Santos a donc fait du «pragmatisme», mot qu'il répète à toutes les sauces lors de ses interventions, un credo. Sa façon de concevoir le football de sa sélection trouvait d'ailleurs une formidable expression après la victoire sur la Croatie en huitièmes de finale après une rencontre extrêmement fermée, remportée par les Portugais à la 117e sur leur premier tir cadré du match (1-0 a.p.): «Nous ne sommes pas là pour être beaux ou moches mais pour aller en finale et gagner.»

Tant pis si CR7 doit parfois jouer le rôle d'un vulgaire attaquant pivot, tant pis s'il faut laisser le ballon au modeste Pays de Galles ou à la petite Hongrie et se recroqueviller dans son propre camp. Tant pis si les matches des Lusitaniens ont le même effet qu'un somnifère. Seule compte la victoire.

La manière viendra peut-être avec les jeunes pousses. En témoignent la victoire des moins de 17 ans au Championnat d'Europe en mai 2016 ou le brillant parcours des Espoirs, finalistes de l'Euro 2015. Dans les deux cas, la Seleçcao a outrageusement dominé ses adversaires par un jeu de possession très attrayant et en accord avec les canons du football «à la portugaise» tel qu'on le connaît. En attendant leur éclosion, la génération CR7, une bande de joyeux trentenaires, n'espère qu'un résultat: la victoire à l'Euro 2016. Et peu importe la manière.

Bruno Cravo Journaliste

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