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Qui est le meilleur supporter de foot: François Hollande ou Angela Merkel?

Jacques Besnard, mis à jour le 07.07.2016 à 13 h 32

Le président français et la chancelière allemande aiment tous les deux le football. C'est en tout cas ce qu'ils veulent laisser paraître. Retour sur leur rapport avec le ballon rond.

Merkel et Hollande le 6 février 2013 I FRANCK FIFE / AFP

Merkel et Hollande le 6 février 2013 I FRANCK FIFE / AFP


Ce jeudi 7 juillet, les Bleus affrontent la Mannschaft en demi-finale de l'Euro. Un match alléchant déconseillé aux cardiaques et qui va passionner des millions de footeux. Ce sera le cas du président français François Hollande et de la chancelière allemande Angela Merkel qui aiment tous les deux le ballon rond. C'est en tout cas ce qu'ils laissent paraître. Mais au fait, qui d'Angela et de François, est le plus gros fan de football et de son équipe nationale?

 

1.Présence à l'EuroAvantage Hollande

Pour le moment, c'est François Hollande qui est le plus présent aux côtés des joueurs. Le président de la République a assisté à tous les matchs des Bleus depuis le début de la compétition: la Roumanie au Stade de France, l'Albanie à Marseille, la Suisse à Lille, le huitième face à l'Irlande à Lyon et le quart de finale contre l'Islande à Saint-Denis. Ce jeudi, il sera bien évidemment au Stade-Vélodrome.

Ce ne sera pas le cas d'Angela Merkel qui n'a pas encore assisté à une rencontre de la Mannschaft pendant cet Euro 2016. Cela ne l'a pas empêché de suivre de loin le parcours de son équipe et d'adresser un message de félicitations aux hommes de Joachim Löw après leur qualification face à l'Italie: 

«Quel jeu! Félicitations à l'équipe d'avoir atteint les demi-finales. Je suis très heureuse du succès contre l'Italie. Maintenant, nous devons croiser les doigts.»


Pour le match contre la France, la chancelière ne voyagera pas jusqu'à Marseille puisqu'elle a d'autres plans pour ce jeudi. Non, ce n'est pas un barbec' ou un tournoi de pétanque qui la retient mais une rencontre entre les chefs de gouvernement des Länder et le ministre fédéral des Finances, Wolfgang Schäuble.

On imagine qu'il y aura bien une petite télé pour suivre le match. On se souvient qu'en mai 2012, durant une réunion du G8, elle avait regardé la finale de la Ligue des champions entre le Bayern Munich et Chelsea.

 

2.Enthousiasme en tribunesAvantage Merkel

Bon, il n'y a pas photo. C'est Merkel qui a le plus sa place dans un kop de supporters. La femme la plus puissante du monde, selon Forbes, donne de la voix pour soutenir ses poulains lorsqu'elle assiste aux matchs de la Mannschaft. Sa joie après un but de Mats Hummels contre le Portugal lors de la dernière Coupe du monde en est la preuve: en tribunes, Merkel se lâche. Les Allemands en ont même fait un T-shirt

Du côté de François Hollande, c'est plus sobre, plus contenu, tout en retenue, comme l'expliquait Noël Le Graët sur Europe 1. Le président de la Fédération française de football a déjà suivi un match des Bleus à ses côtés. Il peut donc témoigner.

«Il est très calme (...). Il analyse gentiment. Il n'est pas excessif. Ceci dit, quand on gagne comme l'autre jour, il y a des petits soulagements. Il est supporter dans le sens noble du terme, il aime le jeu.»

Avec donc quelques petites folies quand l'équipe de France trouve la faille.

À la Française quoi...
 

3.Proximité avec les joueursAvantage Merkel

François Hollande a rendu plusieurs fois visite aux joueurs français depuis qu'il est président. Ce fut le cas avant cet Euro dans l'Hexagone. Il a beau lâcher un «ça va, vous ?» à Didier Deschamps, demander à Laurent Koscielny  si «la famille va bien», à Dimitri Payet si «la Réunion va bien», il a quand même une petite longueur de retard sur son homologue allemande.


Il faut dire aussi qu'Angela est en fonction depuis 2005 et que depuis elle a eu le temps de briser la glace avec les joueurs de la Mannschaft. 

Dans le très bon documentaire Deutschland ein Sommermärchen qui avait suivi l'équipe allemande pendant le Mondial 2006, l'équivalent des Yeux dans les Bleus, on la voit prendre des nouvelles de la blessure au bras de l'ex-capitaine Philipp Lahm, expliquer à l'ancien gardien d'Arsenal, Jens Lehmannl'avantage qu'il aurait de revenir s'installer en Allemagne avec sa famille après sa carrière.


Mais c'est surtout lors du Mondial brésilien qu'on a observé la proximité de la chancelière avec les joueurs de l'équipe, n'hésitant pas à poser avec eux dans le vestiaire.

À faire un «hug» au gardien Manuel Neuer lors de la remise de la Coupe du monde.

Ou encore un selfie avec Lukas Podolski.

Selon Oliver Bierhoff, manager de l'équipe allemande, Angela serait devenue la mascotte de l'équipe. Certains joueurs l'appelant même apparemment par son surnom «mutti» qui signifie «maman» en allemand. Et puis, Angela a son petit chouchou: Bastian Schweinsteiger. 

«La presse allemande ne manque pas de souligner cet “amour interdit” entre une Prussienne et un Bavarois», rappelle à ce sujet Florence Carpentier dans article intitulé Les cultures corporelles et sportives des femmes au pouvoir, de Golda Meir à Angela Merkel.

Elle n'avait d'ailleurs pas hésité à remonter les bretelles du joueur de Manchester United lorsqu'il avait reçu un carton rouge pour un mauvais geste contre la Croatie durant l'Euro 2008. 

«Elle m'a dit que je ne dois plus faire une telle bêtise. Et elle a dit que je dois à nouveau jouer comme autrefois [en référence à la Coupe de monde 2006, ndlr]. Quand la chancelière dit quelque chose, il faut le faire.»

Et quand c'est François?
 

4.Connaissance du footAvantage Hollande

Angela Merkel a souvent parlé de sa présence dans les tribunes de Leipzig lors d'un match en 1974 entre la RDA et l'Angleterre ou encore de la victoire allemande à l'Euro 1996 qu'elle avait suivie selon ses dires dans un bar de Bonn. Aujourd'hui, outre les matchs de l'équipe d'Allemagne, la dirigeante assiste aussi à des rencontres du championnat allemand. Elle avait également affirmé vouloir inviter à dîner Vicente del Bosque, qui vient tout juste de démissionner de son poste de sélectionneur espagnol. Pas suffisant pour convaincre certains observateurs de sa passion, comme l'explique Florence Carpentier:

«Pour répondre aux journalistes sceptiques sur cette passion opportune, elle répond que son intérêt pour le football remonte à son jeune âge, quand elle regardait les matchs sur la télévision des voisins. Ce divertissement de jeunesse ne semble en tous cas pas suffisamment marquant pour apparaître dans aucune biographie.»

Même s'il est capable d'écorcher le nom de Zlatan Ibrahimovic, en direct à la télé lors de la finale de la Coupe de France, c'est François Hollande qui, selon nous, a la plus grande «culture foot»


Dans un entretien paru dans Surface Football Magazine, le chef de l'État avait ainsi longuement évoqué sa passion pour le foot transmise par son grand-père maternel. Le jeune Hollande lisait France Football, allait voir des matchs au stade Robert-Diochon à Rouen, club qui évoluait à l'époque en première division. Il avoue désormais avoir un faible pour d'autres équipes comme l'AS Monaco de David Trézéguet et Thierry Henry et apprécier le FC Nantes et l'En Avant Guingamp.

Enfin, le match qui a le plus marqué François Hollande n'est pas France-Brésil 98 mais bien la demi-finale perdue par la France face à l'Allemagne lors du Mondial 1982 à Séville. Il avait regardé le match avec son meilleur ami et aujourd'hui collaborateur Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l'Élysée. 

«Je m’en rappelle, j’étais chez Jean-Pierre Jouyet. On y a cru jusqu’au bout. Et on a pleuré à la fin.» 

Harald Schumacher si tu nous lis...

 

5.Talent balle au piedMatch à rejouer

On n'a jamais vu Angela Merkel à l'œuvre mais on a retrouvé quelques archives de François Hollande. La première lors d'un match amical organisé au profit de l'association France Alzheimer où on le voit évoluer aux côtés de Xavier Bertrand, Éric Besson ou d'Éric Woerth face à un certain Pierre Sarkozy... 


Bon, on ne va pas se mentir, entre la chute, la passes molle et le contrôle raté ce n'est pas très glorieux dans la mesure où le socialiste a pratiqué le foot en club. Il a joué au FC Rouen pendant deux saisons et a même rêvé un jour d'être professionnel avant de vite comprendre ses limites.

«Je n'ai aucun regret. Et puis, en plus, je n'étais pas vraiment doué pour le football. Je me suis fait cette conclusion, ça a été très pénible pour moi vers 15 ou 16 ans de me dire je ne pourrais pas faire footballeur.»


Cela ne l'a pas empêché de continuer à taper dans la balle et notamment à l'ENA avec Michel Sapin sur la pelouse entre deux cours. Le ministre des Finances et des Comptes publics est lui aussi un très grand passionné. 

Enfin, même si on peut se moquer gentiment des qualités sportives de François Hollande, on peut rappeler le penalty qu'il a inscrit à la Bombonera sur la pelouse du stade mythique de Boca Juniors à Buenos Aires. Ce n'est pas donné à tout le monde.


D'accord, il n'y avait pas de gardien, mais bon, avec la pression, il aurait pu très bien aussi la mettre à côté...
 

6.Récupération politiqueMatch nul

Il ne faut pas être naïf. La présence de tous les politiciens lors des matchs de leur équipe n'est pas non plus désintéressée. Le beau parcours d'une sélection nationale dans un grand tournoi a souvent un impact sur la popularité des chefs d'État. On l'a vu, par exemple, avec Jacques Chirac en 1998, mais aussi plus récemment avec le Premier ministre hongrois Viktor Orbán. La chancelière allemande n'a pas non oublié que son parti, le CDU, avait amélioré sa cote de popularité de 2% dans les sondages après son apparition dans le vestiaire contre le Portugal en 2014.

François Hollande avait d'ailleurs déclaré avant la compétition qu'il espérait aussi que l'Euro en France puisse «mettre le pays de bonne humeur». Et puis, il convient de rappeler que si le chef de l'État parle volontiers de son amour du football, c'est aussi parce que ce sport colle bien à l'image de président «normal» qu'il prônait durant la campagne de 2012, comme l'a analysé Patrick Clastres, spécialiste de l'histoire du sport:

«Concernant son passé de joueur de tennis, ou de skieur, François Hollande est beaucoup moins disert. Assurément parce que c’est un médiocre argument électoral, bien trop connoté sociologiquement.»

Calcul politique ou pas, selon Albrecht Sonntag, enseignant-chercheur franco-allemand à l'ESSCA et auteur de l'ouvrage sociologique Les identités du football européen, Hollande et Merkel n'ont pas vraiment le choix: 

«Ils ont la pression pour y aller. Les communiquants leur conseillent de suivre les matchs. Ils doivent se montrer, même ponctuellement. Certains vont les accuser de récupération politique mais s'ils ne le font pas, on va les critiquer en disant qu'ils sont déconnectés de la France et de l'Allemagne d'en bas. C'est pire. Après, ils aiment tous les deux le football, ça leur facilite la tâche. Pour Angela Merkel, c'est assez naturel et ça passe très bien en Allemagne. Son attitude, sa sympathie envers des jeunes gens qui représentent l'Allemagne, le rapport amical qu'elle peut avoir avec Bastian Schweinsteiger, ça passe bien.»

Le président iranien, Hassan Rohani, avait d'ailleurs bien compris la leçon lors de la Coupe du monde 2014 en postant une photo de lui en survet' et maillot de foot sur son canapé. 

Il convient tout de même de nuancer l'effet que pourrait avoir à long terme, une victoire finale des Bleus sur la popularité du président de la République.

«Le président, l'hymne, le drapeau, le coq, sont des symboles, des emblèmes que les gens se réapproprient avec le sport et les victoires. Ça jouera sur sa popularité mais une victoire des Bleus à l'Euro n'aura aucun effet durable. Après le 14 juillet, on le jugera en tant qu'acteur politique et non plus comme un symbole. C'est ce que les Anglais ont appelé le “feel-good factor” pendant l'Euro 96, le sentiment d'euphorie qui s'était emparé du pays durant la compétition.»

Moins d'an plus tard, le football et l'Euro, n'avaient pas empêché le premier ministre sortant, John Major, et les conservateurs de perdre la majorité à la Chambre lors des élections législatives au profit du Labour et de Tony Blair. Bilan: le résultat du match Hollande/Merkel se jouera aux tirs au but. Ou un peu plus tard dans les urnes.

Jacques Besnard
Jacques Besnard (65 articles)
Journaliste
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