Sports

«Expected goals» ou quand la prédiction statistique défie la réalité

Temps de lecture : 3 min

Selon cet outil statistique, il n'y a pas de quoi s'étonner des six buts d'Antoine Griezmann à l'Euro 2016. Ni des réalisations de Cristiano Ronaldo. Pour faire les bons pronostics en temps réel, il faut regarder attentivement la data.

Franck FIFE Francisco LEONG / AFP
Franck FIFE Francisco LEONG / AFP


Pour ceux qui en doutent encore, la domination stérile des Allemands face aux Bleus en première période se résume en une statistique. Au terme du premier acte de cette demi-finale mémorable de l'Euro 2016 à Marseille, la logique, la vraie, aurait voulu que la Mannschaft ouvre le score. Elle avait en tout cas presque deux fois plus de chances de faire trembler les filets que les coéquipiers d'Antoine Griezmann. À ce petit-jeu, les Allemands menaient ainsi 0.52 à 0.33.

Mais quelle est cette statistique? On parle dans le jargon data-sportif d'«expected goals», aussi appelées «ExpG», ou «xG». Traduction: sur une échelle de 0 à 1, ce modèle mesure à quel point il est attendu qu'une équipe sur une période ou une action donnée inscrive un but. Plus la cote est forte, moins c'est surprenant.

Le statisticien Michael Caley expliquera aussi qu'en seconde mi-temps, les Bleus, mieux en place, contrôlaient le match et ont fait la différence en contre-attaques.

C'est aux États-Unis –comme souvent– que cette méthode analytique et prédictive est née. Là-bas, qu'il s'agisse du basket-ball, du hockey sur glace ou du baseball, les données sont manipulées dans tous les sens, une fascination qu'avait exploré l'écrivain et journaliste Michael Lewis à partir du travail du manager général des Athletics d'Oakland, Billy Beane. Son livre, Moneyball, avait donné lieu à une adaptation au cinéma avec Brad Pitt en 2011 sous le titre Le Stratège.

Appliqués au football, ces data permettent d’aboutir à une cote de réussite, à savoir une probabilité de buts. Et cela à partir de l’analyse minutieuse de milliers de tentatives de tirs. Les critères pris en compte sont nombreux: la distance et la position du tireur par rapport aux cages, la partie du corps mobilisée (plat du pied, coup de pied, extérieur, tête…), la qualité de la passe (au sol, à ras de terre, à rebond, à mi-heuteur, sur la tête…).

C’est évidemment dans le rectangle des six mètres que la cote est la plus élevée. Selon les projections de Julien Assuncao des Cahiers du Football, face au but, elle s’élève à 37%, sur les côtés à 22%. Par ailleurs, seuls 11% de tentatives de la tête vont au fond, contre 33% au pied. Pour passer des estimations individuelles aux estimations collectives, il suffit de calculer la moyenne des «expected goals» de chaque joueur.

La raison contre la passion

La référence en la matière, Michael Caley, a mis en ligne, spécialement pour l'Euro 2016, un tableau interactif des joueurs et des équipes en terme d'«expected goals». Antoine Griezmann et Cristiano Ronaldo y sont les deux buteurs sur lesquels il faut compter. Vous ne pourrez pas dire que vous n'étiez pas au courant s'ils marquent en finale.

Vous pouvez vous amusez à y confronter l'intégralité des joueurs et des sélections du tournoi.

Les «expected goals» ont pour avantage de dépassionner les statistiques d’un joueur, d'une équipe ou de son entraîneur, premier maillon sur la sellette en cas de «résultats en-dessous des attentes». Même si, bien sûr, il faut garder en tête que de potentiels soucis en interne –autorité dans le vestiaire, charisme, relation avec le staff et la direction— peuvent justifier la mise à l’écart du technicien. Une méforme passagère peut être relativisée grâce à ces résultats récoltés au long terme et à dimension prédicitive. Mais bon, on le sait au football, sorti des poules, tout se joue sur un match.

Cette méthode très appréciée des initiés contient tout de même quelques limites. Au-delà de la difficulté d'accès aux données des joueurs –on est loin du traçage connecté des basketteurs de la NBA par exemple–, les «expected goals» ne prennent pas en compte la position des défenseurs au moment du tir. Contrairement aux faits de jeu avec ballon (dribbles, passes, tacles...), les déplacements des joueurs qui n’ont pas le ballon dans les pieds ne sont pas analysés. Même chose pour les actions atteignant des zones dangereuses sans se conclure par une frappe.

Un autre ponte du genre, Paul Riley, a objectivé la finale de l'Euro, avant même qu'on ne connaisse le nom des deux chanceux. Selon le football fact man, les Portugais ont plus de chances de surperformer devant le but que les Français, meilleure attaque de l'Euro avec 13 réalisations. Si l'on veut être optimiste (et chauvin), disons que cette faible marge de progression signifie simplement qu'ils tutoient d'ores et déjà la perfection offensive. Paradoxalement, le temps des surprises est fini, la bande de Deschamps ne doit plus rien changer.

Cyril Simon Journaliste

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