Monde

Après les touristes ivres, Barcelone chasse les armées de Segways

Temps de lecture : 2 min

La mairie catalane vient d'interdire aux gyropodes l'accès au front de mer, zone touristique par excellence.

Des touristes barcelonais au volant de Segways.  | Craig Sunter via Wikipedia Commons CC License by
Des touristes barcelonais au volant de Segways. | Craig Sunter via Wikipedia Commons CC License by

Bonne nouvelle pour les Barcelonais qui déplorent l'ère du tourisme gadget. Les conducteurs de Segways et de taxis à deux roues circulant sur les trois kilomètres de promenade entre l’Hotel Vela et le Port Olympique risquent désormais 90 euros d’amende. La sanction peut grimper jusqu’à 1.000 euros en cas de récidive, rapporte en ce début d'été le quotidien El País.

Ces engins, à l'origine de la création du néologisme «gyropode», désignent un «véhicule électrique monoplace, constitué d'une plateforme munie de deux roues sur laquelle l'utilisateur se tient debout, d'un système de stabilisation gyroscopique et d'un manche de maintien et de conduite» (Journal officiel du 26 mai 2009).


L'objectif, annonce la mairie catalane, est de «décongestionner l'espace du front de mer et d'éviter une pression excessive sur les autres usagers de cette zone». Depuis quelques mois, les autorités barcelonaises tentent d’encadrer plus largement le tourisme. La plateforme Airbnb est traquée de très près, des boutiques historiques sont protégées de la concurrence, et la tournée des bars est désormais interdite.

En 2014, des manifestants locaux protestaient contre la présence de plus en plus dérangeante des jeunes touristes européens venus faire la fête (ivresse, nuisance sonore, prolifération des appartements touristiques, spéculation), notamment dans des quartiers aux origines très populaires.

«L’interdiction des Segways est une suite logique pour garantir l’équilibre actuellement mis à mal entre le souhait d’attirer les touristes et de protéger les qualités qui donnent envie en premier lieu aux gens de venir», développe la journaliste d'El País Clara Blanchar.

Des accidents et un problème de statut

Au-delà de son aspect plutôt rebutant, les Segways posent surtout question pour ses nuisances sonores, sa vitesse (limitée à six kilomètres heure) et les accidents qu'ils génèrent. Du propriétaire de la société mort au volant d’un de ses engins en 2010 à la mésaventure d’Usain Bolt fauché sur la piste alors qu’il fêtait son titre de champion du monde du 200m à Pékin en 2015, les faits divers ne manquent pas.


En France, les Segways ne plaisent pas non plus à tout le monde. En 2013, la forêt domaniale du Verdon a par exemple interdit l'utilisation de ces gyropodes sur sa piste cyclable. L'Office national des forêts précisait alors que «la circulation des véhicules à moteur est très règlementée (...), tout comme les voitures, les véhicules tout terrain, 4x4, quads, motos, sont interdits en dehors des routes ouvertes à la circulation publique». C'est là tout le noeud du problème. S'agit-il d'un véhicule motorisé classique?

Introduit en Europe au début des années 2000, le gyropode n'a jamais été considéré en France comme un véhicule. Selon l'avis exprimé par le ministère des Transports le 8 Janvier 2003, la circulation du gyropode est soumise aux règles du code de la route relatives aux cyclistes (articles R.412-34 à R 412-43). Son utilisation est donc autorisée sur les trottoirs à condition que l'engin soit tenu à la main.

S'il est interdit dans les lieux publics britanniques selon une loi ancestrale datant du XIXe siècle, les États-Unis ont grandement contribué à son succès. Des agents de police patrouillent notamment au volant de ces machines, tout comme des agences de sécurité privée.

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