Monde

Pourquoi personne ne se soucie du pire attentat de Daech

Temps de lecture : 2 min

Plus de 200 morts à Bagdad et pourtant un écho réduit. Un constat imputable aux journalistes comme aux lecteurs.

Rassemblement le 5 juillet de proches des victimes d’un des attentats-suicides du 3 juillet à Bagdad, en Irak | SABAH ARAR/AFP
Rassemblement le 5 juillet de proches des victimes d’un des attentats-suicides du 3 juillet à Bagdad, en Irak | SABAH ARAR/AFP

Au moins 213 morts et 200 blessés, dont de nombreux enfants, voici le dernier bilan de la double attaque à la bombe perpétrée par Daech le 3 juillet 2016 à Bagdad, la capitale irakienne. Un chiffre impressionnant, jamais vu dans une attaque revendiquée par l’organisation terroriste, qui n’émeut pourtant pas les pays occidentaux, comme s’en étonne The Washington Post.

Le journal américain note que les événements en Irak ne bénéficient pas de la même solidarité que l’attentat du 28 juin à l’aéroport Atatürk d’Istanbul ou l’attaque du 2 juillet au Bangladesh. Pas de hashtag dédié sur les réseaux sociaux, aucun drapeau irakien sur les photos de profil et une couverture médiatique assez discrète.

C’est qu’une certaine forme d’habitude s’est installée tant chez les producteurs que chez les consommateurs de l’information sur les péripéties irakiennes depuis le début de la troisième guerre du Golfe, initiée en 2003. Rien que depuis la fin février 2016, la BBC a recensé sept attentats sur le territoire irakien. Tous ont fait au moins trente victimes mais aucun ne s’est retrouvé dans les gros titres de l’actualité.

Journalistes et lecteurs coupables

Derrière cette différence d’émotion, on trouve des automatismes partagés par les journalistes et par les lecteurs. Un événement est d’autant plus traité qu’il est nouveau, qu’il se déroule dans une certaine proximité géographique ou culturelle. Une vision résumée par le spécialiste du terrorisme Brian J. Philipps dans un article du Washington Post de novembre 2015.

On pourrait également se dire que le traitement est trop superficiel de la part des médias, qu’ils n’y consacrent pas assez d’articles. Là encore, le journaliste de Vox Max Fisher montrait que, malgré une production conséquente sur les attaques terroristes de novembre à Beyrouth, peu de lecteurs s’y intéressaient.

Un manque d’intérêt qui peut aussi trouver son origine dans un dernier facteur d’éloignement: le ton donné aux articles. Un éditorial du Monde, fin mars 2016, pointait le fait de mettre l’accent, froidement, sur l’organisation terroriste à l’origine de l’attaque plutôt que sur l’attentat en lui-même et toutes les horreurs, concrètes, qu’il peut englober –une technique d’écriture nécessaire pour ne pas laisser sombrer dans l’oubli pareilles atrocités.

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