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Un an après avoir voté contre l'austérité, les Grecs en plein marasme

Temps de lecture : 4 min

Le 5 juillet 2015, une majorité de Grecs s'opposait par référendum au projet de réformes exigé par Bruxelles. Alexis Tsipras en décidera autrement et aujourd'hui, la population fait face à d'importantes difficultés.

Athènes, le 8 juin 2016 I LOUISA GOULIAMAKI / AFP
Athènes, le 8 juin 2016 I LOUISA GOULIAMAKI / AFP

Il y a un an, le 5 juillet, les Grecs votaient à une large majorité contre le plan de sauvetage proposé par les créanciers du pays, l’Union européenne et le FMI. 61,31% répondaient «oxi» –prononcez ochi, «non»– à un référendum organisé par le gouvernement de la gauche radicale dirigé par Alexis Tsipras. Quelques jours avant, l’eurogroupe avait placé la Grèce devant un choix simple mais terrible: l’austérité ou le Grexit, la sortie de la Grèce de la zone euro, voire de l’UE.

Pour tenter de sortir de ce dilemme insoluble, le Premier ministre grec a joué son va-tout en consultant ses concitoyens. Espérait-il un «oui» qui lui aurait offert la légitimité pour accepter le plan européen? Ou comptait-il sur un «non» pour renforcer sa main dans les négociations avec les créanciers?

Aucune de ces deux hypothèses ne se vérifiera. Le «non» l’a certes emporté mais quelques jours après le vote, Alexis Tsipras a dû passer sous les fourches caudines de l’UE et du FMI et entériner des mesures d’économies dénoncées naguère comme «criminelles». C’est contre elles que la gauche radicale grecque, représentée par le parti Syriza, l’avait emporté aux élections de janvier 2015, avec quelque 36% des voix. Pas assez pour avoir une majorité absolue au Parlement mais assez pour arriver en tête et bénéficier du bonus de 50 sièges (sur 300). Pour gouverner, l’appoint a été apporté par un mouvement de droite nationaliste, les Grecs indépendants. Ils continuent de travailler avec Syriza.

Des détails du fameux «plan B»

Son fantasque ministre des finances de l’époque, remercié après le référendum de juillet 2015, Yanis Varoufakis, avait un «plan B», contrairement au Brexiteers. Il vient d’être confirmé par James Galbraith, l’économiste américain collaborateur de Varoufakis, dans un livre intitulé Welcome to the poisoned Chalice: The Destruction of Greece and the Future of Europe (Yale University Press). Il prévoyait la proclamation de l’état d’urgence, la nationalisation de la Banque de Grèce, l’introduction de la Nouvelle Drachme, le maintien de l’ordre confié au ministère de a Défense et la réquisition des fonctionnaires. Ce plan, Alexis Tsipras n’a même pas voulu le voir.

Il a refusé la rupture avec l’UE. Et tout en rechignant. Il applique depuis lors la potion amère ordonnée par les créanciers, en contrepartie des 80 milliards d’aide promise. Cette somme est versée tranche par tranche, au fur et à mesure de l’adoption et de la mise en œuvre des réformes: sécurité sociale, retraites, fonction publique, privatisations, etc. À chaque fois, le gouvernement essaie de grignoter un petit avantage par rapport à ce qui est prévu dans le «mémorandum» européen. À chaque fois, il recule face à l’opposition des représentants des créanciers.

Le chômage reste à un niveau élevé, 24%, même si le taux a baissé de deux points. Chez les jeunes, il atteint toujours les 50%

Il en va de même avec les privatisations. La vente de 67% du port du Pirée au chinois Cosco vient de donner lieu à ce genre de pas de deux. Pour tenter d’apaiser la colère des dockers en grève, le gouvernement a introduit dans le projet de loi de privatisation un renforcement du contrôle public qui n’était pas prévu dans le contrat avec les Chinois. La réaction de ces derniers ne s’est pas fait attendre: ou bien ces nouvelles dispositions étaient supprimées, ou bien Cosco se retirait. Alexis Tsipras a cédé juste avant une visite officielle à Pékin où il espère bien gagner les investisseurs chinois à la cause de la Grèce.

Les réformes décidées depuis un an pèsent de plus en plus sur le niveau de vie de la population. Les feuilles d’imposition arrivent en ce mois de juillet chez les contribuables qui réalisent les sacrifices qui leur sont demandés. Le chômage reste à un niveau élevé, 24%, même si le taux a baissé de deux points. Chez les jeunes, il atteint toujours les 50%. Depuis le début de la crise, 400.000 Grecs ont émigré vers des pays d’Europe du nord. Ce ne sont plus des travailleurs non qualifiés, comme dans les années 1960-1970, mais des diplômés de l’enseignement supérieur. Dans les années 1990, la Grèce avait été un pays d’immigration.

Des réformes trop lentes?

En un an, les importations ont baissé de 11,7%, la consommation de 4,3%. Toutefois la consommation des ménages est stable. Malgré le contrôle des capitaux, les Grecs ont tiré sur leurs économies –40 milliards d’euros avaient été retirés des banques entre décembre 2014 et l’été 2015– et ont acheté des biens qu’ils craignaient inaccessibles après les hausses de taxes. L’évolution du PIB en 2015 a été un peu meilleure que prévue –moins 0,2% au lieu de moins 2,3.

Le budget dégage un léger excédent primaire avant service de la dette (0,7%) mais il faudrait qu’il atteigne 3% en 2018 pour satisfaire aux exigences de Bruxelles. Le gouverneur de la Banque de Grèce, l’ancien ministre des finances, Yanis Stournaras, estime plus raisonnable un objectif de 2%. Les éventuelles discussions sur un rééchelonnement de la dette ont été repoussées à fin 2017.

D’après de récents sondages, le parti de la gauche radicale n’est plus crédité que de 17% des intentions de vote, loin derrière la Nouvelle démocratie (centre-droit) avec 24%

Les créanciers poussent à la mise en œuvre d’autres réformes prévues dans le mémorandum, la restructuration des entreprises publiques, la poursuite des privatisations, l’assouplissement du marché du travail… Pour le FMI, qui milite par ailleurs pour une réduction de la dette, les exigences européennes sont insuffisantes, tandis que l’UE veut s’en tenir aux engagements de 2015 mais, sous l’influence allemande refuse d’envisager une remise de dette.

L'électorat Syriza désenchanté

Dans un premier temps, les Grecs avaient semblé ne pas en vouloir à Syriza et à son chef de leurs volte-face. Aux élections anticipées de septembre 2015, Syriza a retrouvé à un point près son score de janvier. Depuis, en revanche, sa popularité est en chute libre. D’après de récents sondages, le parti de la gauche radicale n’est plus crédité que de 17% des intentions de vote, loin derrière la Nouvelle démocratie (centre-droit) avec 24%. Il cherche à pérenniser son pouvoir en modifiant la loi électorale et en étendant son contrôle sur divers rouages de l’État et sur les médias. La lutte contre la corruption est utilisée pour s’attaquer aux baronnies médiatiques qui ne se prêtent pas de bonne grâce à la coopération avec le gouvernement, à tel point que le commissaire européen chargé du numérique, Günther Ottinger s’en est ému.

Malgré les grèves à répétition, notamment dans la fonction publique et parapublique, à l’appel des syndicats proches du Parti communiste, Alexis Tsipras compte sur le fait que la résignation l’emportera dans une population dont le niveau de vie a baissé d’un quart depuis le début des années 2010.

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