Monde

La petite histoire hyper sexiste du merchandising anti-Clinton

Heather Schwedel, traduit par Peggy Sastre, mis à jour le 26.07.2016 à 7 h 56

Ce n’est pas la première fois que l’Hillaryphobie fait les choux gras des vendeurs de babioles.

Deux badges et un T-shirt en vente sur Etsy ainsi qu’un casse-noix en vente sur hillarynutcracker.com hostiles à Hillary Clinton | Montage réalisé par Slate.fr

Deux badges et un T-shirt en vente sur Etsy ainsi qu’un casse-noix en vente sur hillarynutcracker.com hostiles à Hillary Clinton | Montage réalisé par Slate.fr

Ne vous fiez pas à sa réputation. Etsy n’est pas seulement le merveilleux endroit où tout un chacun peut acquérir un fauteuil en forme d’ananas super-trop-mignon ou une palanquée de moules à cupcakes à faire pâlir d’envie le roi des hipsters, c’est aussi le repaire du merchandising anti-Clinton le plus grassement sexiste. Et à en croire le chiffre d’affaires des camelots en badges et T-shirts hostiles à Hillary, les Démocrates sont tout simplement en train de perdre cette élection.

Si Ann Doughty, infirmière de Saint-Louis, prévoit de soutenir Clinton à l’automne, ses mains sont politiquement bien plus neutres. Pour 2,79 euros, elle propose des badges sur eBay et Etsy où une photo de Monica Lewinsky est légendée d’un «I Got the “Job”Done When Hillary Couldn’t» ou encore de «Good Luck Hillary–Don’t Blow It»[1]. Pourquoi? Parce que ça se vend. Ailleurs sur internet, on trouvera des slogans aussi charmants que «Trump That Bitch» et «Bern the Witch»[2].

Ce n’est pas la première fois que l’Hillaryphobie fait les choux gras des vendeurs de babioles. Durant toute sa carrière, Clinton aura dû subir l’imagerie et les blagounettes sexistes de T-shirts, badges et autocollants égrillards, une réalité tout bonnement inconnue de ses adversaires masculins. Si les politiciens hommes comme femmes peuvent faire les frais de masques caricaturaux, il n’y a qu’à Hillary qu’on attribue les sobriquets de «salope», «sorcière», voire «pute», pour y aller franco.

Femme de pouvoir (et de mèmes)

Début juin, un article du Time faisait remarquer que, «lorsque que Clinton s’était présentée en 2008, et promettait de devenir la première femme président des États-Unis, elle avait bravé un type de sexisme plus subtil». Le magazine semble oublier les casse-noix et les T-shirts «Bros Before Hoes» [3] qui avaient fait fureur durant la primaire. Le casse-noix –que vendaient encore en 2014 ces indécrottables défenseurs de la liberté d’expression que sont Urban Outfitters –joue sur le stéréotype d’une Hillary écraseuse de testicules. Hilarant. Le T-shirt «Bros Before Hoes» a recyclé la maxime bien connue des fraternités étudiantes américaines en l’appliquant au match Obama/Clinton. En 2009, un blogueur avait même déniché une carte d’anniversaire d’un goût certain pour honorer vos proches tout en leur faisant comprendre qu’une femme de pouvoir vous fiche la trouille.

Sauf que l’origine des «curiosités» anti-Clinton remonte bien avant l’élection de 2008. Elles ont probablement commencé à proliférer dans les années 1990, à l’époque où Hillary était Première dame. Certains de ces objets «vintage» se retrouvent encore de temps en temps sur eBay: comme ces T-shirts «Je ne fais pas confiance au président Clinton ni à son mari» –parce qu’à l’époque l’idée d’une femme président suffisait en elle-même à faire la blague. Ou d’autres T-shirts, des poupées ou des posters dénigrant son projet de refonte des soins de santé. Mais quelle outrecuidance a eu cette femme d’avoir ce genre d’ambition! Sans oublier ces délicates poupées russes qui ne se foulaient pas trop sur la métaphore –Bill Clinton a eu plein de maîtresses, hi hi, c’est trop la honte pour Hillary!

Cet autre T-shirt représentant un dinosaure bicéphale –du taxon Clintonus Dragonus, s’il vous plaît– résume bien l’Hillaryphobie du début des années 1990. Description de l’animal: «créature reptilienne à deux têtes dominée par la tête féminine sur la gauche». Des blagues qui datent des premiers jours d’internet «quand les utilisateurs d’ordinateurs commençaient tout juste à découvrir combien un réseau numérique peut être un parfait véhicule à rumeurs», écrit Russell Frank dans Newslore: Contemporary Folklore on the Internet. Ce sont les mèmes primitifs, en fin de compte. «Les blagues sous-entendent qu’un homme ne peut céder aucun pouvoir à sa femme sans se castrer lui-même», ajoute le chercheur. Une impression que bon nombre des anti-Hillary se sont forgée à l’époque et continuent à colporter aujourd’hui.

Si le succès de tous ces colifichets dégoulinant de sexisme a de quoi déprimer, on peut se rassurer en apprenant l’existence de bougies de prière, de broderies et de patchs pour ongles pro-Hillary, eux aussi en vente sur Etsy. Et puis il y a le merchandising officiel. La preuve que les années 1990 sont loin. Aujourd’hui, Clinton compte bien ne plus être la victime des mèmes, elle en prend l’initiative –et en profite pour financer sa campagne par la même occasion.

1 — Note de la traductrice: jeux de mots intraduisibles sur le double sens de job [boulot et pipe] et de blow [foirer et sucer], ce qui donne «J’ai fait le boulot/la pipe quand Hillary ne pouvait pas» et «Bonne chance Hillary, ne te foire pas/ne suce pas». Retourner à l’article

2 — Note de la traductrice: idem avec «Triomphe [trump] de cette salope» et l’à peu près «Brûle [burn, phonétiquement proche de Bern, pour Bernie Sanders] la sorcière»Retourner à l’article

3 — Note de la traductrice: «Les potes avant les putes.» Retourner à l’article

Heather Schwedel
Heather Schwedel (6 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte