Monde

«Nous voulons récupérer notre pays»: quand les pro-Remain trollent les «Brexiters»

Repéré par Aude Lorriaux, mis à jour le 05.07.2016 à 7 h 50

Repéré sur New Statesman, FT

Plusieurs éditos sont parus dans la presse parodiant le slogan de Nigel Farage en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, «I want my country back». Eux aussi, ils veulent «récupérer leur pays», mais celui d'avant le Brexit.

Nigel Farage le 13 juin 2016. CHRIS J RATCLIFFE / AFP

Nigel Farage le 13 juin 2016. CHRIS J RATCLIFFE / AFP

«Nous voulons récupérer notre pays» était le slogan du leader du très conservateur parti Ukip, situé à l’extrême-droite de l’échiquier politique en Grande-Bretagne, et qui a milité pendant des mois en faveur de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Un slogan qui mimait la petite phrase de l'ex-Premier ministre Margaret Thatcher, «Je veux qu'on me rende mon argent» («I want my money back»), adressée en novembre 1979 aux neuf pays de la Communauté européenne. 

Mais Nigel Farage veut désormais surtout «récupérer sa vie» d'avant, comme il l’a annoncé, lundi 4 juillet, en donnant sa démission de la présidence du parti. Et ce sont les militants pro-Remain, qui ne voulaient pas sortir de l’Union européenne, qui utilisent maintenant son expression: «Nous voulons récupérer notre pays», écrit l’un d’entre eux dans une tribune où il affirme parler au nom des «48», comme les 48% qui ont voté «non» au Brexit, c’est-à-dire à la sortie de l’Union européenne.

«Nous n’avions pas réalisé que certains prenaient le Sun [l’un des tabloids qui a fait campagne pour le Brexit, ndlr] au sérieux. [...] Nous avons des amis dans d’autres pays et nous sommes ennuyés. Nous avons l’impression d’être complètement déconnectés de la moitié de nos voisins et avons même ressenti le besoin de nous excuser en personne auprès de nos amis polonais à la sortie de l’école [...]. Maintenant nous ne savons plus que poster des commentaires sur Facebook car nous n’avons pas encore de plan pour la suite. Mais nous en aurons bientôt un. Nous voulons récupérer notre pays», écrit Robert Gross, le directeur du Centre pour les politiques énergétiques et technologiques, dans le Financial Times.

La journaliste et féministe Laurie Penny, au lendemain du vote, écrivait aussi:

«J’ai peur que ceux qui voulaient récupérer "leur" pays y parviennent, et qu'il devienne un endroit hostile, peu accueillant pour les immigrés, les minorités ethniques, les queers et tous ceux qui n’étaient pas inclus quand Farage a proclamé la victoire des gens "ordinaires, des gens biens" ce matin en face d’une horde de gens entièrement composée de types au regard méchant, et au visage blafard. Mais voilà, moi aussi je veux récupérer mon pays. Je veux me réveiller demain dans un pays où les gens sont amicaux, tolérants, et bienveillants les uns pour les autres. Un pays où les gens, tous les gens, peuvent se sentir un peu à l’aise. [...] Je veux retourner dans une Grande-Bretagne où l’espoir terrasse la haine [...]. Je veux récupérer mon pays.»

«Vendredi, je récupérerai mon pays», disait déjà, trois jours avant le vote Polly Toynbee, journaliste et écrivaine britannique, en espérant sortir de ce marasme, de cette «folie du début de l’été», refusant de croire au désastre qui s’annonçait. Elle ne l’a pas récupéré, et la fracture est plus grande encore. Son cauchemar est devenu réalité.

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