Santé

De la pluie en plein été, rien de mieux pour aller travailler

Temps de lecture : 5 min

Beaucoup de personnes se plaignent du temps pluvieux de cet été alors qu’elles passent leur journée au bureau. Pas moi.

Montage Slate.fr
Montage Slate.fr

L’été, il y a deux sortes d’employés de bureau. Les employés tournesols, qui attendent le moindre rayon de soleil pour sortir les lunettes de soleil, la crème solaire et aller faire une micro-sieste au parc. Et puis ceux qui souffrent à l’arrivée de l’été (mais que le JT de Jean-Pierre Pernaut cache fourbement): ceux qui, sur la route du boulot, redoutent la moindre vague de chaleur et ne diraient pas non à de gros nuages gris, et même à un peu de pluie.

J’appartiens à la seconde catégorie. Ne me jugez pas.

Petite précision: je n’ai aucune haine pour la chaleur dans un autre contexte. Quand je suis en vacances, ma relation avec le soleil est plus qu’amicale. Mais, pitié, pas au bureau.

On peut dire que le soleil fournit au corps l’indispensable vitamine D, qui aide à absorber le calcium, le phosphore et le magnésium, prévenant notamment l’ostéoporose. Mais, comme l’expliquait la RTBF, ces expositions sont préférables «deux à trois fois par semaine, entre 11h00 et 14h00, du mois d’avril au mois d’octobre» et seulement pendant dix à quinze minutes deux à trois fois par semaine. C’est tout.

En revanche, la liste des arguments en faveur d’un sale temps pour aller bosser ne manquent pas. Les voici au fil de la journée.

Qui aime sentir une auréole de sueur contre son visage dans le métro?

Tout commence quand vous quittez votre logement. Il n’est pas 9 heures et le thermomètre flirte dangereusement avec les 20 degrés. Si vous prenez les transports en commun (et la planète vous en remercie), vous savez que les portes du métro/train/RER/bus sont celles de l’Enfer. Quand il faut beau et chaud, encore plus dans des wagons ou des bus non climatisés, il faut se tordre pour éviter tout contact avec des auréoles de sueurs qui pullulent tout autour de vous comme des nuages radioactifs. Rajoutez à cela d’éventuelles odeurs indélicates, une éventuelle panne ou un malaise voyageur, et le tour est joué. Il ne reste plus qu’à attendre les départs en vacances pour espérer avoir des wagons moins chargés. Quand il ne fait pas chaud dehors, ce genre de situation désagréable est bien plus rare.

Notons ici que la chaleur augmente également la nervosité et le risque de conflits. Dans une étude publiée en 2013 dans la revue Science, deux chercheurs des universités de Berkeley et de Princeton trouvaient un lien entre la chaleur et la violence entre les humains. Comme l’expliquait alors le site de la Fox, «alors que les gens disent se sentir paresseux quand ils ont chaud, leur rythme cardiaque est plus élevé». Une autre étude, publiée en 2001, allait également dans ce sens. «Les températures chaudes augmentent l’agression en augmentant directement le sentiment d’hostilité et indirectement les pensées agressives», écrivait alors Craig A. Anderson, de l’université d’Iowa State. Normal donc si vos voisins dans le métro vous énervent et vous oppressent.

Il en va de même dans l’open-space. Si la matinée se passe plutôt correctement (pour peu que le soleil ne tape pas dans votre dos), les tensions apparaissent en milieu de journée, quand la température devient étouffante. Les discussions avec vos pairs se cristallisent alors autour d’une seule question: faut-il allumer la climatisation? Parfois, un vote à main levé démocratique ne suffit pas à calmer l’agacement des perdants. Dans les grandes entreprises, le débat est vite tranché, mais uniquement parce que les appareils de climatisations sont souvent vérifiés par des professionnels. Pourquoi ce détail est-il important? Parce que les risques pour la santé sont réels dans les petites structures quand on parle de climatisation, et ce malgré les textes très clairs du Code du travail. À l’été 2015, en pleine crise chez Slate.fr, j’expliquais notamment que l’air confiné et dégradé provoque l’arrivée de bactéries. Une climatisation mal entretenue entraîne des risques de contraction de la légionellose, qui peut mener à une pneumonie. Et quand on sait que 5 à 15% des cas recensés sont mortels, il n’est pas illogique de penser qu’un mauvais temps au-dehors nous garde en bonne santé à l’intérieur.

Travailler en costard par 30°C, merci mais non merci

Vient ensuite le moment de la pause déjeuner. Si certains bénéficient d’une cantine et d’un steak-frites à 4 euros, d’autres doivent non seulement aller chercher à manger dehors, mais aussi un endroit où manger. Pendant que les fidèles du Temple du Soleil font une overdose de vitamine D, les autres peuvent éprouver un certain inconfort quand il fait lourd. Ici, la différence est principalement physiologique: certaines personnes supportent mieux la chaleur que d’autres. Mais pensez un instant à ces banquiers qui, sur l’esplanade de La Défense, mangent leur sandwich à la mozzarella sans pouvoir se séparer de leur costard serré qui les asservit toute la journée. Ils ont beau faire les fiers, je ne donne pas cher de leur chemise.

Vous voilà maintenant de retour au travail. La chaleur est insoutenable et les anti-climatisation ont remporté la bataille, il faudra se contenter des petits ventilos dont le souffle a décidé d’inonder tous vos collègues mais pas vous. Comment peut-on sincèrement travailler dans ces conditions? Là encore, des études ont statué sur la question. Une étude de Captivate network par exemple, relayée par Business Insider en 2012, montre que la productivité des employés étudiés baisse de 20% pendant les mois d’été. Différentes explications sont avancées, mais une chaleur trop prononcée les pousse à partir du travail plus tôt (enfin, encore faut-il en avoir le droit). Le Figaro expliquait en 2010 que la chaleur entraîne une plus grande fatigue et une perte d’attention. «C’est pourquoi il faut être particulièrement vigilant aux professions qui requièrent une forte attention, comme les contrôleurs aériens ou les agents de surveillance, et veiller à ce qu’ils travaillent dans une ambiance tempérée», expliquait alors Jean-Pierre Meyer, chercheur à l’INRS, l’ Institut national de recherche et de sécurité. Ce n’est donc pas un hasard si l’on parle «chaleur assommante»…

Enfin, et c’est peut-être l’argument qui me paraît le plus évident: il n’y a absolument aucun plaisir à travailler dans un bureau quand il fait beau dehors. Que celui qui n’a jamais ressenti une vive frustration en regardant par la fenêtre de son bureau pour regarder le ciel bleu me jette la première bière. Et c’est pour cela que je suis heureux quand je vois la pluie frapper le Velux de mon open-space; je sais à ce moment-là que je ne rate rien de ce qu’il pourrait se passer dehors.

Au fond, je suis convaincu que les intolérants à la chaleur font partie d’une majorité silencieuse qui n’ose pas se lever mais qui attend de se regrouper pour reprendre le pouvoir dans l’opinion publique. En attendant, les partisans d’un ciel bleu Teletubbies, ceux qu’on entend le plus, pourront toujours me répondre ceci: travailler quand il fait moche dehors, d’accord, mais après, quand je quitte le travail? où vais-je aller boire ma pinte à 9 euros si toutes les terrasses sont inondées? et le week-end, si l’été est dégueulasse comme en ce moment, où vais-je aller bruncher? Et ils auront raison. Le mauvais temps n’est utile que lorsqu’on travaille. Mais cela ne m’empêchera pas de me réjouir à chaque fois que j’ouvre mon application météo.

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