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- Par Nicolas Vanbremeersch
- Nicolas Vanbremeersch, blogue sur Meilcour et dirige l'agence Spintank.
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Nicolas Vanbremeersch
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Le web, moteur de l'affaire Jean Sarkozy
Comment ce qui était une mobilisation jubilatoire et potache a tourné à l'échec politique.
Jeudi soir, sobre prestation médiatique sur France 2, pour clore le feuilleton. Après sa prestation piteuse sur France 3 Ile-de-France, lunettes irréelles, mobilisant tout l'argumentaire pondu à la va-vite, plein de «j'irai jusqu'au bout» et «je serai élu», voilà que le fils de abandonne au 20h de France 2, sans lunettes, et en disant qu'il y avait du vrai (mais on ne sait pas quoi).
Que nous a appris cet épisode sur le rôle du web dans cette folle semaine où Jean Sarkozy était partout?
Il a joué un rôle variable, selon les séquences.
1. La révélation
Première phase. La future nomination de Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD est annoncée. Dès réception, l'annonce fait mouche: les commentaires d'articles sont éloquents. On râle, on s'émeut, on s'étonne. Le volume, sous les articles de presse, était fort, mais enfin, dès que Nicolas Sarkozy sort de l'habituel, c'est le cas. Jusqu'ici, rien de spécial. Côté média, on se contente d'annoncer. Les politiques, eux, oscillent entre une absence de commentaires, d'un côté, et des réactions indignées de l'opposition, peu nombreuses le jour-même. Jusqu'ici, la séquence est classique. En deux jours, ça peut retomber, comme la plupart des affaires.
C'est dans le week-end qu'il va se passer quelque chose.
Tout le week-end, c'est un déferlement sur le web. Déferlement ludique, d'abord. Dans une belle mécanique typique, les internautes reprennent à leur compte la créativité du voisin, se l'approprient, et se gaussent tous en chœur de la nomination, des facultés du fiston. Le volume est inhabituel: ce sont des milliers de productions qui débarquent sur le web, se propagent très vite. La mécanique est logique: l'affaire est tellement énorme que les bras nous en tombent. Après des séquences difficiles, tendues (l'affaire Frédéric Mitterrand était délicate), nous voilà avec quelque chose de tellement ridicule qu'il vaut mieux en rire.
C'est sur Twitter qu'on va rire. Deux rôles, pour Twitter: centrifugeuse d'attention, circulation énorme, d'une part; espace de micro-création, plus inhabituelle, d'autre part. Tout le week-end, un peu plus d'un millier d'utilisateurs vont participer au jeu initié par Florent Latrive (il ne s'y attendait pas), de délire autour des facultés extraordinaires de Jean Sarkozy: #jeansarkozypartout.
Twitter, en France, est un espace de jeu des rédactions de presse en ligne. Tout ce délire attire leur attention. Le dimanche soir, quand elles se remettent au boulot, elles ne peuvent que constater que le week-end a été fructueux, que le terrain d'opinion est là : le web, comme indicateur pour les médias, est sans équivoque.
Le web, joue de plus en plus ce rôle, pour les passeurs d'opinion, et les faiseurs d'agenda : thermomètre de réactivité des Français, indicateur malaisé des tendances de l'opinion. Indicateur partiel, mais très tangible, pour les journalistes, pour lesquels c'est le seul disponible en temps réel et en permanence. Autorisés par «le web», ou ce qu'ils en perçoivent, ils se sentent des ailes pour entretenir un sujet qui plaît.
2. L'argumentation
Dès le lundi, branle-bas de combat! La majorité mobilise tous ses ténors pour diffuser un argumentaire construit en urgence sur les plateaux télé et radio. Celui-ci est connu, répétitif, asséné en masse. L'objectif est simple: arrêter l'hémorragie initiale, qui s'est partiellement faite sur des termes exagérés (on était dans l'émotion, et dans l'annonce partielle). De fait, sur la plupart des plateaux, quand il est dit avec vigueur que Jean Sarkozy sera élu, qu'il a l'onction du suffrage universel, etc... aucune objection n'est faite en direct aux politiques de la majorité.
Le web va jouer ici un rôle essentiel. Toute la journée de lundi, ces prises de position ministérielles sont disséquées, les internautes cherchent, et partagent en masse les textes de lois encadrant la gouvernance de l'Epad, fouillent le web et déminent un à un les arguments du gouvernement. Le fond d'humour, et de créativité débordante crée de l'attention, et force à construire le discours, la riposte, à creuser le sujet. En quelques heures, plusieurs centaines (des milliers?) d'internautes deviennent des experts en management d'établissement public.
La presse en ligne, et particulièrement les pure players (comme Rue89, Slate, ou Le Post), participent, et reprennent. Ce faisant, ils créent une pression sur les médias traditionnels, qui n'en resteront pas là . De même, l'opposition entre en résonance avec ce travail des internautes. Le déminage entre en route: les articles reprenant et corrigeant l'argumentaire de la majorité vont être inhabituellement nombreux, dans la presse. Le web a contribué à nourrir et faire pression pour qu'on n'en reste pas à ce niveau, a entretenu le feuilleton.
3. La mobilisation
Les parties prenantes entrent en route, autorisées par le formidable volume d'expressions. La pétition lancée par Christophe Grébert, directement impliqué à Puteaux, et fin connaisseur du web, va connaitre un succès notable (93.000 signataires). Seule, elle n'aurait rien donné (combien de pétitions à 100.000 signataires n'ont jamais été évoquées dans les media, ou auprès des pouvoirs publics?). C'est l'effet de résonance, avec les autres formes de mobilisation, qui vont activer la pression sur le pouvoir, et nourrir les médias. Ainsi, par exemple, la micro-manif des militants MJS demandant à être adoptés par Nicolas Sarkozy a-t-elle connu un succès fort.
La mobilisation est créative. Elle n'est pas que le fait d'opposants structurés, aux intérêts évidents, mais souvent issue de geeks, d'internautes qui partent d'une logique d'humour pour entrer dans un combat politique. Ainsi en est-il, par exemple, la flash-mob lancée par Olivier Auber et Jérôme Bourreau-Guggenheim.
Ces mobilisations ont eu un rôle: nourrir les médias d'histoires, de contenus adaptés à leur fonctionnement, pour qu'ils tiennent le sujet, ne le laissent pas retomber. Cela a marché, essentiellement parce que ces mobilisations créatives ont surfé sur la vague d'humour et de créativité sans précédent qui s'est initiée en ligne. Tous les ressorts créatifs du web ont été transposés sous une forme de manifestation, drôle, sympathique, et outrée, aussi.
4. L'effet
Au final, le web a agi comme un moteur. Moteur public et visible de l'opinion, révélateur à chacun que son voisin, lui aussi, trouvait cette nomination intolérable, inadmissible, et moteur pour l'action, légère, facile, et valorisante socialement : prendre part à l'action contre la nomination de Jean Sarkozy à l'EPAD était cool, heureux, amusant, et répondait à une envie profonde. L'envie de révolte contre une goutte d'eau a trouvé des moyens simples de s'exprimer.
Le web n'a pas gagné cette bataille. Les internautes qui y ont participé n'ont pas tous eu l'impression de mener une bataille, d'ailleurs: ils se sont amusés, dans une forme de défaitisme pleine de dérision. Et le web, seul, n'y aurait rien pu. Mais le web s'y est révélé comme une force motrice incroyable du petit monde politique. Quand 100.000 internautes participent à la plus grande potacherie qui soit sur le dos d’un politique qui va trop loin, ça ne passe pas inaperçu. Les effets, eux, dépendent du reste du contexte politico-médiatique.
Cette séquence ne sera pas forcément renouvelable. Peu de sujets prêtent autant à rire, se gausser, que l'ubuesque du népotisme assumé. Ceci dit, bien des acteurs politiques feraient bien d'en prendre de la graine: dans un monde où l'économie de l'attention est clé, il faut apprendre à mettre les rieurs de son côté, c'est un levier fantastique pour amener à soi les masses picoreuses de l'Internet.
Nicolas Vanbremeersch
A lire sur l'affaire Jean Sarkozy: La victoire du Prince Jean, la défaite de la cour, le difficile art du recul
Image de une: Jean Sarkozy, vendredi 23 octobre, sort du Conseil général des Hauts-de-Seine. REUTERS/Philippe Wojazer
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Comments
Merci le web
Je dirais comme Catherine Ney qui a conclu sa chronique de ce matin sur Europe 1, ainsi : nous avions un Sarkozy, il est clair que maintenant, nous en avons deux.
Marianne Arnaud
mort de rire...?
juste comme ça, en passant : dans l'intro, vous dites "voilà que le fils de abandonne au 20h de France 2, sans lunettes".
Vraiment, vous avez bien regardé France Deux jeudi soir ??
Peut-être vous n'aviez pas mis les vôtres...
Fred S
La démocratie contre les stratégies de communication
Excellente analyse. Ce qui me frappe dans ce phénomène, c'est qu'avec Internet, dans des circonstances exceptionnelles, tout le monde ou presque devient un acteur de la communication politique, alors qu'en temps normal il suffit d'un carnet d'adresse pour contrôler sa communication politique. A un moment où tous ceux qui ont une exposition publique (politiques, mais aussi comédiens ou chanteurs) entendent initier et maîtriser toute communication qui les concerne, c'est assez rassurant.
L'humour a toujours une arme utilisée contre le pouvoir. Les histoires droles qui circulaient dans l'ex-URSS étaient la seule forme de résistance populaire. http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=3717196
El Gato
Les plans du Sarkozysme s'effondrent
Belle réaction des Internautes face à ce cas flagrant de népotisme... Une conscience politique est peut-être en train de naître pour tous ceux qui voient nos gouvernants comme de lointaines élites intouchables !
La réaction du Président à l'annonce de la renonciation du fils Jean détournée par La Chute:
http://www.youtube.com/watch?v=A74lUtZ4hL0
democratie pour tous
Je voudrais mettre quelques bemols a cette analyse un peu simplificatrice.
les lecteurs du figaro et du point ne sont pas trop des potaches et ne semblaient pas du tout manier l'humour. C'etait une simple et directe totale et quasi unanime indignation. le fiston venant apres la defence maladroite de l'elite cinema et culturelle, malgres la nauseabonde intervention de Mme Lepen etait meme pour les fideles un pas trop loin.
le web est presque tjrs a base d'humour mais la il y avait un incroyable "sujet porteur".
renforce par les violons des sbires du gouvernement, brieffes par les abominables officines de relation publiques et autre conseils en communication. Ils sortent un peu plus ridicules de cette mascarade.
les journaux teles ont du suivre dans la desinformation, mais sur le sujet. Mais les titres les plus gouvernementaux ont soigneusement ignores leurs lecteurs, tout en publiant leurs commentaires. Enfin presque tous les medias ont accepte de jouer le contre-feu de l'amalgamme avec les fils Mitterand ( a ce titre il est bien evident que Frederique est ministre a cause de son nom, precisons qu'il n'a jamais ete solcialiste), Delora, la fille , etc...
plus qu'une victoire des internautes c'est la grande demolition de la propagande officielle, toutes tendances confondues.
Asservissez les medias, payez les sondages... ils restent maintenant le web ou les citoyens peuvent s'exprimer et resonnent les tam-tams.
christobal0094
encore c'est passionnant
4 (quatre) articles sur JS, cela devrait suffire à l'dentifier, parmi les "10 articles les plus lus"! Merci Slate et merci à tous car cela démontre que le monde ira de mieux en mieux puisque les priorités d'intéret sont arrétées...
Chris15
Il gagné
Il a gagné sur tous les fronts, celui de la reconnaissance (combien d'articles, de télés?), et celui de la sagesse politique. Vous vous êtes tous faits roulés dans la farine de ce montage, et vous êtes en plus content d'y avoir participé. J'ai de moins en moins envie d'aller voter.
MT
@MT ou à l'inverse...
Il va avoir un mal fou à se débarasser de son étiquette de fils à papa. Je pense que son père va être désormais pour lui un boulet qu'il n'a pas fini de traïner.
El Gato
Quelle publicité !
Il est vrai que Jean Sarkozy a réussi a s'ouvrir une fenêtre médiatique assez incroyable en très peu de temps. Gageons tout de même qu'il aurait espéré aller plus loin qu'un simple coup de pub et s'offrir tout de même la direction de l'EPAD.
Mais au fond, plus que pour la politique et les affaires, peut-être que Jean Sarkozy est fait pour la publicité ? Il avait en tout cas jusqu'à très récemment une qualité certaine pour y réussir :
http://stravingo.over-blog.fr/article-l-epad-parce-que-papa-le-veut-bien...
un de perdu dix de...
Je pense que le cas de jean sarkozy est emblématique mais pas seulement emblématique du népotisme, mais aussi du fait que en France une personne élue (plus ou moins démocratiquement) sera toujours considérée comme plus légitime qu'un spécialiste, or il est toujours plus facile d'être élu que spécialiste... Par ailleurs n'oublions pas aussi que le prédécesseur à l'EPAD était Patrick Devedjian, qui cela va sans dire avait obtenu le poste de manière tout à fait démocratique (?)
pour les politiques un danger
Le web dans son ensemble fait peur aux politiques, l'édito de M. Coppé sur la CNIL du 21ème siécle en est une preuve flagrante.
Il est également clair, que "le porteur d'eau" M. Lefebvre, a montré par sa véhémence anti médias, digne des grands moments de l'URSS mais également de Pinochet et consoeurs, aussi démocrates les uns que les autres, que l'information hors la pensée politique devient un vrai sujet de démocratie en France.
Le Président lors de son déplacement à Metz avec ses commentaires sur les journalistes, montre aussi de la part de l'Elysée un pb avec la démocratie de l'information.
La gauche n'est pas en reste malgré son jeu, de vierge effarouchée, d'ailleurs on sent un rapprochement entre la demande de Mme Aubry du "tribunal" des journalistes pour l'affaire de la tricherie de son élection et la demande du porteur d'eau sur une sorte d'Ordre des journalistes.
Jamais hors les évènements de la seconde guerre mondiale la démocratie de la presse n'a été autant mise en danger.
Après avoir muselé la justice le nouveau combat des politiques les médias.
La France s'enfonce doucement mais surement vers une interdiction de commenter les évènements et de livrer sa penséee, cela reflète un fiasco de la classe politique.
MAYOMBE
Les Sarkos, les media et le 'polimix'
En démocracie on a les gouvernements qu'on mérite. On a les média qu'on mérite aussi.
Mieux que les gouvernements parfois, les média savent bien ce que leurs adhérents veulent entendre : tollés, lynchages, informations incomplètes et partisanes, le ras bol permanent (ce qu'un politicien avisé cette semaine de l'anniversaire d'Astorix a appellé le 'polimix'!), les journalistes savent bien ce qu'ils font - et surtout ce qu'ils ne font pas.
Un exemple récent : l'affaire des suicides "chez" France Télécom où il s'avère (France Inter l'a enfin avoué très tôt le matin cette semaine) que le taux réél de suicides dans cette entreprise est INFERIEUR à la moyenne française! Mais pourquoi gâcher la fête avec des faits?
Un exemple permanent : la fermeture des sites industriels et la suppression des postes. Est-il possible qu'AUCUNE entreprise n'embauche en ce moment? Si oui, on n'entends pas parler.
Quant aux Sarkos, c'est bizarre. Le Président ne devait-il pas avoir "main mise" sur les médias? On n'entends plus parler et on nomme à la tête de France Inter un M. Vals anciennement responsable de ce journal très Sarkoziste 'Charlie Hebdo...!
Si c'est ça la "main mise" il s'agit bien d'une grosse incompétence! Ou d'incohérence, pour ne pas dire d'une hystérie, chez les gourmands des media 'polimix'!
Peter Wright
Petit Problème Mr Wright
Les populations qui gonflent les statistiques nationales de suicide sont les ados et les personnes âgées, 2 populations qui ne sont pas salariées de France Télécom. Il est reconnu que les tranches d'âges concernées par les suicides à France Télécom ont un taux supérieur à la moyenne nationale sur les mêmes tranches d'âge. Nier un problème de management à France Telecom confine à l'aveuglement. On ne peut pas transformer des fonctionnaires rentrés à la poste dans les années 70 à la recherche d'un cadre sécurisant en commerciaux payés à la commission. Certains fonctionnaires ne supportent pas cette mutation cela ne me semble pas illégitime. Il appartient à l'entreprise de réaliser cette transition sans casse. France Telecom en a les moyens. C'est d'ailleurs le chemin que le management s'apprête à prendre .
iconoclaste
Le Web, moteur de l’affaire JS ? Vraiment ?
L’effet moteur du Web dans cette affaire reste à démontrer : 1000 personnes jouant sur Twitter ou 100000 pétitionnaires ne font pas l’opinion. Le Web, aiguillon des politiques dans cette affaire ? Allons donc !
Chaque jour qui passe nous livre sa moisson de polémiques. Les dernières en date (au choix : l’identité nationale, la grippe H1N1, les déficits, les bonus des banquiers, etc) ne s’accompagnent pas de pareilles levées de boucliers. L’affaire JS est d’une autre nature, qui touchait précisémment à « l’identité nationale ». C’est davantage la réaction du socle électoral UMP dans les circonscriptions qui a fait réfléchir leurs dirigeants. Combien de militants ont-ils rendu leur carte ? Combien de sympathisants se sont-ils déclarés hostiles ? Ce sont des éléments autrement plus convaincants.
D’autre part, les polémiques sont de courte durée, d’habitude : un clou chasse l’autre. Celle-ci durait et provoquait autant d’indignation, le temps passant, quelles que soient les préférences partisanes. C’est un phénomène très singulier donc beaucoup plus significatif.
A mon sens, le Web est la mouche du coche et non pas le moteur.
Jeanbar