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Contre l'Italie, l'Allemagne a raté plus de tirs au but que dans toute son histoire

Grégor Brandy, mis à jour le 03.07.2016 à 8 h 57

Et pourtant, comme d'habitude, «à la fin, c'est l'Allemagne qui gagne».

Gianluigi Buffon repousse le tir au but de Thomas Müller, le 2 juillet 2016, en quarts de finale de l'Euro. MEHDI FEDOUACH / AFP.

Gianluigi Buffon repousse le tir au but de Thomas Müller, le 2 juillet 2016, en quarts de finale de l'Euro. MEHDI FEDOUACH / AFP.


L'Allemagne a souffert, mais elle a enfin brisé la malédiction en battant pour la première fois de son histoire l'Italie dans un tournoi majeur. Après l'ouverture du score de Mesut Özil, les joueurs de Joachim Löw ont vu les Italiens revenir au score sur un pénalty de Leonardo Bonucci. Après trente minutes de prolongation, les deux équipes se sont logiquement dirigées vers une séance de tirs au but qui s'annonçait épique, et qui n'a pas déçu.

6-5. Trois ratés côté allemand, quatre côté italien. Une balle de match manquée, des retournements de situation, des arrêts de grande classe, des frappes superbes et sereines et des échecs incroyables: on aura tout vu.

Et surtout, l'Allemagne, qui restait sur 34 ans sans le moindre échec dans une séance de tirs au but, a donc vu trois de ses tentatives repoussées. Thomas Müller, deuxième tireur à s'élancer pour la sélection allemande, était le premier Allemand à se rater dans cet exercice depuis 1982. À l'époque, Uli Stielike avait vu Jean-Luc Ettori repousser sa frappe en demi-finale de la Coupe du monde. Quelques minutes plus tard, les échecs de Didier Six et de Maxime Bossis allaient permettre à la RFA d'aller affronter l'Italie dans une finale qu'elle finirait par perdre (3-1).


Depuis, elle restait sur 21 tirs au but réussis consécutivement.

Après Stielike, Pierre Littbarski, Karl-Heinze Rummenigge et Horst Hrubesch n'avaient pas tremblé, lors de cette demi-finale restée mythique. Quatre ans plus tard, la sélection allemande avait battu le Mexique (0-0, puis 4-1 aux t.a.b.) en quarts de finale sans rater le moindre tir. Même chose en 1990, quand elle avait sorti l'Angleterre en demi-finale (1-1, 4-3 t.a.b.) avec deux ratés consécutifs de Stuart Pearce et Chris Waddle. Six ans plus tard, en 1996, c'est toujours contre l'Angleterre qu'elle s'était imposée aux tirs au but, en demi-finale, après un dernier tir manqué de Gareth Soutghate (1-1, 6-5 t.a.b.). La dernière victoire allemande dans cet exercice remontait à 2006 lors de sa Coupe du monde, où elle avait éliminé l'Argentine après être revenue au score en fin de match (1-1, 4-2 t.a.b.)


Après Müller, Mesut Özil, qui avait ouvert le score, puis Bastian Schweinsteiger, qui avait une balle de match au bout du pied, ont eux aussi raté leur tir au but. Pour réaliser à quel point ce que l'on a pu observer est extraordinaire, il faut se rappeler qu'en plus de celui de Stielike, en 1982, la Nationalmannschaft n'avait raté qu'un autre tir au but dans toute son histoire en compétition internationale. C'était en 1976, en finale de l'Euro, quand Uli Hoeness avait envoyé le quatrième tir au but allemand au-dessus de la barre d'Ivo Viktor, avant qu'Anton Panenka n'inscrive le tir au but qui allait porter son nom, permettant à la Tchécoslovaquie de remporter son unique titre continental.


Quant à l'identité des trois malheureux allemands, elle n'est peut-être pas si illogique. Ben Lyttleton, expert dans ce domaine et auteur de Onze mètres, la solitude du tireur de pénalty, a remarqué que ce sont trois des stars de cette sélection qui ont raté leur frappe. 

Comme nous l'écrivions lors de la dernière Coupe du monde, il n'est pas rare de voir les stars rater leur tir au but.

«"Les grands joueurs manqueront des pénaltys parce que ce sont eux qui les tirent", rappelle Ben Lyttleton. Mais ils en manquent peut-être plus que les autres, une étude menée par Geir Jordet, un professeur norvégien de sciences du sport qui a notamment travaillé avec la sélection des Pays-Bas, leur attribuant un taux de réussite inférieur d'environ dix points. Explication: ces joueurs auraient tendance à "céder" sous la pression de leur statut supérieur, qui rendrait l'éventualité d'un échec plus douloureuse.»

Les Allemands peuvent donc remercier leurs tireurs décisifs, Toni Kroos, Julian Draxler, Jérôme Boateng, Mats Hummels, Joshua Kimmich et Jonas Hector. Et même si Joachim Low assurait avant la rencontre qu'il n'y avait pas de «trauma italien», avec cette victoire, les Allemands vont enfin pouvoir tirer un trait définitif sur cette sacrée malédiction.

Grégor Brandy
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Journaliste
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