France

Michel Rocard: «Quand je pense que mon nom est devenu un adjectif...»

Temps de lecture : 3 min

Disparu à l'âge de 85 ans, l'ancien Premier ministre avait exercé une influence profonde sur de nombreux dirigeants actuels de la gauche, de Manuel Valls à Benoît Hamon.

Michel Rocard, le 6 avril 1993, en compagnie de Jean-Paul Huchon et Manuel Valls. MICHEL GANGNE / AFP.
Michel Rocard, le 6 avril 1993, en compagnie de Jean-Paul Huchon et Manuel Valls. MICHEL GANGNE / AFP.

Les hommages ont immédiatement plu, samedi 2 juillet, à l'annonce de la mort à Paris de l'ancien Premier ministre Michel Rocard, à l'âge de 85 ans. De François Hollande à Manuel Valls, de Jean-Marc Ayrault à Benoît Hamon, tous les dirigeants socialistes se sont relayés, unissant dans un chœur unanime les tendances contradictoires de la majorité, se rassemblant comme ils l'avaient déjà fait à l'automne dernier à l'occasion de la remise à Michel Rocard de la Grand Croix de la Légion d'honneur. Un des mots qui revient déjà le plus volontiers dans les différentes nécrologies est celui d'«héritiers», pour qualifier le legs que laisse celui qui a pesé pendant plus de cinquante ans sur le destin de la gauche française en tant que patron du PSU, en tant qu'opposant interne à François Mitterrand au sein du PS puis en tant que chef du gouvernement de 1988 à 1991.

«Quand je pense que mon nom est devenu un adjectif, rocardien, puis un substantif, le rocardisme... J'ai hurlé à la connerie! On ne personnalise pas un courant d'idées», lançait-il, en 2014, aux auteurs d'une biographie de Manuel Valls. Interrogé en 2015 par Franz-Olivier Giesbert, Michel Rocard avait eu cet échange avec le journaliste à propos de son successeur lointain à Matignon:

«–C'est un de tes enfants, Manuel Valls ?
–Si on... Oui, oui, bien sûr. C'est un de mes héritiers. C'est un de mes enfants, si tu veux.»

En avril 2014, peu après la formation du gouvernement Valls, nous nous étions interrogés sur ce que signifiait la présence massive de disciples de Michel Rocard au pouvoir dans ce quinquennat. Manuel Valls, donc, en premier lieu, qui fut son jeune chargé de mission à Matignon de 1988 à 1991, mais aussi Emmanuel Macron, Michel Sapin, Marisol Touraine ou Benoît Hamon, à la tête d'un MJS auquel Rocard, en tant que premier secrétaire du PS, avait accordé son autonomie... Comme l'écrivait alors Olivier Faye, les décisions mises en œuvre par François Hollande et son gouvernement dans le cadre de sa politique de l'offre constituent en effet «autant de mesures que n’aurait pas renié Rocard s'il était vraiment parvenu à conquérir le pouvoir pour mettre en œuvre ses idées».

«J’ai l’impression de ne plus être original tant le rocardisme –le principe de réalité, tout le substrat de la deuxième gauche– s’est dissout dans l’ensemble du socialisme», affirmait Michel Sapin à Rue89, en novembre 2011. «Je suis l'un de ses héritiers, avec d'autres. Au fond, toute la gauche qui gouverne doit se sentir son héritier», déclarait le Premier ministre, ce samedi soir, sur France 2. Et même celle qui conteste celle qui gouverne actuellement, puisqu'on y compte donc aussi Benoît Hamon. En octobre 2011, le chercheur Jean-Frédéric Desaix avait d'ailleurs consacré un article à Manuel Valls et Benoît Hamon en les qualifiant d'«enfants paradoxaux» de Michel Rocard:

«Indéniablement, le "fait du rocardisme" irrigue leur parcours politique. Ils ont la volonté d’embrasser la réalité et de porter une parole de vérité, critiquant les compromis historiques du socialisme dont ils rejettent les conséquences. Comme Rocard l’a été, Valls est classé à droite de la gauche. Comme pour le "rocardisme", Hamon veut démontrer l'effort d'une génération de militants, "ma génération", écrit-il, pour penser le socialisme sans et après Mitterrand et Jospin.»

Michel Rocard, en tout cas, ne se privait pas de piquer au vif parfois ses héritiers revendiqués, témoin ces récentes affirmations sur Valls et Macron, extraites de sa toute dernière interview, accordée au Point:

«Ils n'ont pas eu la chance de connaître le socialisme des origines, qui avait une dimension internationale et portait un modèle de société. Jeune socialiste, je suis allé chez les partis suédois, néerlandais et allemand pour voir comment ça marchait. Le pauvre Macron est ignorant de tout cela. La conscience de porter une histoire collective a disparu or, elle était notre ciment. Macron comme Valls ont été formés dans un parti amputé. Ils sont loin de l'Histoire.»

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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