Allemagne

Ces Allemands qui se proclament «citoyens du Reich»

Temps de lecture : 2 min

Cette mouvance difficile à cerner rassemble des sympathisants des milieux d'extrême droite, des royalistes ou des adeptes de la théorie du complot, et se réclame des frontières de 1871 ou 1937.

SOEREN STACHE / DPA / AFP.
SOEREN STACHE / DPA / AFP.

Ils s'autoproclament «germanistes» ou «citoyens du Reich», ne reconnaissent pas l'existence de la République fédérale allemande et, à ce titre, refusent de se soumettre aux lois de leur pays. Apparue il y a quelques années outre-Rhin, cette mouvance difficile à cerner et à quantifier rassemble à la fois des sympathisants des milieux d'extrême droite, des royalistes, des adeptes de la théorie du complot, des ésotériques, des personnes en proie au doute, à l'échec, qui tentent ainsi de redonner du sens à leur existence, ou encore des personnes atteintes de troubles mentaux...

Les «citoyens du Reich» se réclament de l'Empire allemand –selon les cas, des frontières de 1871 ou de 1937– et considèrent donc la République fédérale allemande, fondée en 1949, comme illégitime, expliquait récemment l'hebdomadaire Die Zeit:

«Les adeptes de cette idéologie sont convaincus que l'Empire allemand existe toujours car la république fédérale n'est pas un successeur légitime. L'Allemagne n'a pas non plus capitulé face aux alliés mais a seulement conclu une trêve et est occupée jusqu'à aujourd'hui par les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. La République fédérale est donc uniquement une entreprise mise en place pour administrer le pays et exploiter ces citoyens.»

Partant de ce postulat, les «citoyens du Reich» refusent souvent de payer leurs impôts, de souscrire une assurance maladie, de respecter les lois, d'avoir des papiers d'identité ou même un permis de conduire ou une plaque d'immatriculation réglementaire. Ils vont même jusqu'à se procurer des ersatz de cartes d'identité et des passeports sur lesquels il est indiqué qu'ils sont citoyens de l'Empire allemand.

Ce phénomène inquiète de plus en plus les autorités allemandes, qui voient chez les membres les plus radicaux de ce groupe hétéroclite de citoyens une potentielle menace terroriste. «Les citoyens du Reich ont leurs racines dans le radicalisme d'extrême droite», explique Michael Hüllen, porte-parole de l'Office de protection de la Constitution dans le Land du Brandebourg, où résideraient environ 200 «citoyens du Reich».

Ces citoyens sont d'ailleurs souvent très procéduriers et prennent un malin plaisir à attaquer l'administration allemande pour mettre en doute sa légitimité, à coup de recommandés, d'envoi de fax à la chaîne, de lettres de menace.

Et ils prennent désormais pour cible l'appareil judiciaire allemand, rapporte le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, en se rendant en groupes d'une vingtaine ou d'une trentaine de personnes dans les tribunaux des grandes villes allemandes pour assister à des audiences traitant d'infractions banales dans le but d'en gêner le déroulement, selon un modus operandi précis:

«Un provocateur se lève dès le début de l'audience et demande si la juge qui préside l'audience remplit les conditions pour présider les débats en tant que juge légal, ce qui en général déclenche des conflits.»

Le phénomène s'est tellement accru ces derniers temps que le ministère de la Justice du Land de Bade-Wurtemberg, auprès duquel le quotidien a mené l'enquête, est en train d'éditer un manuel à l'intention des fonctionnaires pour qu'ils soient mieux armés face aux interventions et aux arguments fallacieux des «citoyens du Reich». Et a investi cette année deux millions d'euros pour sécuriser l'accès aux établissements judiciaires.

Slate.fr

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