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Présidentielle autrichienne annulée: la vague anti-Bruxelles va-t-elle tout emporter?

Daniel Vernet, mis à jour le 01.07.2016 à 15 h 37

Un peu plus d'une semaine après la victoire du Brexit, les regards des souverainistes européens sont tournés vers l'Autriche. La justice vient d'annuler pour «irrégularités» le second tour de l'élection présidentielle qui avait vu la victoire du candidat Verts devant celui du FPÖ.

Alexander Van der Bellen (Verts) et Norbert Hofer (FPÖ), le 22 mai 2016 I JOE KLAMAR / AFP

Alexander Van der Bellen (Verts) et Norbert Hofer (FPÖ), le 22 mai 2016 I JOE KLAMAR / AFP

Marine Le Pen a-t-elle raison de se réjouir du vote des Britanniques qui donnerait des ailes à son idée de référendum sur l’Europe? Ou le chaos politique qui s’en est suivi dans le Royaume-Uni, les regrets des uns et les reniements des autres, constituent-ils un avertissement pour tous les souverainistes? On pourrait débattre à perte de vue de cette question, si elle ne devait pas recevoir une réponse concrète dès cet automne.

L’Autriche sera alors le cadre d’une expérience in vivo. Un candidat pro-européen, écologiste, libéral, va affronter pour la présidence du pays un représentant de la droite populiste et souverainiste. La Cour constitutionnelle autrichienne vient d’annuler, pour irrégularités, le second tour de l’élection présidentielle du 22 mai et d’ordonner la tenue d’un nouveau scrutin qui devrait avoir lieu le 25 septembre ou le 2 octobre.

Le second tour avait vu la victoire du candidat soutenu par les écologistes, Alexander Van der Bellen, contre le candidat du FPÖ, parti soi-disant libéral, qui est en fait une formation populiste de droite voire d’extrême droite. Même si son porte-drapeau à l’élection présidentielle, Norbert Hofer, s’est glissé dans les habits d’un démocrate, son passé et ses amitiés le situent plutôt dans la mouvance néo-nazie.

«On a toujours fait comme ça»

Comme Alexander Van der Bellen ne l’avait emporté que de 31.000 voix (50,3% contre 49,7%), les juges constitutionnels ont considéré que les irrégularités dans le dépouillement des suffrages dans plus de huit circonscriptions sur dix, entachaient le résultat. Les votes par correspondances, très développés en Autriche, sont en cause. Les règles n’ont pas été respectées même si aucune fraude n’a été constatée. Les enveloppes ont été ouvertes avant les délais prescrits. Les procès-verbaux ont été signés sans que les scrutateurs ne les aient lus.

«On a toujours fait comme ça», ont déclaré plusieurs témoins entendus par la Cour. Personne ne s’en était jamais soucié parce que les résultats n’avaient jamais été aussi serrés. Le laxisme des scrutateurs aurait pu permettre des manipulations, ont estimé les juges, pour expliquer leur décision d’invalider le second tour.

L’euro et l’Europe ont été des boucs émissaires faciles à exploiter pour le FPÖ, même si ce parti eurosceptique ne va pas jusqu’à préconiser une sortie  de l’Union

La campagne électorale va donc reprendre. Au printemps, le thème de l’immigration avait, comme en Grande-Bretagne joué un grand rôle. Lors du scrutin, la division entre la ville et la campagne, entre les élites mondialisées et les laissés pour compte de la modernisation, dans un pays où certes le niveau de vie est un des plus élevés de l’UE mais où le taux de chômage a été multiplié par trois en deux ans, avait été déterminante. L’euro et l’Europe ont été des boucs émissaires faciles à exploiter pour le FPÖ, même si ce parti eurosceptique ne va pas jusqu’à préconiser une sortie de l’Autriche de l’Union européenne.

Nouveau chancelier, nouvelle donne?

Le discrédit des deux grands partis de gouvernement, les sociaux-démocrates du SPÖ, et les conservateurs de l’ÖVP, qui ont le plus souvent gouverné ensemble depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avait été également un élément déterminant. Leurs candidats respectifs avaient été éliminés dès le premier tour, avec quelque 11% des voix pour chacun. Depuis, la situzation a changé. Un nouveau chancelier est arrivé au pouvoir. Christian Kern (SPÖ), ancien directeur des chemins de fer autrichiens, a redoré le blason du gouvernement. Si sa popularité se confirme, il pourrait être un secours précieux pour Alexander Van der Bellen lors du prochain round.

L’image de l’Autriche à l’étranger, qui aurait pu être représentée par un populiste de droite si Norbert Hofer avait gagné, a aussi influencé au dernier moment une partie de l’électorat qui a préféré la figure rassurante d’Alexander Van der Bellen. Cet ancien professeur d’université est apparu plus apte que son adversaire à assumer les tâches essentiellement représentatives d’un président de la République en Autriche. Mieux qu’un sondage, la nouvelle élection présidentielle autrichienne donnera donc une image grandeur nature de l’impact du Brexit sur les mouvements populistes en Europe.

Daniel Vernet
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Journaliste
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