Monde

Brexit: «Il faut arrêter de dire que nous sommes des victimes de Bruxelles»

Temps de lecture : 3 min

Un professeur de droit démonte quelques mythes autour de l’Union européenne et notamment celui sur la soi-disant souveraineté perdue du Royaume-Uni.

Dans une vidéo qui a été vue près de 7 millions de fois sur Facebook et qu’un éditorialiste de Bloomberg a qualifiée de «fascinante», un professeur de droit britannique, expert auprès de l’Union européenne, s’en prend à un certain nombre d’idées reçues sur l’Union européenne, qu’il qualifie de «mythes». Et notamment le mythe d’une Union européenne qui serait indépendante des États-membres. Après avoir démonté ce qu’il appelle le mythe de la souveraineté perdue, Michael Dougan, de l’Université de Liverpool, se lance dans cette explication:

«La deuxième idée qui a pris toute la place dans ce débat, est l’idée selon laquelle il s’agirait d’un débat sur “nous” et “eux”. Que l’Union européenne serait quelqu’un d’autre et que nous serions des petites victimes pathétiques de Bruxelles, comme si ce pays était incapable de se prendre en main. Et pour un juriste spécialiste de l’Union européenne, pour n’importe qui travaillant dans ce domaine, cette idée est absolument étrange.»

Négociations et consensus

Il n’y a pas de décisions qui soient prises en dehors du Royaume-Uni, sans son consentement, affirme Michael Dougan. Chaque décision prise à Bruxelles a été validée par un vote au sein du Parlement britannique. Et le Royaume-Uni a énormément d’influence au sein de l’Union européenne, à tel point, affirme-t-il, qu’on parle des «trois grands», les Big three, pour qualifier ceux qui «dirigent» le plus l’Union.

«Souvenez-vous que l’Union européenne n’est pas dirigée par vingt-huit eurocrates non élus de la Commission comme on l’entend tout le temps. Elle est dirigée par vingt-huit gouvernements qui travaillent ensemble avec le Parlement européen», rappelle le spécialiste.

Certes, le système de décision actuel est la prise de décision à la majorité. Mais 90% des décisions sont dans les faits prises par consensus, affirme le spécialiste. «En d’autres termes, les États-membres négocient jusqu’à ce que chacun soit content du résultat. Et il ne pourrait pas en être autrement, puisque l’Union européenne est une création des États-membres, donc elle doit servir leurs intérêts nationaux principaux, et elle le fait par un processus de compromis et de négociation, affirme Michael Dougan. Donc l’Union européenne n’est pas quelqu’un d’autre, ce n’est pas quelque chose qui nous tombe dessus, nous sommes des acteurs majeurs, des acteurs de poids au sein de l’Union européenne.»

Gains «très largement positifs»

La campagne autour du référendum britannique a été très violente. Michael Dougan a eu lui aussi à en souffrir. En raison de ses positions, il a reçu un nombre important d’e-mails de personnes «en colère» et d’e-mails racistes. À tel point qu’il a changé son message d’absence pour s’excuser de ne pas répondre tout de suite si le message contenait «une affirmation fausse selon laquelle [il serait] payé par la Commission européenne» ou si son destinataire espère qu’il sera «déporté bientôt».

L’Union européenne n’est pas quelqu’un d’autre, ce n’est pas quelque chose qui nous tombe dessus, nous sommes des acteurs majeurs, des acteurs de poids au sein de l’UE

Michael Dougan sur Facebook

Michael Dougan déclare aussi dans la vidéo regretter que n’aient pas été mises en avant dans la campagne du référendum les milliers de pages de rapports et de preuves que l’Union européenne apporte selon lui plus de bienfaits que de problèmes, citant une somme de trente-deux gros rapports, «l’exemple le plus conséquent de recherche entreprise au sein de l’Union européenne sur la façon dont un État-membre est affecté par l’Union européenne» et aussi «l’un des plus grands efforts de recherche jamais entrepris par le service publique britannique dans toute son histoire», qui a abouti à la conclusion selon lui claire et nette que le rapport entre le coût et le gain est «très largement positif».

«Sans ambiguïtés»

Le professeur de droit regrette aussi beaucoup que la presse britannique ait relayée l’idée que la sortie de l’Union européenne ne prendrait que deux ans, distinguant la signature de cette sortie, qui doit avoir lieu dans les deux ans, des négociations autour d’un accord entre l’UE et le Royaume-Uni, qui selon lui devraient prendre a minima dix ans, selon l’exemple donné par les précédentes négociations suisses et norvégiennes:

«Je voterai pour que l’on reste dans l’Union européenne mais, en tant que chercheur, ma crédibilité repose sur mes connaissances, je dois chercher des preuves, et je dois analyser ces preuves d’une manière rigoureuse et crédible. Et mon analyse de ces preuves est sans ambiguïté. Ma conclusion est que notre relation avec l’Union européenne est bénéfique, elle est largement positive. L’Union européenne n’est pas sans poser de problèmes, mais il est bien plus facile de faire un bon travail à l’intérieur qu’à l’extérieur. [...] Et merci à vous pour votre attention. Si seulement nos étudiants étaient aussi attentifs pendant les cours».

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