Sports

Le beau parcours hongrois à l’Euro est le meilleur allié de Viktor Orbán

Temps de lecture : 2 min

Pour sa première participation depuis 1972, la Hongrie a réussi à atteindre le stade des huitièmes de finale. Une performance qui pourrait profiter à son fan numéro 1...

Viktor Orban à Bordeaux, le 14 juin 2016, lors du match Autriche-Hongrie. TOBIAS SCHWARZ / AFP.
Viktor Orban à Bordeaux, le 14 juin 2016, lors du match Autriche-Hongrie. TOBIAS SCHWARZ / AFP.


Viktor Orbán a deux amours: le foot et sa famille. Apprenant la naissance de sa petite-fille Alizt, il a laissé tomber ses vacances en tribunes à l’Euro 2016 et s’est précipité dans le premier avion à destination de Budapest. Puis il s’est redirigé vers la France, où il a assisté à la colère homérique de Cristiano Ronaldo, dégoûté par des Magyars combatifs qui ont poussé ses troupes à un nul fou (3-3) qui les a qualifiés pour les huitièmes de finale, où ils se sont lourdement inclinés contre la Belgique (0-4). Orbán, l’habitué des travées, a donné de la voix pour son loisir préféré. Et mobilisé le budget national.

Primo, en décidant l’érection de 32 stades d’ici 2020, année où le nouveau stade Ferenc-Puskas accueillera trois matchs de poule et un huitième de finale à l'occasion d'un Euro «itinérant» dans toute l'Europe. Un chantier à 220 milliards de forints (660 millions d’euros) dont l’ampleur irrite. Secundo, via un système de déduction fiscale (le TAO) bénéficiant aux mécènes du ballon rond et aux clubs recevant les subsides. Une idée tout aussi critiquée vu que l’académie Puskás à Felscút (dirigée par Orbán) en est l’un des principaux bénéficiaires.

La Hongrie met le paquet pour réintégrer l’élite du sport-roi, et son Euro honorable éponge des conflits d’intérêts éhontés. «La victoire semble avoir balayé le lien automatiquement péjoratif entre la Fidesz [le parti de Orban, ndlr] et le foot», expliquait le politologue Gábor Török au pure-player Hvg.hu le lendemain du 2-0 inaugural contre l’Autriche. «Ce succès ne profite pas qu’au gouvernement. C’est devenu une affaire nationale. Ce ne sont pas des stades qui ont joué sur le terrain. Certains pensent encore que ces constructions d’enceintes n’ont aucun sens, mais l’immense majorité de la population s’est réunie derrière la sélection malgré la polémique.»

Quatre mois après la qualification historique du «Nemzeti 11», parachevée en novembre 2015, l’homme fort de la Hongrie affichait d'ailleurs un niveau de popularité record à 49% selon les chiffres de l’institut Százádvég, le plus haut jamais enregistré depuis son retour aux responsabilités en avril 2010. Nul doute qu’Orbán l’ancien footeux, passé tout près d’une carrière pro, entendra surfer sur la vague, à la manière d’un Jacques Chirac dont la cote de sympathie a explosé grâce au Mondial 98 remporté par les Bleus.

S’il entretient sa passion par l’intermédiaire de son centre de formation baptisé en hommage au Major Galopant, l’inventeur de «l’illibéralisme» peut aussi compter sur une galaxie de proches occupant les terrains. Son copain de fac Tamás Deutsch, actuellement député européen, pilote le MTK Budapest. Son ami l’entrepreneur István Garancsi, pape du BTP local (Market ZRT), chapeaute le Videoton Székesfehérvár. Le secrétaire général de la Fidesz, Gábor Kubatov, préside le club de Ferencváros. Une mainmise incontestable.

«La réussite de l’Euro renforce le parti du ballon rond», donc Orbán and co, lançait l’économiste du sport Ferenc Dénes sur la radio publique Kossuth, 48 heures avant le 3-3 dingue face aux Lusitaniens. «De plus, la performance de la sélection pourrait permettre à certains joueurs d’atterrir dans des écuries prestigieuses, tout en augmentant la valeur du foot hongrois sur le marché européen. Ceux qui sont encore dans les académies savent que la situation a changé. Ils seront plus avantagés à l’avenir.»

Un diagnostic confirmé par le Premier ministre lors d’un déjeuner de presse à Marseille. Son souhait: une vingtaine de profils répartis dans les cinq ligues majeures (Premier League, Ligue 1, Bundesliga, Serie A, Liga) d’ici quatre ans. Exemple? Le jeune milieu Ádám Nagy, sérieusement pisté par l’OM, le Benfica Lisbonne ou Leicester. Dans son propre championnat, Orbán écrase la concurrence, à l’instar du PSG, et tout comme les Franciliens, il entend défendre son titre lors de la prochaine échance. Verdict en 2018.

Joël Le Pavous Journaliste

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