Santé / Sports

«Pour améliorer le niveau de ton équipe, tu ne dois pas t’entraîner plus, tu dois t’entraîner mieux»

Temps de lecture : 8 min

Raymond Verheijen a travaillé avec de nombreuses sélections qui ont atteint les derniers carrés d'une compétition. Il nous prodigue ses conseils pour préparer au mieux une sélection.

Olivier Giroud et Eliaquim Mangala à l'entraînement à Clairefontaine, le 29 juin 2016. FRANCK FIFE / AFP.
Olivier Giroud et Eliaquim Mangala à l'entraînement à Clairefontaine, le 29 juin 2016. FRANCK FIFE / AFP.

Avant (peut-être) l'Islande cette année, les récentes surprises des grandes compétitions du football mondial s'appelaient la Grèce 2004, la Turquie 2008, l'Uruguay 2010, la Corée 2002 ou encore la Russie 2008. Quand on pense aux performances de ces deux dernières équipes, c’est leur condition physique qui a beaucoup marqué les esprits, avec des exploits glanés après 120 minutes de jeu. La Corée du Sud avait sorti l’Italie dans un match à l’arbitrage controversé (2-1 après prolongations) puis l’Espagne (0-0, 5-3 t.a.b.), tout comme les Russes avaient vaincu les Pays-Bas à l’usure en quarts de finale (3-1 après prolongations).


Des résultats tellement surprenants qu'ils avaient éveillé les soupçons. Dans son livre Shot, le journaliste d'investigation allemand Thomas Kistner avait directement mis en cause la recette magique de Guus Hiddink, le sélectionneur de ces deux équipes, et de son préparateur physique, Raymond Verheijen.

«C’est quand même incroyable la façon dont Hiddink a réussi à faire d’équipes insipides des monstres de physique? La Corée du Sud n’avait jamais performé à aucune Coupe du monde, soudain en 2002, elle arrive jusqu’en demi-finale. L’endurance des joueurs était remarquable, il fallait leur tirer dessus pour les arrêter.»

Des soupçons de dopage qui n'ont jamais été prouvés.

Aujourd'hui, Raymond Verheijen conseille toujours les plus grands clubs (FC Barcelone, le Zénit Saint-Pétersbourg, Manchester City et Chelsea...) pour préparer au mieux physiquement leurs poulains. Auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, directeur d’une académie qui forme les coachs, le Néerlandais a aussi été assistant de plusieurs sélectionneurs depuis 2000 dans les grands tournois. Sans en remporter aucun, mais avec une belle moisson de résultats: en dehors du Mondial 2002 et de l'Euro 2008, il a été demi-finaliste de l'Euro 2000 avec les Pays-Bas de Rijkaard et de l'Euro 2004 avec ceux d'Advocaat, a atteint les huitièmes de finale du Mondial 2008 avec la Corée du sud de Huh Jung-moo et a été consultant pour Alejandro Sabella, le sélectionneur de l'Argentine finaliste en 2014.

Il nous prodigue quelques-uns de ses conseils pour mettre sur les bons rails une sélection nationale, avec trois notions clés: la fraîcheur, l’intensité et la communication entre les joueurs.

S’entraîner 90 minutes maximum

Après sa finale de Ligue des Champions glanée avec le Real Madrid, Cristiano Ronaldo a profité de quelques jours de vacances avant l’Euro.

Pour certains, c’est une hérésie, pour le coach néerlandais, c'est au contraire «extrêmement intelligent». Selon lui, beaucoup de coachs feraient l’erreur de préparer leur équipe nationale comme ils préparaient un club avant d’entamer une saison. «Après une saison, tu as un bon cardio, un bon foncier mais tu n’es pas frais. Cette semaine de vacances peut te permettre de récupérer cette fraîcheur physique et mentale. Tu ne perds pas ta condition en une semaine. Tandis que quand tu débutes une saison, tu sors de quatre semaines de vacances, tu dois faire plus de travail foncier mais tu es frais, tu n'es pas fatigué. C’est exactement l’opposé. Certains coachs fatiguent leurs joueurs.»

Verheijen ne planifie donc qu’une séance par jour. Des entraînements qui ne dépassent jamais la durée d’un match de football: 90 minutes.

«Si tu veux améliorer le niveau de ton équipe, tu ne dois pas t’entraîner plus, tu dois t’entraîner mieux, avec un rythme plus intensif. Que tu joues en amateur ou au plus haut niveau, ce qui change, c’est la rapidité du jeu, pas la durée. Il y a moins d’espace et moins de temps pour exécuter une action. Le football n’est pas un sport d’endurance mais un sport d’intensité.»

Faire moins travailler les joueurs sujets aux blessures

Sur son compte Twitter, dans les médias, le préparateur physique évoque souvent le grand nombre de joueurs blessés dans certains clubs. Parmi eux, le Real Madrid et Arsenal.

«Je ne critique pas. Je parle des faits pour poser des questions. Si dans son effectif, Arsène Wenger a une blessure tous les cinq jours pendant treize saisons, en moyenne, est-ce que c’est bien ou pas? Le Real Madrid a vingt-trois joueurs qui ont eu des blessures musculaires en six mois. C’est étrange? Cela signifie que quelque chose ne va pas bien.»

Impossible évidemment de ne pas penser au cas de Raphaël Varane, défenseur central des Bleus, blessé et donc forfait à cause d'une lésion musculaire trois semaines seulement avant la compétition… «Il a été blessé trois fois cette saison. Quelqu’un est qui est blessé trois fois en une saison, ça veut dire que quelque chose ne va pas.»

Le Néerlandais n’hésite donc pas à alléger le programme de certains joueurs notamment les plus explosifs. C’est le cas d’Arjen Robben, blessé régulièrement pendant un long moment. «Arjen est très explosif. Quand tu es avec ta voiture au feu, si tu accélères très vite ou tu accélères lentement, dans quelles situations tu utilises le plus de fuel? Les joueurs les plus explosifs utilisent plus d’énergie par action. Tu dois les faire travailler moins que les autres.»

Faire du physique avec le ballon

A l’instar de Christian Gourcuff, nouvel entraîneur rennais et ancien coach lorientais, Verheijen estime également que les exercices, mêmes physiques, doivent se faire tous avec un ballon:

«En football, tu veux maintenir le pressing pendant 90 minutes, faire des passes pendant 90 minutes, faire des transitions, tirer, défendre pendant 90 minutes. Si tu cours autour du terrain, est-ce que tu entraînes ta défense? Si tu cours tout seul, travailles-tu les transitions? C’est vraiment stupide. Si les entraîneurs demandent aux joueurs de courir sans ballon, ils travaillent autre chose que le football.»

Varier le nombre de joueurs, la taille du terrain

Pour que ses joueurs puissent être à fond pendant 90 minutes, Verheijen met en place des oppositions durant lesquelles il fait varier le nombre de joueurs et la taille du terrain. Il adapte ces deux données en fonction des profils de ses joueurs. Lorsqu’il a pris en main les Sud-Coréens, très mobiles, rapides, explosifs, il a mis en place des oppositions à onze contre onze, dix contre dix, neuf contre neuf en agrandissant le terrain. «Ils ne pouvait tenir un gros tempo que durant soixante minutes. Les dernières trente minutes, ils baissaient le pied. J'ai travaillé leur endurance», explique-t-il.

Avec la Russie en 2008, le technicien avait au contraire des joueurs plus grands, plus lents, sans explosivité. «Ils pouvaient presque jouer trois jours à ce rythme. Du coup, avec les Russes, on a fait beaucoup de trois contre trois et de quatre contre quatre sur des terrains plus petits, afin qu’ils réalisent plus d’actions par minute par rapport à ce qu’ils auraient fait en match. J’ai entraîné leur corps à jouer à un tempo plus rapide.»

Tout le contraire de l’image de l’équipe russe de ce mois de juin, bonne dernière du groupe B avec un point… «Si tu as vu les matchs de la Russie, ça saute aux yeux qu'il y a eu quelque chose qui a été raté dans la préparation. Ils ont joué à un rythme très bas, il y avait très peu de communication et d'entente entre les joueurs. Il n’y a qu’à voir la facilité avec laquelle le Pays de Galles a pénétré la défense.»


Répéter les mêmes exercices

Depuis le début de l’Euro, les supporters et les observateurs se plaignent d’une compétition durant laquelle, peu d’équipes arrivent à imprimer leur jeu et à mettre en place un football offensif. C’est le cas de l’équipe de France ou de l’équipe d’Angleterre, qui en dépit d'un talent individuel indéniable, ne sont pas parvenues à mettre en place un collectif séduisant. Pour Raymond Verheijen, il y a plusieurs méthodes qui peuvent permettre d’arriver à roder un jeu huilé en très peu de temps.

La première consiste à répéter indéfiniment les mêmes exercices à l’entraînement:

«Quand je travaillais avec Guus Hiddink, c’était une des choses pour lesquelles il était très bon. Avec la Corée du Sud et la Russie, on avait de vraies équipes avec des joueurs qui travaillaient tous ensemble. S'il y avait vingt entraînements, Guus faisait vingt fois le même entraînement. Il expliquait la façon par laquelle nous allions attaquer, notre façon de défendre et à chaque entraînement, on faisait la même chose. Ce que tu vois avec beaucoup de coachs, c'est qu'ils veulent varier les entraînements, ils pensent que les joueurs aiment faire des choses différentes, cela va les épanouir. Si tu varies trop les entraînements, tu survoles beaucoup de choses mais tu n’approfondis rien.»

Hiddink a donc mis en place des exercices tactiques, des exercices de possession, de passes, des petits matchs qui étaient tous reliés à son plan de jeu: «C’était une simplification de son système.»

Garder le même onze

Pour améliorer la communication entre ses joueurs, justement, Verheijen préconise de garder tout au long de la compétition le même onze de base. Le préparateur physique estime par exemple que Didier Deschamps ne devrait pas faire tourner son effectif. Contrairement aux Islandais qui ont gardé les onze mêmes joueurs pendant la compétition, Deschamps a modifier son équipe-type à chaque match, surtout au milieu de terrain.

«Il change constamment son équipe. C’est la plus mauvaise chose que tu puisses faire, tu perds du temps, ce n’est pas très intelligent. Tu as onze joueurs et ces onze joueurs doivent apprendre à jouer ensemble le plus possible. Si tu prépares bien tes joueurs pendant tes trois semaines, ils sont en forme, ils sont frais. Il y a trois-quatre jours, une semaine entre les matchs. Si tu ne les tues pas pendant la préparation, c’est un délai assez long pour se remettre d’un match.»

Avoir des joueurs dans le même club

Selon lui, les Bleus affichent également un sacré handicap par rapport à d’autres équipes: des joueurs qui viennent de clubs différents. Les Allemands, eux, disposent de dix joueurs qui jouent ou sont passés par le Bayern Munich (Manuel Neuer, Jérôme Boateng, Toni Kroos, Bastian Schweinsteiger, Thomas Müller, Emre Can, Joshua Kimich, Lukas Podolski, Mario Götze, Mario Gomez, et en attendant Mats Hummels, qui vient de signer en provenance du Borussia Dortmund) et l’Italie affiche une défense composée essentiellement de joueurs de la Juventus Turin: Leonardo Bonucci, Giorgio Chiellini, Andrea Barzagi devant le gardien Gianluigi Buffon. Surtout qu'Antonio Conte, le sélectionneur transalpin, ancien entraîneur de la Juve de 2011 à 2014, les a déjà eu sous son aile. Pas mal pour les automatismes, évidemment...

«C’est un gros désavantage pour Deschamps. La France ne joue pas bien jusqu’à maintenant, ils ont gagné un ou deux matchs à la fin. Ils n’ont pas dominé les matchs comme l’Allemagne, par exemple. Il y a beaucoup de joueurs talentueux mais ce n’est pas vraiment une équipe.»

On peut donc regretter, par exemple, que le PSG, avec sa manne financière, ne recrute peut-être pas plus les meilleurs joueurs français puisque c’est année, seul un Parisien fait partie de l’effectif de Didier Deschamps durant cet Euro: Blaise Matuidi.

Newsletters

Mon ami me dit qu'il a attrapé des chlamydias dans des toilettes publiques, est-ce possible?

Mon ami me dit qu'il a attrapé des chlamydias dans des toilettes publiques, est-ce possible?

On a diagnostiqué des chlamydias à Anik. Elle pense que c'est son ami qui les lui a transmises pourtant il soutient qu'il ne l'a pas trompée et qu'il a dû les attraper dans des toilettes publiques. Est-ce possible? De son côté, Karim a...

De plus en plus de blessures à cause du téléphone

De plus en plus de blessures à cause du téléphone

Les jeunes de 13 à 29 ans sont particulièrement concernés.

Deux bactéries résistantes causent chaque année 8.000 morts au Japon

Deux bactéries résistantes causent chaque année 8.000 morts au Japon

La résistance aux antibiotiques est un problème majeur à travers le monde.

Newsletters