Allemagne

Footballeur, viol et sextape: le procès révélateur de la Nabilla allemande

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 29.06.2016 à 11 h 07

Repéré sur Der Tagesspiegel, Der Spiegel

L’affaire Gina-Lisa Lohfink est devenue une illustration criante des lacunes du code pénal allemand.

Gina-Lisa Lohfink en 2010 | lucky.lion81 via Flickr CC License by

Gina-Lisa Lohfink en 2010 | lucky.lion81 via Flickr CC License by

C’est un feuilleton judiciaire qui réunit tous les ingrédients dont raffole la presse à scandale: du sexe, filmé sur smartphone et jeté en pâture sur internet, une ex-starlette de la téléréalité, un footballeur professionnel qui compte le défenseur central de la Mannschaft Jérôme Boateng parmi ses amis et beaucoup, beaucoup de champagne.

Gina-Lisa Lohfink, 29 ans, ancienne participante de l’émission «Germany’s Next Topmodel», est accusée par le parquet de Berlin d’avoir accusé à tort de viol en réunion deux hommes avec lesquels elle a eu des relations sexuelles une nuit de juin 2012: le footballeur professionnel irano-allemand Pardis F. et une connaissance de ce dernier, Sebastian C., «accompagnateur de VIP» de profession, qu’elle avait rencontrés lors d’un gala de bienfaisance.

Filmés par les deux hommes, les ébats ont ensuite été diffusés sur internet. Sur l’une des vidéos, toujours en ligne, la jeune femme dit à trois reprises «Non, non, non!», et «Arrête!». Mais sur les autres vidéos, on la voit chanter, danser et embrasser Pardis F. et Sebastian C., également pendant les rapports sexuels.

Accusations

Le fait que Gina-Lisa Lohfink ait d’abord porté uniquement plainte pour violation des droits de la personnalité, son avocat affirmant dans la plainte qu’il avait alors déposée contre les deux auteurs des vidéos que les relations sexuelles entre sa cliente et les deux hommes étaient «consenties», et qu’elle ait passé la nuit suivante en compagnie de Pardis F. à vider des coupes de champagne en compagnie de la star du football allemand Jérôme Boateng dans le lobby d’un hôtel berlinois n’a pas joué en sa faveur durant le procès, qui a eu lieu en 2015. Ne parvenant pas à prouver qu’elle s’était défendue face à ses agresseurs présumés, Gina-Lisa Lohfink a été condamnée par la justice allemande à verser 24.000 euros d’amende pour fausses accusations.

Mais la jeune femme continue d’affirmer qu’elle a été victime d’un viol et a été droguée au préalable, et a donc fait appel. Gina-Lisa Lohfink, dont la célébrité et la dégaine rappellent étrangement celles de Nabilla –pour la petite histoire, elle aussi s’est fait remarquer en sortant une drôle d’interjection qui a fait sa réputation durant l’émission de téléréalité à laquelle elle participait: «Zack, die Bohne!» (littéralement: «Boum les haricots!»)–, comparaît à nouveau devant la justice depuis juin 2016, comme le rapporte Der Tagesspiegel.

Ce nouvel épisode judiciaire défraie la chronique et déclenche un déluge de réactions politiques en Allemagne, car cette affaire est devenue, aux yeux des nombreux soutiens que compte Gina-Lisa Lohfink auprès des associations féministes et au sein de la population, réunis sur Twitter sous le hashtag #TeamGinaLisa et massés devant le tribunal à chaque audience, une illustration criante des lacunes du code pénal allemand.

«Non»

Car, comme vous nous le rapportions sur Slate peu après la fameuse nuit de Cologne, lors de laquelle des centaines de femmes avaient été agressées sexuellement, le code pénal allemand ne reconnaît aujourd’hui l’existence d’un viol que dans trois cas de figure: lorsque le rapport sexuel est obtenu de force, par la violence ou sous la menace, ou lorsque la victime est dans une situation où elle ne peut se défendre et que le coupable use de cette situation.

Et justement, le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas (SPD), veut durcir cette loi et adopter le principe selon lequel un «non» prononcé par la victime suffise à qualifier une infraction sexuelle. Ce «non» que prononce justement à trois reprises Gina-Lisa Lohfink dans une des vidéos. Heiko Maas a d’ailleurs déclaré à l’ouverture du procès: «La réforme doit être menée de toute urgence pour combler les criantes lacunes.»

Ce qui faisait dire à l’hebdomadaire Der Spiegel dans son édition papier du 18 juin 2016, au vu des nombreuses invraisemblances du dossier, que, «quand on s’intéresse de près à l’affaire Lohfink, quand on lit le dossier d’enquête, on se rend compte que rien n’est clair dans cette affaire, même pas la question de la culpabilité. Cette affaire ne peut être prise pour modèle pour établir une disposition légale».

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