Sports

Le foot en Islande, une découverte explosive

Temps de lecture : 4 min

Grâce au football, l’Europe découvre l’Islande, qui a soif de reconnaissance et cherche à développer son tourisme.

Le milieu de terrain défensif Aron Gunnarsson lors d’une session d’entraînement à Annecy le 30 juin 2016, en préparation du quart de finale contre la France le 3 juillet | TOBIAS SCHWARZ/AFP
Le milieu de terrain défensif Aron Gunnarsson lors d’une session d’entraînement à Annecy le 30 juin 2016, en préparation du quart de finale contre la France le 3 juillet | TOBIAS SCHWARZ/AFP

Le 3 juillet à Reykjavik, à l’occasion du quart de finale de l’Euro qui opposera l’Islande à la France, la petite fan-zone aménagée à quelques encablures du port, sur une petite place à proximité du quartier branché de la capitale, ne pourra pas contenir tous les Islandais qui, avec l’Euro, se découvrent une passion pour le football.

Une douzaine de bancs devant un écran ne mesurant guère plus de cinq mètres sur trois, et un espace ouvert sur lequel, entre les rues Austurstræti, Aðalstræti et Hafnarstræti, pourront se masser 300 à 400 personnes… plus les terrasses des cafés qui donnent sur la place: voilà ce que les autorités locales avaient prévu comme espace public pour permettre aux Islandais de vibrer collectivement en suivant les matchs de leur équipe.

Mais l’engagement du petit onze islandais débarqué du grand nord, avec le capitaine Aron Gunnarsson, le butteur Ragnar Sigurdsson, le gardien Hannes Halldorsson et leurs coéquipiers défiant les meilleures sélections nationales inscrites au panthéon du foot européen, prend de court et émerveille le pays tout entier. Il faudra se serrer très fort sur la petite place!

Démon du foot

Car le football en Islande n’a rien d’une institution comme en Angleterre, en Italie, en Espagne ou en France. Pour sa première participation à une compétition du niveau de l’Euro, les Islandais qui connaissent fort mal ce sport ne s’attendaient guère à voir leur équipe en bleu dépasser le stade des matchs de poule. Et surtout pas à la voir bousculer l’adversaire anglais –tout un symbole– et gagner son billet pour les quarts de finale!

Du coup, les Islandais, qui se passionnent déjà pour le handball depuis que leur équipe a décroché un podium aux Jeux olympiques de 2008 (sans parler de ses performances aux championnats d’Europe 2010), sont pris par le démon du foot. Entre océans et terres volcaniques, malgré la proximité des glaciers qui occupent le centre de l’île, il fera chaud le 3 juillet sur la petite fan-zone de Reykjavik qui –comme partout dans le pays en cette saison en cette saison mais encore plus que les autres jours– ne connaîtra pas la nuit.

Bien sûr, tous les supporters de l’équipe ne seront pas sur place. Nombre d’entre eux ont choisi de suivre leur équipe en France: ils étaient quelque 15.000 à Nice à applaudir la victoire contre les Anglais. Incroyable, de la part d’un pays qui ne compte pas plus de… 330.000 habitants! Imaginons le déplacement de 5% de la population française pour soutenir une équipe sportive: plus de 3 millions de personnes qui prendraient le chemin des stades.

Collectivité resserrée

En réalité, il faut être sur place pour apprécier l’esprit collectif qui règne parmi les Islandais, regroupés pour les deux tiers dans la capitale et sa grande banlieue. Ailleurs, l’habitat est extrêmement dispersé. Akureyri, deuxième ville du pays logée au nord au fond d’un fjord donnant sur la mer du Groënland, est moins peuplée que Concarneau. Et des agglomérations comme Egilsstaðir ou Vik font figure de simples étapes aux touristes qui les traversent.

Quel que soit le résultat de la confrontation balle au pied avec la France, les Islandais ont déjà gagné le match de l’image et de la notoriété

Pas facile, lorsque les concentrations d’habitants sont aussi réduites, de créer des équipes de sport collectif, sauf à Reykjavik. D’autant que l’hiver, les nuits sont longues et les déplacements difficiles. Ce qui, toutefois, a tendance à resserrer les liens dans les communautés. Résultat, un collectif soudé qui joue sans complexe, et qui s’engage pour tout un pays… aussi peuplé que la ville de Nice.

L’activité humaine se déploie exclusivement sur le pourtour de l’île. L’intérieur est un désert minéral, vestige d’une activité volcanique qui n’est toujours pas éteinte, et par des glaciers dont le principal –le Vatnajökull– est aussi grand que la Corse. Glaciers et volcans se combinent, comme au sud où le glacier Eyjafjallajökull recouvre le massif volcanique Eyjafjöll dont l’irruption marqua l’année 2010 en perturbant l’activité aérienne de toute l’Europe du Nord.

L’Islande, à moins de 300 kilomètres du Groënland et sous laquelle le magma terrestre bouillonne à seulement 3.000 mètres de profondeur, est un cocktail naturel rude et explosif. Et les Islandais, descendants de Vikings, sous tutelle norvégienne puis danoise, revendiquent aujourd’hui leur indépendance après que la République a été proclamée en 1944.

Coup de projecteur

Pour ce petit pays qui a soif de reconnaissance, la découverte du football avec une équipe qui propulse ses couleurs au même niveau que le gotha européen est un événement national. Tant sur le plan sportif qu’économique d’ailleurs. Car le pays a entamé un virage vers le tourisme appelé à devenir une des principales activités à côté de la pêche, et de l’agriculture qui décline.

Les investissements se multiplient dans l’hôtellerie et les infrastructures pour faciliter la découverte des icebergs et des geysers, des cascades et des failles géologiques, des macareux et des baleines… et des petits chevaux qui vivent en semi-liberté. Avec le risque, toutefois, que l’île se transforme un jour en un immense parc d’attractions naturel.

Le coup de projecteur de l’Euro sert ce projet de développement vital pour une économie qui faillit s’effondrer avec la crise de 2008. Aujourd’hui, quel que soit le résultat de la confrontation balle au pied avec la France, les Islandais ont déjà gagné le match de l’image et de la notoriété. C’est un des mystères de la magie du ballon rond, qui, au pays des trolls et des elfes, a déjà envoûté la population comme elle a rendu fous les fans de tous les pays de la planète foot.

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