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Il n'y a qu'au foot que l'on peut assister à une surprise comme l'Islande

Camille Belsoeur, mis à jour le 28.06.2016 à 18 h 22

Les équipes favorites ont moins de chances de l'emporter en football, et particulièrement lors des matchs à élimination directe.

Les joueurs islandais fêtent leur qualification avec leur public après leur victoire face à l'Angleterre en huitièmes de finale de l'Euro 2016, le 27 juin. ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Les joueurs islandais fêtent leur qualification avec leur public après leur victoire face à l'Angleterre en huitièmes de finale de l'Euro 2016, le 27 juin. ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Peu de personnes auraient misé un euro sur une victoire de l'Islande face à l'Angleterre –même avec la chute de la livre sterling– avant les huitièmes de finale de l'Euro 2016. Il n'y a qu'à lire quelques-uns des tweets publiés alors par les supporters anglais, tout heureux d'éviter le Portugal.

Pourtant, lundi 27 juin, c'est la petite île qui a battu la grande (2-1) dans un revival de la «guerre des morues». Même les bookmakers n'avaient pas vu venir cet exploit: un succès de l'Islande était coté jusqu'à 10 contre 1 avant la rencontre. Avec une bonne gueule de bois, la presse anglaise a, elle, titré sur «la plus grande humiliation de l'Angleterre».

Si cette victoire de l'Islande, petite île de 330.000 habitants où seulement 100 footballeurs évoluent chez les professionnels (et dont 23 jouent en équipe nationale), est une immense surprise, c'est le sel même du football: le sport où par excellence l'outsider peut espérer battre le favori. 

Dans l'histoire de l'Euro –qui avant son passage à 24 équipes pour cette édition 2016 était souvent considéré comme le tournoi international le plus relevé au monde–, plusieurs équipes surprises ont déjoué tous les pronostics. On se souvient de l'équipe du Danemark, qui avait remporté l'Euro 1992. Même pas qualifiés pour la compétition, les Scandinaves avaient été invités à la dernière minute en raison de l'exclusion par l'UEFA d'une Yougoslavie au bord de l'implosion. À la surprise générale, la bande du gardien emblématique Peter Schmeichel bat tous les favoris, la France, les Pays-Bas puis l'Allemagne en finale, et décroche le titre.

Douze ans plus, en 2004, c'est une équipe de Grèce sans aucune star qui avait triomphé sur le toit de l'Europe. La sélection hellénique, qui n'a jamais gagné le moindre match en Coupe du monde, s'était appuyée sur une défense de fer pour surprendre la France, tenante du titre, en quart de finale (1-0), puis le pays organisateur, le Portugal en finale (1-0). «La revanche des petits», peut-on lire dans les archives de l'UEFA à propos de cette énorme surprise qu'a été le dénouement de l'Euro 2004. 

Le facteur chance

Les exploits des petites équipes ont toujours un élément central de l'histoire du football. Si sur une longue saison de championnat les immenses surprises sont bien plus rares –même si le club de Leicester a remporté cette année la Premier league anglaise avec une cote initiale à 5.000 contre 1–, sur un match tout est possible. 

Pour Julien Guyon, professeur associé aux départements de mathématiques de l’université de Columbia à New York et fan de foot, un paramètre est à l'origine de l'incertitude des résultats en football: le hasard.

«Il y a une grande spécificité du football par rapport à d'autres sports. Il y a un faible nombre d'occasions de marquer dans un match, et ensuite la probabilité de convertir une occasion est faible. En football, vous avez peut-être 5-10% de chance de marquer sur un tir, alors que cela va monter à plus de 30% dans le basket où les joueurs tirent également beaucoup plus. Tout ça pour dire qu'en football, les scores sont souvent de 1-0, 1-1 ou 2-1 et donc le hasard a une part plus importante dans le résultat.»

Si l'on prend par exemple les statistiques de l'Islande à l'Euro 2016, elle présente un incroyable ratio avec cinq buts sur ses huit seuls tirs cadrés. Sans remettre en cause les qualités de leur équipe sur le terrain, on voit que les Islandais ont bénéficié d'une réussite incroyable sur ce début de compétition, avec un beau brin de chance. 

«En base-ball, vous répétez plein de fois les mêmes séquences et les joueurs sont hyper-spécialisés. C'est donc beaucoup plus difficile pour une équipe plus faible de gagner car quand on repète cent fois une même action, il faudrait beaucoup trop de chance pour gagner», poursuit Julien Guyon. 

L'incertitude des tirs aux buts

L'autre paramètre qui fait du football un sport si imprévisible est la forte chance que deux équipes terminent une rencontre à égalité. Et dans des matchs à élimination directe comme à l'Euro, en cas de nul, les équipes s'affrontent lors d'une prolongation assez courte (trente minutes) puis aux tirs aux buts. Une épreuve finale qui s'apparente à une véritable loterie, même si les staffs techniques travaillent de plus en plus ce secteur de jeu très particulier

Lors de la Coupe du monde 2014, Grégoire Fleurot était revenu sur Slate.fr sur cette particularité des tirs aux buts qui rend les matchs à élimination directe encore plus indécis. 

«Il faut gagner quatre matchs à élimination directe pour gagner le trophée, et (...) ceux qui terminent sur un match nul se décident aux tirs aux buts, une épreuve qui, sans être une “loterie” comme il est parfois dit, ne se joue que sur une poignée de coups de pied. En 2009, Gerald Skinner et Guy Freeman, deux astrophysiciens, se sont intéressés à la Coupe du monde 2006 et, après des calculs complexes, sont arrivés à la conclusion que “la meilleure équipe n'a que 28% de chances de gagner la coupe, même si elle atteint les huitièmes de finale”», écrivait-il. 

Il est même possible d'arriver en finale de l'Euro sans gagner un seul match. Pour le moment, le Portugal, qui affrontera la Pologne en quarts de finale, n'a, par exemple, gagné aucun de ses quatre matchs dans le temps réglementaire. Après trois nuls en phase de poule, les Portugais se sont qualifiés de justesse à la troisième place de leur groupe et ont ensuite éliminé la Croatie en toute fin de prolongation en huitièmes de finale. 

Face à la France réputée bien plus forte qu'elle, l'Islande aura donc intérêt à profiter de la moindre de ses occasions, ou d'attendre patiemment la séance de tirs aux buts...

Camille Belsoeur
Camille Belsoeur (133 articles)
Journaliste
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