Sports

Pour du foot offensif et bordélique, il fallait regarder vers l'Amérique

Thomas Goubin, mis à jour le 28.06.2016 à 17 h 03

Plus prolifique en buts que son miroir européen, la Copa America du centenaire reflétait un continent au niveau plus disparate que l'Europe... y compris au niveau de l'arbitrage.

Les Islandais après leur qualification face à l'Angleterre (BERTRAND LANGLOIS/AFP) et Lionel Messi après sa défaite en finale de la Copa America (ALFREDO ESTRELLA/AFP)

Les Islandais après leur qualification face à l'Angleterre (BERTRAND LANGLOIS/AFP) et Lionel Messi après sa défaite en finale de la Copa America (ALFREDO ESTRELLA/AFP)


Un immense territoire où le football se nomme soccer a accueilli pendant trois semaines l’autre grand tournoi de sélection du moment. Amorcée une semaine avant l’Euro, le 3 juin, la Copa América dite «du centenaire» réunissait huit des seize huitièmes de finaliste du Mondial 2014 (Mexique, Chili, Argentine, Brésil, Costa Rica, Colombie, États-Unis et Uruguay), et cinq membres du top 10 du classement Fifa (Argentine, Colombie, Chili, Brésil, Uruguay). Autrement dit, la moitié de l’élite mondiale.

Comme l’Euro, la Copa América, version 2016, proposait le format le plus long de son histoire. Les organisateurs avaient réuni 16 équipes, soit quatre de plus que de coutume. La raison? Pas une réforme durable, comme celle voulue par Michel Platini, l’ex-président de l’UEFA, mais la célébration du centenaire du plus vieux tournoi de sélection au monde. Traditionnellement, deux pays de la Concacaf sont invités par la CONMEBOL pour faire le nombre. Cette année, six représentants de la confédération d’Amérique du nord et centrale étaient de la partie: le Mexique, présent sans interruption depuis 1993, mais aussi les États-Unis, la Jamaïque, le Costa Rica, Panama, et Haïti.

Niveau disparate

Cette nouvelle donne a livré un premier enseignement: le niveau des sélections est autrement plus disparate aux Amériques qu’en Europe. À l’Euro, l’ensemble des nouveaux venus et quelques vieilles connaissances égarées ont offert des prestations décentes. Certains ont même créé la surprise (Pays de Galle, Islande, Hongrie),alors que, sur le sol américain, les petits ont parfois lourdement trinqué. On pense, en premier lieu, à Haïti, étrillé par le Brésil (7-1), puis corrigé par l’Equateur (4-0). La Jamaïque, elle, n’a jamais été ridicule, mais a encaissé six buts en trois matches (face au Mexique, au Venezuela, et à l’Uruguay), pour aucun marqué. La Bolivie est l’autre équipe repartie fanny: trois défaites en guise de billet retour pour les hauteurs andines.

Cette Copa América n’a toutefois pas été exempte de surprises, et même dans une formule à seize, les marges peuvent rester étroites. Le Brésil a ainsi été éliminé dès la phase de poules: toujours à la recherche d’un fond de jeu décent, la Seleçao s’est fait passer devant par le Pérou et l’Equateur. Le quintuple champion du monde a payé cher l’absence de Neymar, mobilisé pour les Jeux olympiques.

L’Uruguay, en tête des éliminatoires pour la Coupe du Monde 2018 et présenté comme un favori de la compétition, n’a lui aussi pas survécu au premier tour. Là encore, une absence s’est cruellement fait sentir, celle de Luis Suarez: blessé, le Barcelonais était présent sur le banc, mais n’est jamais rentré. Battue par le Mexique d’entrée (2-1), la Celeste a ensuite chuté face au Venezuela (0-1), la bonne surprise de cette Copa América. A l’Euro, si fermé et dense, aucun gros n’a été sorti au terme de la phase de poule mais le système de qualification particulièrement généreux a évité, par exemple, un camouflet au Portugal de Ronaldo.

Un spectacle supérieur

Pour le moment, on peut estimer que la Copa América a offert un spectacle supérieur à celui proposé en France, malgré une finale décevante entre Chili et Argentine (0-0, 4-2 t.a.b.). 2,84 buts de moyenne, pour deux tout rond sur les pelouses de l’Hexagone après les huitièmes de finale. Une fertilité fille des grands écarts entre premiers et derniers de la classe aux Amériques, mais qu’il faut également attribuer à la philosophie de jeu résolument portée vers l’avant de certaines sélections. On pense ainsi au Mexique, qui faisait figure de candidat au titre avant de recevoir la plus grande claque de son histoire, en quart de finale face au Chili (7-0). Rapidement menés au score, Chicharito et consorts se sont entêtés à continuer à vouloir relancer proprement, malgré la qualité du pressing chilien. L’addition fut lourde.

Arrêtons-nous d’ailleurs un instant sur le Chili, qui est parvenu à défendre son titre, le premier de son histoire, obtenu en 2015, déjà face à l’Argentine de Messi, également aux tirs aux buts. Comme le relève un article de Marca, le Chili, nation mineure avant que Bielsa n’en prenne les rênes en 2007, s’est hissé au niveau des grands, non pas en perfectionnant l’art de défendre en rangs serrés, que maîtrise l’ensemble des petites sélections européennes, mais en se proposant d’imposer son style de jeu contre l’ensemble de ses adversaires, riches ou misérables. Une sélection que l’Europe ne peut qu’envier aux Amériques, bien plus que l’Argentine, même si Messi a encore émerveillé en réalisant des différences insensées lors de chacune de ses apparitions, avant de manquer son tir au but dimanche soir et d’annoncer sa retraite internationale dans la foulée.

Mais, attention, si la Copa peut faire la belle en exposant les œuvres de Lionel Messi et ses feuilles de matches fertiles, ne pas en déduire que la qualité du football proposé y a été supérieur à celui pratiqué à l’Euro. L’homogénéité de la compétition du Vieux Continent peut, certes, provoquer un certain ennui, mais elle est aussi le témoin de la haute exigence de cette compétition. Discipline de fer, pragmatisme, condition athlétique d’élite sont des dénominateurs communs de la quasi-totalité des équipes présentes. Pas de place pour les options imprudentes. A l’Euro, les grands peinent davantage à faire des différences, parfois à cause de leur conservatisme, mais aussi car les petits savent opposer des plans de jeu efficaces. Les duels physiques du championnat d’Europe sont souvent moins âpres que ceux du tournoi sud-américain, mais la coordination des lignes y est supérieure.

Les supporters violents étaient absents

Organisé pour la première fois sur le territoire états-unien, le plus vieux tournoi de sélection au monde s’est déroulé dans une ambiance bon enfant. Loin des désordres occasionnés dans plusieurs villes françaises, les supporters violents ont semblé tout simplement absents. Le football sud-américain, en premier lieu l’argentin, est pourtant gangréné par la violence de ses barras bravas, ses groupes de supporters les plus fervents. «Organisations mafieuses» selon la terminologie de Mónica Nizzardo, fondatrice de l’ONG «Salvemos al fútbol» («Sauvons le football»), les barras «pratiquent l’extorsion sur les joueurs de leurs propres clubs, touchent les recettes du stationnement du stade, et veulent montrer leur force à chaque match». Pour éviter de nouveaux drames, les déplacements de supporters à l’extérieur ont d’ailleurs été interdits depuis la mi-2013 en Argentine.

Alors, ces supporters violents se seraient-ils dispensés du voyage aux États-Unis ? «En fait, ils savent se comporter quand il le faut, car l’impunité qui existe en Argentine ne les protège pas à l’extérieur, nous assure Mónica Nizzardo. Le contexte explique aussi leur présence isolée: le gouvernement semble décidé à lutter contre le pouvoir des barras et les dirigeants du football argentin, dont la plupart sont aussi des acteurs politiques pour lesquels les barras font du collage d’affiche et de plus basses œuvres, ont préféré ne pas appuyer ces supporters cette année –je rappelle que pour la Coupe du Monde 2010, des barras avaient voyagé dans l’avion de la sélection!»

Quoi qu’il en soit, l’attraction Messi a suffi à remplir les stades où l’Argentine jouait. Plus généralement, en terme d’ambiance, si certaines enceintes habituellement dédiées au football américain ont sonné creuses lors du premier tour, la Copa América peut tout de même revendiquer plus de 45.000 spectateurs de moyenne, soit en gros le même chiffre que l’Euro, qui utilise en revanche des enceintes bien plus compactes. Les fans du pays hôte, mais aussi les importantes communautés mexicaines, colombiennes, ou argentines ont assuré des taux de remplissage décents.

Malgré l’absence de violence, des problèmes liés à l’organisation ont tout de même surgi dans un pays à la culture foot embryonnaire. Ainsi, certains hymnes nationaux ont parfois été confondus. Lors de l’avant-match entre la Celeste et le Mexique, celui du Chili a été joué à la place de celui de l’Uruguay. Mieux encore, l’hymne chilien a été coupé par une chanson de… Pitbull (!) lors de son entrée en lice face à l’Argentine. Un amateurisme étranger au championnat d’Europe, que l’on peut imputer à l’identité de l’hôte si spécial de cette Copa América, pas rodé à cet exercice. Quoiqu’il en soit, cette formule conçue comme exceptionnelle à l’origine pourrait se pérenniser, puisqu’un projet de faire des États-Unis l’hôte permanent du tournoi sud-américain, qui deviendrait un tournoi des Amériques, existe.

Enfin, pour terminer ce comparatif entre les deux grands tournois de sélection, évoquons l’arbitrage, plutôt d’excellente facture à l’Euro, mais qui n’a pas été à son avantage lors de cette Copa. Le Pérou a ainsi éliminé le Brésil grâce à un but grossier de la main. La Seleçao avait auparavant bénéficié des approximations arbitrales quand un but de l’Équateur avait été refusé pour un ballon que l’arbitre de touche avait vu sortir, alors qu’il était bien resté dans les limites du terrain. Cerise sur le gâteau, la finale a été sabordée par deux expulsions discutables dès la première période. L’arbitrage a finalement été à l’instar du niveau de jeu de cette Copa América: moins uniforme que celui de l’Euro.

Thomas Goubin
Thomas Goubin (20 articles)
Journaliste
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