Culture

Les chefs-d'œuvre cachés des banques

Paul Smalera, mis à jour le 18.04.2010 à 9 h 07

Qu'en est-il de toutes ces œuvres d'art propriété des banques, après leur rachat ou après l'intervention de l'Etat?

RBS: Daniel O’Connell, Sir David Wilkie

L'année dernière, la Royal Bank of Scotland a accepté de dévoiler au public sa collection d'œuvres, cédant à la pression du Parlement et du monde de l'art. La RBS a longtemps caché ses 2200 œuvres, alors même que cette banque est détenue à 70% par les contribuables britanniques depuis novembre 2008. En fait, 300 pièces sont stockées dans des garde-meubles, selon une enquête du Guardian, et seule cette peinture de l'homme d'Etat irlandais Daniel O'Connell de David Wilkie a été montrée au public ces dernières années. Ce qui nous a poussés à poser la question: les banques américaines qui ont été aidées ne devraient-elles pas en faire autant? Et qu'auraient-elles à montrer?

 

AIG et le Petit ruisseau de Van Goghaavangogh

Ce Van Gogh, estimé à 6 millions de dollars (4 millions d'euros), était jadis accroché dans le bureau de Hank Greenberg, le PDG d'AIG. Il s'est retrouvé au cœur d'une bataille juridique avec l'éviction de ce dernier, en 2005. Greenberg affirme que la peinture appartient à la société Starr International, une entité qu'il a mise sur pied pour loger des actions AIG devant rémunérer les cadres du groupe, et qui est depuis devenue une organisation caritative. AIG estime que ces actions lui reviennent  - la peinture aussi. Rappelons que le gouvernement américain a prêté 80 milliards de dollars à AIG.

Citigroup et les 9 $ d'Andy Warhol

 

«Nous ne collectionnons pas les œuvres d'art à des fins d'investissement», a déclaré Suzanne Lemakis, conservatrice en chef de Citigroup. Les œuvres des collections d'entreprise sont souvent acquises à prix modiques. Et comme elles sont en général peu enclines à revendre, les entreprises se retrouvent souvent avec des chefs-d'œuvre après la mort de l'artiste ou quand la réputation de ce dernier grandit, ce qui rend les estimations encore plus difficiles. Prenons par exemple les œuvres de Wahrol: même si elles sont nombreuses, le record de vente aux enchères s'élève à 71 millions de dollars (environ 47 millions d'euros). Citigroup a reçu 36,5 milliards de dollars (environ 24 milliards d'euros) de fonds Tarp, les fonds du plan Paulson; la banque n'est pourtant toujours pas remise d'aplomb.

 

JPMorgan Chase et le Sunliners 1 d'Edward Ruscha

 

Quand Bear Stearns a investi en 2003 son siège de Madison Avenue, l'entreprise a commandé et acheté tout un tas d'œuvres d'art et a monté une collection de plus de 1500 pièces. Les plus impressionnantes de ces œuvres, d'artistes comme Josef Albers et Edward Ruscha, ont été placées dans la salle de conférences et dans la salle à manger. Le week-end où l'entreprise est morte, ces locaux ont fait l'objet de plusieurs propositions de rachat, jusqu'à ce que JP Morgan Chase, une autre banque aidée par l'Etat, en fasse finalement l'acquisition. JPMorgan n'a pas dit ce qu'il comptait faire des œuvres.

 

Goldman Sachs et le tableau de LED de Jenny Holzer

 

Dans un de ses livres, Lisa Endlich, l'ancienne vice-présidente de Goldman Sachs devenue écrivain, explique que la collection d'œuvres d'art de Goldman est «inhabituelle», qu'elle comprend «d'énormes girouettes, des daguerréotypes, (...) et une grande variété de couvertures en patchwork». Dans un autre livre, il est question d'œuvres d'Andy Warhol, Frank Stella et Mel Bochner. Un ancien consultant d'art a parlé aussi d'une œuvre de Jenny Holzer, accrochée près de la cafétéria et sur laquelle on pouvait lire «seaux de sang/cupidité de l'entreprise». Elle a été enlevée (mais pas vendue) au bout de deux semaines.

 

Lehman Brothers et le I love liberty de Roy Lichtenstein

 

Les banques renflouées cachent peut-être des œuvres d'art dans leur salle du conseil, mais ce qui s'est passé lors de la faillite de Lehman Brothers n'est guère mieux. Sur les 3500 œuvres appartenant à l'entreprise, beaucoup ont été vendues aux enchères, à prix modiques, selon certains. Barclays, qui a racheté une partie de Lehman, et Neuberger Berman, filiale cédée lors de la faillite, a pu réclamer certaines œuvres. Dick Fuld, l'ancien PDG de Lehman, est un collectionneur passionné, mais ces œuvres ne sont certainement pas sa pire perte.

Bank of America et le Number 86, de Jamie Wyeth

 

Contrairement à ces banques aidées par l'Etat qui continuent à cacher leurs œuvres d'art, la Bank of America a transformé sa collection en bibliothèque de prêt, dépensant jusqu'à 25 000 dollars (environ 17 000 euros) par exposition pour transporter ses œuvres à travers le pays. L'entreprise, qui a reçu 45 milliards de fonds du plan Paulson, a mis sur pied des «expositions clé en main» à partir de ses immenses archives. Trente-huit expositions sont prévues durant les trois prochaines années. De petits musées se réjouissent de pouvoir montrer des œuvres d'une qualité qu'ils n'ont les moyens ni d'acheter, ni d'emprunter.

Paul Smalera

Traduit par Aurélie Blondel

Image de Une: Poster de 9 dollards d'Andy Warhol, détail. Allposters.com



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