Les anti-Obama font le jeu de l'industrie de l'armement.

Image de une: Dan Mendoza, shériff d'Orange County, Etats-Unis.

- Image de une: Dan Mendoza, shériff d'Orange County, Etats-Unis. -

Ces derniers mois, on a beaucoup parlé de ce que l'historien Richard Hofstadter a appelé «le style paranoïaque dans la politique américaine». A croire ceux qui pensent comme notre Glenn Becks national, les démocrates et leurs camarades cocos et écolos vont priver les Américains de leurs armes, confisquer la propriété privée, réduire les penseurs libres à l'esclavage et, plus généralement, détruire la nation. Heureusement, la majorité du public averti n'accorde pas beaucoup de crédit à ces allégations. Pourtant, cela n'a pas empêché les tenants de ce discours de tenter de «monétiser» ce phénomène de paranoïa.

La chaîne Fox News a fait monter son audimat en visant très spécifiquement les birthers [mouvement de conservateurs persuadés que Barack Obama n'était pas éligible à la fonction présidentielle, car il aurait menti sur son lieu de naissance] et les tea partiers [autre mouvement conservateur anti-Obama]. Fox News a alors vu augmenter ses revenus publicitaires venant des sociétés minières d'extraction d'or (on pense que le métal précieux est une bonne façon d'empêcher Obama de détruire le dollar).

HarperCollins, une autre composante de l'empire Murdoch basée à New York, a prévu d'éditer en de très nombreux exemplaires les mémoires de Sarah Palin, Going Rogue (qu'on peut traduire par L'Itinéraire d'une rebelle).

Mardi, Peter Lattman, le brillant journaliste du Wall Street Journal spécialisé dans les «equities», a mis au jour un exemple encore plus éloquent (abonnement nécessaire): l'offre au public de titres financiers du fabricant d'armes Freedom Group.

L'ironie, c'est que Freedom Group est une émanation de Cerberus Capital Management, la private equity [société dédiée au rachat d'entreprises en difficulté] fondée et contrôlée par Stephen Feinberg, un républicain pur et dur. La société, qui avait acheté des grosses parts de Chrysler et GMAC (l'ancienne branche de prêt de General Motors) quand le marché se portait au mieux, a ensuite connu quelques années de difficultés. A la suite krach boursier, les parts de Chrysler que Cerberus détenait ont été complètement englouties dans le cadre de la recapitalisation de la société. De même, ses avoirs dans GMAC ont été réduits après que GMAC s'est retrouvé contrainte de se tourner vers le gouvernement pour trouver des fonds. Cerberus n'a bénéficié d'aucune attribution spéciale de la part des administrations Bush ou Obama. Aujourd'hui, pourtant, il semble que Feinberg ait trouvé l'occasion de compenser certaines de ces récentes pertes.

L'industrie de l'armement a toujours une raison pour aller bien

Il y a plusieurs années, Cerberus a créé le Freedom Group en vue d'acquérir des sociétés productrices d'armes et de munitions. Il possède des entreprises comme Remington et Bushmaster. Quand les temps sont favorables mais aussi défavorables, l'industrie de l'armement se porte bien. Toute une série de clients dans le monde entier - organismes spécialisés dans la sécurité, militaires, chasseurs, insurgés - représentent une demande stable. Et quand l'économie est en bonne santé, ce sont les sportifs qui en profitent pour s'acheter du meilleur matériel.

Et en temps de crise économique et politique - en particulier si un président progressiste est élu à ce moment-là - les inquiets commencent à constituer leurs stocks. Consultez les données du FBI à propos des demandes de vérifications d'antécédents pour les achats d'arme. (Le FBI précise qu'il s'agit du «nombre de vérifications d'antécédents», et non du nombre d'armes à feu vendues.) En novembre 2008, alors que la récession battait son plein, les vérifications d'antécédents ont explosé, augmentant de 41,6 % par rapport à l'année précédente (novembre 2007). En décembre 2008, le nombre de vérifications d'antécédents était 24 % supérieur à celui de décembre 2007. Et au cours des neuf premiers mois de 2009, les vérifications d'antécédents avaient augmenté d'environ 20 % par rapport à la même période sur 2008.

Les fans d'Obama ont fêté son élection en se rassemblant dans le parc Grant de Chicago. Tandis que certains Obamaphobes ont célébré l'élection présidentielle en se rendant à Wal-Mart pour acheter un nouveau fusil.

Le Freedom Group est bien placé pour capitaliser sur cette tendance. Comme l'indique fièrement sur son prospectus d'émission, le Freedom Group est «l'un des leaders mondiaux des armes à feu, des munitions et des produits associés, qui dispose de positionnements marketing dans toutes ses catégories de produits principaux aux Etats-Unis, le plus gros marché des armes à feu et des munitions au monde». Au cours de la période de 12 mois se terminant le 30 juin 2009, il a vendu «1 million cent mille armes d'épaule (fusils) et 2 milliards de munitions.»

Bien que la consommation soit faiblarde, le chiffre d'affaires du Freedom Group est bon, en partie - comme l'explique le prospectus d'émission - parce que ceux qui possèdent des armes ont paniqué quand Obama a écrasé John McCain dans les sondages. Extrait de la page 55: «Malgré l'environnement macroéconomique actuel, nous n'avons pas connu d'effet négatif important au niveau de nos ventes. Nous pensons que la demande globale pour certains de nos produits est repartie à la hausse à la suite de l'arrivée au pouvoir de la nouvelle administration. Les consommateurs ont dû craindre que le nouveau gouvernement mette en place une législation plus restrictive en matière d'armes et de munitions.» Et à la page 57, on peut lire: «[...] La demande de certaines armes à feu et munitions a connu une hausse considérable depuis la fin 2008. Nous pensons qu'un certain nombre de consommateurs ont eu peur que des lois de plus en plus nombreuses concernent les armes à feu et les munitions en conséquence le l'entrée en fonction de la nouvelle administration [...]».

Déservir la nation pour servir l'armement

Fox News ne cesse de nous dire que la tyrannie et le despotisme sont revenus. Et qu'importe si ce discours nuit à la nation, il sert parfaitement les intérêts du Freedom Group. Cette année, ses marges ont augmenté alors qu'on sait que les consommateurs font particulièrement attention à leur argent. Sur le premier semestre de 2009, ses ventes d'armes à feu et de munitions ont respectivement atteint 41,6% et 27,1% (notons tout de même qu'une partie de cette hausse est due à des acquisitions). Pour une société financée par du private equity, le Freedom Group bénéficie d'atouts très convoités: des dettes faciles à gérer, une trésorerie abondante, des marges en hausse et un créneau de plus en plus porteur. En toute probabilité, cette offre au public de titres financiers sera un succès.

Mais les souscripteurs ont quand même intérêt à se dépêcher. Vue la nature de la guerre, la demande mondiale de balles et de fusils par les armées (publiques et privées) devrait rester stable. En revanche, le marché grand public peut s'avérer plus volatile.

Il est désormais évident que Barack Obama n'a pas de plan secret qui consiste à envoyer des sbires confisquer les armes à feu, mais certains signes indiquent que les ventes liées à la paranoïa risquent de se tasser. Jetez de nouveau un œil aux demandes de vérifications d'antécédents du FBI. En septembre, ces vérifications n'ont augmenté que de 12,3 % comparé à l'année précédente.

Daniel Gross

Traduit par Micha Cziffra

Image de une: Dan Mendoza, shériff d'Orange County, Etats-Unis.

Devenez fan sur , suivez-nous sur
 
L'AUTEUR
Daniel Gross est chroniqueur économique de Newsweek et de Slate.com. Il est l'auteur de la rubrique Moneybox. Vous pouvez lui écrire à moneybox@slate.com. Son dernier ouvrage, Dumb Money: How Our Greatest Financial Minds Bankrupted the Nation, vient d'être publié sous forme d'e-book. Ses articles
TOPICS
PARTAGER
LISIBILITÉ > taille de la police
D'autres ont aimé »
Publié le 23/10/2009
Mis à jour le 23/10/2009 à 10h45
2 réactions