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Antoine Griezmann, la star paradoxale qui peut faire gagner l'Euro à la France

Temps de lecture : 5 min

L'homme qui a renversé un huitième mal engagé contre l'Irlande est devenu le centre de tous les regards presque par défaut. Et, dans la France des polémiques de l'après-Coupe du monde 2010, unit les initiés comme les «Footix» et incarne la star polie et humble alors qu'il se dit autant espagnol que Français et a connu son lot de polémiques.

Dmitri Payet et Antoine Griezmann lors du match face à l'Irlande. JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP.
Dmitri Payet et Antoine Griezmann lors du match face à l'Irlande. JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP.


«Un récital Griezmann». «Griezmann libère la France». «Griezmann envoie les Bleus en quarts.» Décevant depuis le début de l'Euro, Antoine Griezmann a fait taire les critiques lors du huitième de finale contre l’Eire en marquant deux buts qui ont délivré l'Équipe de france. «Je savais que dans les grands moments, je serai là», a lâché «Grizou» à la fin du match. Un soulagement. Et la porte ouverte à tous les superlatifs:

De lui, on attendait beaucoup. Peut-être trop. On lui passait tout, on le soutenait envers et contre tout car il fallait un joueur pour faire oublier tous les autres. On le disait carbonisé après ses 65 matchs dans l’année et sa défaite en finale de Ligue des champions avec l’Atletico Madrid, une équipe pas vraiment connue pour son relâchement physique sur le terrain. Et sans surprise, Griezmann a déçu lors du premier match face à la Roumanie pendant que Payet sauvait la patrie, au point de susciter l’inquiétude du journal l’Équipe, qui a mis à sa une le joueur colchonero. Et de Pierre Ménès, qui se lamentait sur son blog: «Pour l’instant, on est très loin du Griezmann qu’on voit à l’Atlético.»

Son coéquipier Blaise Matuidi (victime expiatoire des Footix qui réclament presque son départ en raison de ses contre-performances) le défendait aussitôt: «On connaît ses qualités, on ne va pas tout remettre en cause pour un match», jugeait-il après le match face aux Roumains. «La plupart, nous avons été en dedans, moins performants qu’on peut l’être et ce deuxième match arrive à point nommé. Antoine peut être influent, il a eu des opportunités comme sur la tête sur le poteau.»

Il lui fallait un électrochoc. Alors Deschamps l’a sorti en cours de match, pour le faire débuter sur la touche face à l’Albanie. Coaching gagnant: le numéro 7 des Bleus a marqué de la tête pour signer son grand retour. Enfin, Griezmann était là. On pouvait compter sur lui. Il faut dire aussi qu’on avait pas trop le choix. Matuidi fatigué et poussif. Pogba en demi-teinte, Benzema et Ben Arfa out et Giroud critiqué avant même de jouer une seule minute. Le garçon de Mâcon, en Saône-et-Loire, est devenu en quelques semaines la seule star de cette équipe. Celui qui pouvait débloquer les situations. Celui qui devait, aussi, porter ses coéquipiers, animés par une force collective supérieure à leurs invidualités. Dans une équipe où personne ne sortait du lot, Griezmann devait être l’étincelle. Le coup de Grizou.

«Dans la vie de tous les jours, je me sens plus espagnol que français»

Ses maillots se vendent comme des petits pains. Les minots ne veulent que lui (peut-on leur reprocher de ne pas se jeter sur les tuniques floquées Cabaye, Rami ou Giroud?). Griezmann, c’est l’homme qu’on aime aimer car il raconte une histoire. Celle d’un pays qui vibre pour un gars du coin qui a sué pour arriver à ses fins. Quand bien même son histoire, justement, est bien loin d’incarner à la perfection la magie du roman national.

Il y a quelques semaines, le garçon confiait dans les colonnes du Parisien son amour de l’Espagne, le pays qui lui a donné sa chance. Il y vit depuis dix ans. Il rêve et jure en espagnol, ce qui est un signe: «Quand j’avais 14 ans, il y a eu une approche, on m’a dit qu’on aimerait que je joue avec les équipes de jeunes en Espagne. Ensuite, il n’y a plus eu de contact, du moins pas directement. Moi, je suis toujours resté sur la même idée, jouer pour les Bleus. Parce que je suis né en France, j’ai grandi avec Zidane et Thierry Henry, la Coupe du monde 98. J’ai envie de revivre ça en étant acteur.» Puis il lâche cette phrase, qui n’a pas suscité grande réaction mais aurait pu avoir l’effet d’un séisme national: «Ensuite, dans la vie de tous les jours, c’est vrai que je me sens plus espagnol que français, parce que ça fait dix ans que j’y suis. En fait je suis mieux en Espagne qu'en France. La mentalité, la manière dont les Espagnols vivent. Les gens ont toujours le sourire et c'est ce qui me plaît ici.» Sans préjuger des réactions médiatiques, si Benzema avait fait de même en évoquant l’Algérie, on imagine déjà l’embrasement. Mais les deux pays n’ont pas la même histoire commune, certes

Rejeté par les centres de formation français, le jeune Griezmann a trouvé refuge de l’autre côté des Pyrénées, à la Real Sociedad. «A 13 ans, on ne peut pas dire qu'un gamin va devenir pro. C'était son rêve à lui», raconte son père, qui l’a poussé quand son fils doutait. «Le club lui a ouvert les portes alors qu'il avait la tête dans le sac après ses essais négatifs. La première année, c'était très difficile. Moi, je l'ai incité à rester, mais c'était plus dur pour sa mère. A chaque fois qu'on faisait la route de Mâcon à l'aéroport de Lyon, on lui laissait le choix, il pouvait rentrer. On n'a pas vendu notre fils. A la Real Sociedad, il n'avait même pas de contrat, juste une licence.»

L’Espagne: c’est ici qu’il s’est construit en tant que joueur et qu’il a forgé son identité en tant qu’homme. Pour ensuite exploser avec Diego Simeone du côté de Madrid, un coach qui l’a replacé en buteur providentiel, alors que son physique, vif, rapide, le pousse plutôt à être ailier.

En deuxième période face à l’Eire, Didier Deschamps l’a d’ailleurs replacé plus près de la surface, entre numéro 10 et attaquant de soutien. Un pari gagnant puisqu’il a marqué deux buts: «On a fait une mauvaise entame de match. Il faut améliorer ça», a-t-il soufflé après le match, avant de justifier son positionnement d’attaquant où il jure avoir «plus de repères». Et de prévenir, pour éviter toute sortie de piste: «Je joue là où me dit le coach».

Immenses obligations

Griezmann nous plaît car il donne l’image d’être une star bien élevée et polie. Un modèle d’humilité, de retenue et de sagesse. Ce que le garçon n’a pas toujours été. Mais qu’importe: les supporters ont la mémoire courte. Et Griezmann a sans doute appris de ses erreurs. En octobre 2012, à quelques heures d’un barrage ultra important pour l’Équipe de France Espoirs, lui et quatre autres joueurs français ont fait le mur et quitté le Havre dans la nuit pour rejoindre Paris. Une virée nocturne en boite de nuit qui avait fuité dans la presse. Et coûté très cher à Griezmann (outre la défaite 5-3 contre la Norvège): suspendu jusqu’au 31 décembre 2013, le jeune joueur avait laissé filer des occasions et compromis une partie de son avenir en Bleu, dans une équipe où l’exemplarité était devenue une valeur essentielle, pour le meilleur et pour le pire.

«J’ai commis une grave erreur. Quand on prétend comme moi vouloir évoluer à un certain niveau, ça ne doit pas exister», s’était-il excusé. «J’assume la sanction, elle est à la hauteur de mon erreur, je ne peux pas oublier que mon père est éducateur de jeunes à un niveau amateur, et même si j’ai commis une erreur de jeunesse, j’ai sûrement blessé beaucoup de gens à qui je dois beaucoup, mes parents en premier lieu.»

Le garçon prolongeait: «C’est une leçon de vie qui, même à juste un peu plus de 20 ans, me marquera définitivement, d’autant plus que je ne suis pas adepte de ce genre de choses et conscient de mes obligations.» Aujourd’hui, ses obligations sont immenses: il doit mener les Bleus à la victoire. Pourquoi? Parce que Griezmann et ses camarades jouent à domicile. C’est-à-dire en France.

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