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Après le Brexit, l'Europe ne doit pas mettre son drapeau dans sa poche

Temps de lecture : 4 min

Nos dirigeants devraient poser à tous les États membres la question de confiance, afin que ne restent dans l’Union que les pays qui continuent d'y croire.

GEORGES GOBET / AFP.
GEORGES GOBET / AFP.

Au risque de contrarier celles et ceux qui, sur la planète souverainiste si fortement représentée en France, exultent, il faut d’abord rappeler ceci: le Brexit est principalement une mauvaise nouvelle pour le Royaume-Uni; la possibilité d’une rupture historique pour le pays.

Le Brexit est en effet un vote anglais. Ce n’est ni celui des Ecossais, ni celui des Irlandais du nord; lesquels vont, fort logiquement, pour les premiers, demander leur indépendance, afin notamment de rejoindre l’Union et, pour les seconds, envisager de rejoindre la République d’Irlande, membre de l’Union et qui entend le rester. David Cameron a donc toute chance, si l’on peut dire, de rester dans l’Histoire comme celui qui aura provoqué le détricotage d’un Royaume qui peut cesser d’être uni.

Il entre en effet dans ce vote anglais un facteur institutionnel: les Ecossais comme les Irlandais du nord sont dotés, depuis Tony Blair, de gouvernements et de parlements autonomes tandis que les Anglais n’ont pas d’instances dédiées aux seules préoccupations des Anglais… Ironie de l’histoire: le colonisateur d’hier se considère comme négligé par un système très exactement construit à son avantage…

Un électorat hanté par l'idée d'un déclassement

A l’origine du processus qui a conduit au référendum se trouve un petit calcul électoral du Premier ministre. A savoir, stopper la montée de l’UKIP, parti nationaliste et populiste qui avait pour ambition, à travers sa demande de sortie de l’Union, d’affaiblir les conservateurs, voire de se substituer à eux. La mécanique consistant à faire un bout de chemin avec l’adversaire pour s’en protéger aboutit, comme dirait Jean-Marie Le Pen, à ce que l’on finisse par préférer l’original à la copie.

David Cameron avait repris à son compte la principale revendication de l’UKIP, le référendum. Funeste erreur: il a récolté une cassure au sein de son propre parti et la défaite, laquelle le conduira logiquement à quitter la scène. Avis donc aux amateurs, à ceux qui croient bons d’emprunter aux discours populistes et extrémistes ambiants…

Le vainqueur, et possible prochain Premier ministre, est donc Boris Johnson. Il avait pris position pour le «Leave» dans le but de devenir Premier ministre. Lui qui, lorsqu’il était maire de Londres, faisait l’éloge de la diversité, a été malgré ses dénégations absorbé par le camp de ceux qui ont prôné avec succès le rejet de l’immigration, de toutes immigrations. Le «On est chez nous», qui ouvre les meetings du Front national, a été le slogan fédérateur du Brexit.

Gardons à l’esprit que l’Europe a été largement le prétexte d’une protestation mêlant classes populaires et classes moyennes plutôt blanches, plutôt masculines, ayant en commun d’être hantées par l’idée d’un déclassement. C’est un phénomène présent partout, y compris aux Etats-Unis: Donald Trump a assis son succès aux primaires sur la volonté d’une marche arrière, d’un repli qui rétablirait celles et ceux qui se pensent en danger de déclassement dans une situation meilleure, dans un hier mythifié. On mesure ici le choc en retour que provoque l’extrême rapidité des changements qui affectent le monde moderne, en bouleverse les équilibres géopolitiques et sociétaux.

Paradoxe absolu

Pour le Royaume-Uni, le Brexit est aussi un paradoxe absolu. Il n’a jamais été partie prenante du projet politique des Européens, principalement porté par la France et l’Allemagne, projet qui est d’abord une ambition française. La France a été à l’origine, avec l’Allemagne et les autres pays fondateurs, de tous les progrès de la construction européenne.

Le Royaume-Uni s’en est toujours distingué. Il s’est même ingénié à éviter l’édification d’une Europe-puissance, à faire que l’Union soit pour l’essentiel un grand marché, le plus large possible, pour le plus grand profit collectif des Britanniques. C’est précisément au moment où l’Europe tourne le dos à toute perspective fédérale et où triomphe la réalité d’une coalition d’Etats-nations, ces derniers étant les vrais maîtres des institutions européennes, que le Royaume-Uni choisit de partir. Au nom du rejet de Bruxelles, alors que Londres avait obtenu de ne pas être concernée par les politiques européennes dont elle ne voulait pas! Comprenne qui pourra...

Sauf à considérer qu’ayant suffisamment affaibli l’Europe, par une sorte de «perfidie» inconsciente, le Royaume-Uni ait cherché à lui donner le coup de grâce… Vision absurde, bien sûr, car la première victime du Brexit sera le statut international du Royaume-Uni. Hier passerelle stratégique entre les deux rives de l’Atlantique, garant lui-même de l’ancrage à l’ouest de l’Europe, il a choisi d’entrer dans un processus le conduisant à devenir la petite Angleterre. Dans leur majorité, les Anglais ont donc choisi «la voie paisible et rassurante du déclin».

Question de confiance

La réaction dominante a été, comme prévu, la crainte d’un effet domino en Europe. C’est un risque en effet, qui devrait conduire nos dirigeants à poser à tous les États membres la question de confiance, afin que ne restent dans l’Union que les pays qui continuent de croire, comme disait François Mitterrand, que «l’Europe est notre avenir».

Le bon côté des choses, s’il y en a un, est que chacun, notamment dans la prochaine campagne pour l’élection présidentielle française, devra parler d’Europe et clarifier sa position. Le mauvais côté est déjà perceptible: il conduit à rejeter la faute sur l’Europe telle qu’elle est, à la dénoncer en permanence comme une entité qui serait exclusivement bureaucratique et anti-démocratique. C’est à dire précisément en légitimant les arguments de ceux qui veulent la désunion de l’Europe. L’erreur en quelque sorte, à plus grande échelle, de David Cameron.

La campagne britannique pour le référendum a été particulièrement détestable, caricaturale, haineuse, porteuse de violences, comme l’a hélas montré l’assassinat de la députée Jo Cox. Les partisans du maintien se sont constamment trouvés sur la défensive, essayant d’opposer une peur à une autre, celle de l’immigration contre celle des conséquences néfastes d’une sortie, quand il eut fallu assumer l’Europe, qui n’est jamais que ce que les gouvernements veulent bien qu’elle soit. Il faut être capable de défendre bec et ongles ses acquis. Et convaincre de l’urgente nécessité de structurer la zone euro, de se préparer à assumer davantage sa défense, de se doter d’une indépendance énergétique indispensable, tous objectifs ne pouvant être atteints qu’à plusieurs. Bref, ne pas mettre son drapeau dans sa poche. Refaire de l’Europe un projet et une ambition dans un monde où les cartes sont en permanence redistribuées. Comme disait Emmaüs: «Il est tard, restons ensemble!»

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