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Euro 2016: faut-il encore croire à la hype belge?

Temps de lecture : 4 min

Il faut s’y faire: avant les grandes compétitions, on s’enflamme parfois trop vite. Depuis des mois, certains expliquaient que les belges allaient survoler l’Euro. On en est loin.

Eden Hazard après la défaite initiale de la Belgique face à l'Italie.
Eden Hazard après la défaite initiale de la Belgique face à l'Italie.

Rafael van der Vaart a cassé quelques reins sur les terrains de football du monde entier, et depuis, le milieu de terrain hollandais en tire une certaine légitimité. En mai dernier, le garçon livrait son analyse sur l’équipe belge qui, selon des observateurs avisés du ballon rond, filait tout droit vers le triomphe: «La Belgique à l'Euro? Ce n'est que de la hype», a tranché l’ex du Real Madrid.

Avant leur match face à la Hongrie en huitièmes de finale, il faut bien dire que le Néerlandais a eu le nez creux. Défaite inaugurale décevante contre l’Italie (0-2). Feu d’artifices contre l’Eire (3-0). Et victoire poussive (1-0) contre la Suède de Zlatan Ibrahimovic. Souvent dominateurs sans être vraiment dangereux, les Belges n’ont rassuré personne, et surtout pas leur public, qui s’était enflammé après un parcours de qualification quasi parfait: premiers de leur groupe, les Diables rouges n’avaient concédé qu’une seule défaite contre le Pays de Galles.

L’histoire se répète. A chaque compétition, il faut une équipe qui concentre toutes les passions. Une équipe pour les médias, spectaculaire, qui porte beau et affole les statistiques. Cette année, c’est la Belgique. Comme il y a deux ans à la Coupe du Monde, où les garçons de Wilmots figuraient dans le top 5 des bookmakers. Au Brésil, les Belges avaient déçu. Facilement qualifiés après la phase de poule, la Belgique était sortie penaude en quart par l’Argentine (0-1) sur un but de Gonzalo Higuain dès la huitième minute. Journalistes et supporters ont la mémoire courte. Depuis qu’ils ont étrillé la France il y a un an (menés 1-4, les Bleus avaient marqué deux buts tardifs pour perdre finalement 3-4), on prédisait aux Belges un destin fulgurant.

On pensait qu’ils allaient survoler l’Euro. Il fallait voir ça: De Bruyne, Hazard, Lukaku, triplette magique pour enquiller les buts et asphyxier les surfaces. Une génération de joueurs techniques, vifs et audacieux qui trustent les podiums en Premier League. On allait voir du talent, du spectacle et des buts. Sauf qu’on oubliait qu’une équipe qui gagne, c’est aussi une équipe qui ne prend pas de buts. Sur onze de ses quatorze dernières rencontres, la Belgique en a encaissé au moins un... En l’absence du solide Vincent Kompany, les centraux manquent de vitesse et d’automatismes. Il leur manque aussi un collectif et des latéraux potables. Sans parler du mental, qui permet d’entamer les rencontres en confiance.

La victoire belge face aux suédois leur a donné un peu de répit: «Défensivement, ça nous rassure», soufflait Alex Witsel. Pourtant, la défense a souvent tangué. Elle a encore souffert des assaults d’Ibra notamment, venu à Nice pour mettre fin à sa carrière internationale et partir comme une légende (inachevée). «Quelques-uns nous avaient enterrés après le premier match, on est là et bien là, maintenant un autre championnat commence», plastronne désormais le sélectionneur Marc Wilmots, dont on ne sait si l’optimisme est sincère ou s’il est là pour motiver ses troupes avant le huitième de finale. «On a des joueurs de ballon», répète-t-il. Sauf qu’on a jamais gagné de compétition en faisant uniquement tourner le cuir sur lui-même.

La hype est compréhensible. Elle tient presque du miracle pour une équipe chargée de faire oublier les divisions nationales, ce qui est bien sûr impossible. Quand on est seuvrés pendant tellement d’années, on vibre à la moindre étincelle, surtout quand le championnat, lui, est plutôt ennuyeux. Dans le onze belge à l’Euro, tous ou presque jouent à l’étranger. Une fuite des cerveaux qui en dit long sur la politique de formation et le niveau du championnat belge. Au Brésil, en 2014, les Belges avaient mis fin à douze années d’absence en phase finale, Euro et Coupe du Monde compris. Autant dire qu’ils avaient faim et mettaient beaucoup d’espoir dans quelques gamins. Quitte à s’enthousiasmer en 2016 pour une équipe spécialiste de la contre-attaque. «Si le bloc est solide et qu’on récupère les ballons, on a des espaces et là on peut faire mal», résume Wilmots, conscient des atouts et des failles de son équipe. «Si tu te livres contre nous, souvent tu es puni.» Pas de quoi faire rêver...

Les Belges, c’est aussi une machine médiatique. Des stars (Eden Hazard fait vendre des maillots comme Jésus multipliait les pains) qui se prêtent à la mise en scène. Même si certaines stars, comme Dries Mertens, semblent plus lucides que d’autres:

«Cette génération a le devoir de voir plus loin, d'être ambitieuse. L'ambition, c'est d'arriver dans les quatre derniers au championnat d'Europe. Si on peut accrocher une demi-finale, puis à partir de là ce sera encore les détails… Cela doit être l'objectif avec cette génération-là. Tout en étant réaliste. Je suis réaliste, je sais que cela peut aller très vite », prévenait Wilmots avant l’Euro, comme s’il savait déjà que cette folie n’allait pas durer.

Hazard, plutôt pâle depuis le début de la compétition, se risque de son côté à juger bien vite ses prochains adversaires hongrois: «On a regardé les dernières minutes du match contre le Portugal, dans le vestiaire. C’est une équipe qui joue à 200%. On va essayer d’apporter notre touche technique, si on fait tourner le ballon, ça ira. On s’attend à un combat sur le terrain.» Derrière la hype médiatique, il y a la vérité du terrain. Et c’est la seule qu’on retienne à la fin... Heureusement.

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