Monde

Ignare et égocentrique, Trump a réagi au Brexit comme on s'y attendait

Isaac Chotiner, traduit par Micha Cziffra, mis à jour le 25.06.2016 à 8 h 38

Le candidat républicain à la présidentielle américaine ne voit décidément l’actualité internationale qu’à travers le prisme de son égo.

Donald Trump à Turnberry (Ecosse), le 24 juin 2016. OLI SCARFF / AFP.

Donald Trump à Turnberry (Ecosse), le 24 juin 2016. OLI SCARFF / AFP.

Le catastrophique «Leave» souhaité par une majorité d’électeurs du Royaume-Uni a fait dégringoler les marchés financiers, regonflé à bloc les nationalistes de droite des Pays-Bas à la Russie et fait craindre, on peut le comprendre, une «réaction» en chaîne aux Etats-Unis en novembre. Mais si les électeurs américains devaient emboîter le pas aux Britanniques (et aux Nord-Irlandais), à leur manière –faisant abstraction de leur bon sens et de leurs intérêts personnels–, en votant pour Donald Trump, ce serait en dépit de la campagne d’auto-sabotage et d’idiotie du milliardaire.

C’est la deuxième fois en un mois que Trump se gargarise d’une tragédie ou d’une crise en faisant preuve d’exagération et d’ignorance. Il peut quand même gagner, mais ce serait malgré lui: le fait qu’il soit incapable d’être autre chose que Donald Trump pourrait bien sauver l’Amérique de son règne.

La semaine dernière encore, nous y allions tous de nos pronostics sur l’impact de la fusillade la plus meurtrière de l’histoire moderne des Etats-Unis –commise par un forcené qui avait fait allégeance à Daech– sur les sondages relatifs à Trump. En général, les Républicains bénéficient des attentats terroristes et, en la matière, Trump s’était déjà positionné en fer de lance anti-Daech précédemment dans sa campagne. Nous n’avons pas tardé à obtenir notre réponse: Trump était aussi incapable de tourner la tragédie d’Orlando à son avantage que de bien se tenir lors de ses nombreuses tentatives de regagner une certaine respectabilité. Après avoir posté des tweets d’autocongratulation donnant l’impression d’être encore moins présidentiable que ce que même des anti-Trump auraient cru possible, il a fait un vil, et d’ailleurs très vilipendé, discours. Il est apparu comme totalement déconnecté de la situation, jubilant avec inconvenance à propos de ce qu’il estimait être sa clairvoyance. Les sondages n’ont pas bougé d’un iota.

Enfantillages

Les premiers signes venus d’Ecosse, où Donald Trump –c’est ridicule– passe quelques jours, non pas pour démontrer ses compétences en matière de politique étrangère, mais pour visiter un terrain de golf, semblent plus que jamais de la même veine. Ce qui aurait l’air d’une démarche parfaitement trumpienne des électeurs du Royaume-Uni (la campagne pro-Brexit était en grande partie une réaction aux problèmes d’immigration; le prochain Premier ministre sera probablement Boris Johnson, une figure un peu inquiétante et un peu absurde, un «Trump-en-plus-light»; la tentation du nationalisme s’est réaffirmée) a été au contraire une nouvelle occasion pour Trump de se livrer à des enfantillages.

Après avoir atterri en Ecosse, il s’est mis en devoir de tweeter des félicitations («Je viens d’arriver en Ecosse. Tout le monde fête le vote. Ils ont repris leur pays en mains, comme nous allons reprendre l’Amérique. Sans déconner!») à cette nation pour son vote. Bien sûr, l’Ecosse venait de voter, sans grand succès, pour le maintien dans l’Union européenne. Interrogé au sujet de Boris Johnson, il a répondu «Qui est Boris? Je ne le connais pas». C’était du pur concentré de Trump: les relations internationales vues avec un égocentrisme qui n’a d’égal que sa stupidité.

Pire encore que ses déclarations ineptes, fut le piètre spectacle de Trump se réjouissant sans réfléchir devant des marchés qui plongent et au milieu de la panique générale. Trump n’est tout simplement pas capable de séparer son intérêt de celui, général, du pays ou du monde. Au sein de la classe politique, il n’est peut-être pas le seul, mais les autres savent mieux le cacher. Il est encore tôt dans cette crise de la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE, et qui sait si Trump ne trouvera pas un moyen de capitaliser sur cet événement? Toutefois, ses premières déclarations et attitudes semblent indiquer qu’il se contentera d’être lui-même. Et c’est peut-être la seule chose qui puisse protéger les Américains de huit années sous Donald Trump, et rien que lui.

Isaac Chotiner
Isaac Chotiner (19 articles)
Journaliste
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