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Après le Brexit, l'Écosse pourrait chercher sa propre voie de sortie

Temps de lecture : 3 min

Le résultat du référendum devrait inciter l’Écosse à prendre son indépendance.

La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon I Robert Perry / AFP
La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon I Robert Perry / AFP

Une des conséquences immédiates du vote historique du jeudi 23 juin est le formidable appel d’air donné outre-manche aux tendances séparatistes de tout poil, très vivaces à la périphérie du royaume, en Écosse et en Irlande notamment. Pour l’Eire, c’est la demande, formulée par le Sinn Fein, d’une réunification de l’île, à la faveur d’un referendum commun à la République et aux divers comtés du nord. En raison de l’opposition des protestants, majoritaires au nord, c’est encore une vue de l’esprit, voire une utopie. Mais pour l’Écosse, c’est l’occasion inespérée pour les indépendantistes de parvenir à leurs fins.

Les Écossais ont voté à 60% en faveur du maintien dans l’Union européenne. Ils ont depuis longtemps les leaders et les outils politiques pour se détacher de Londres. Fondé et longtemps dirigé par Alex Salmond, le parti nationaliste écossais est désormais entre les mains d’une femme, Nicola Sturgeon, âgée de 46 ans, qui exerce ses talents d’avocate à Glasgow. C’est une juriste opiniâtre, avocate en exercice à Drumchapel, un quartier de Glasgow. Les Anglais n’ont qu’à bien se tenir! Elle ne leur fera pas de cadeau. Elle connaît leurs lois, elle sait utiliser tous les artifices de la procédure. Son but est simple: obtenir l’indépendance de l’Écosse, qu’Alex Salmond, un homme tout en rondeurs, n’est pas parvenu à décrocher.

Un mot sur Alex Salmond, que l’auteur de ces lignes a bien connu à la fin du siècle dernier. Le père fondateur du nationalisme écossais contemporain est certes physiquement un homme rond, mais c’est un esprit carré dans ce corps rond, comme Raymond Barre se définissait jadis. Il observe ce qui se passe avec la plus grande attention. Il est le père fondateur du SNP, il en est aussi la statue du Commandeur. Nicola Sturgeon est sous son regard, comme elle est d’ailleurs sous l’œil scrutateur, et désormais inquiet, de tout Anglais qui se respecte et s’intéresse à la politique. Cela fait du monde même si, conformément au génie de ce peuple, les Anglais n’en montrent rien. Tout ce que dira Mme Sturgeon pourra être retenu contre elle, en Angleterre. Elle le sait. Elle n’est pas née de la dernière pluie (Irvine, North Ayrshire, 19 juillet 1970).

Une première depuis l'indépendance de l'Irlande

Venons-en aux conséquences immédiates, pour l’Écosse, du succès inattendu du Brexit. Les nationalistes écossais ont désormais intérêt à négocier directement avec Bruxelles des liens politiques et économiques de type nouveau. Ils sont déjà présents dans la capitale belge. Ils sont très forts en matière de lobbying. On peut faire confiance à Mme Sturgeon au moins sur ce point. Elle ne lâchera pas le morceau. Le plan de route des nationalistes écossais est simple. Demander un nouveau référendum le plus rapidement possible. L’étape suivante, à l’horizon 2018 (les négociations entre Londres et Bruxelles sur les modalités de la sortie de l’Union peuvent durer deux ans, voire plus), est l’indépendance assortie d’un traité entre Édimbourg et les 27 membres restants de l’Union.

Il s’agit encore d’une hypothèse de travail. On peut faire confiance aux Anglais, et à leur Premier ministre quel qu’il soit, pour leur mettre des bâtons dans les roues. David Cameron a annoncé qu'il allait démissionner rapidement. La reine devrait alors logiquement faire appel au clown Boris (Johnson) ou au crétin Nigel (Farage). Tout cela peut prendre du temps, disons plusieurs mois. En attendant la livre sterling tombe, et la Bourse de Londres aussi. Il y a le feu à la maison.

Depuis l’indépendance de la République irlandaise, au début du siècle dernier, ce serait un nouveau pas vers la réduction du Royaume-Uni à une moins grande surface, une «diminutio capitis», ou une «reductio capitis», pour le dire en latin, langue dans laquelle sont gravées quelques-unes des plus belles maxime du royaume. Pour les amateurs d’histoire, ce serait aussi le retour de l’Écosse, par la grande porte, sur la grande scène européenne. Et peut-être un avatar de cette «Auld Alliance», cette vieille alliance entre l’Écosse et la France, du temps des rois et des reines … sans compter le rugby, évidemment

Ce serait surtout, et il n’y a pas là matière à réjouissance, le début du processus menant à un Royaume-Désuni.

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