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Votre chien peut-il vous dévorer vivant comme dans «Game of Thrones»?

Emeline Amétis, mis à jour le 28.06.2016 à 11 h 03

Oui, méfiez-vous, le «meilleur ami de l’homme» est parfaitement disposé à le manger, qu’il soit mort ou vivant.

Extrait de Game of Thrones.

Extrait de Game of Thrones.

AVERTISSEMENT: Cet article contient un spoiler de la saison 6 de Game of Thrones.

«Mes limiers ne me feront jamais de mal», bluffe un Ramsay Bolton au visage ensanglanté, attaché à une chaise. Habitué à livrer ses ennemis en pâture à ses chiens, le sort s’est retourné contre le plus sadique des personnages des trois dernières saisons de Game of Thrones. Affamés par leur maître depuis une semaine, les limiers de Ramsay Bolton n’ont pas eu besoin d’être encouragés pour se jeter sur lui. Possible dans Game of Thrones, mais qu’en est-il de la réalité?

En fait, la croyance populaire selon laquelle un chien préférerait se laisser mourir de faim plutôt que de manger son maître est fausse. Même si le système digestif du chien a évolué après des milliers d'années de domestication, le régime alimentaire naturel d'un chien est principalement composé de chair crue. Un chien domestiqué peut ainsi suivre le même régime qu'un canidé sauvage. Et un être humain –maître, dresseur, ennemi ou inconnu– peut tout à fait constituer une proie, qu'il soit mort ou vivant...

Précédents historiques

S’il est davantage question de chiens mangeurs de cadavres dans les écrits antiques, les chiens de combat ont régulièrement été instrumentalisés pour chasser les ennemis de leurs maîtres au cours de l'histoire. Pendant la guerre d’indépendance haïtienne en 1803, par exemple, l’armée française amène une dizaine de chiens de combat sur l’île, dressés pour tuer: ils participeront à l’exécution publique d’un prisonnier noir et à diverses missions meurtrières pendant la campagne napoléonienne.

Plus tard, les chiens serviront aussi les intérêts des esclavagistes américains. Là, ils sont le plus souvent dressés par leurs futures victimes, les esclaves eux-mêmes. Dans La Férocité blanche, l’essayiste colombienne Rosa Amelia Plumelle-Uribe rapporte le témoignage d’un survivant de l’esclavage aux États-Unis, daté de 1902:

«On m’a choisi pour entraîner les chiens. On m’a dit que je devais jouer le rôle d’un esclave fugitif. (...) Un des contremaîtres m’a dit de monter dans un arbre aussi haut que je pouvais si je ne voulais pas me faire arracher les jambes de mon corps.»

L’historienne ajoute:

«Lorsque l’enfant noir jouant le rôle du fugitif ne réussissait pas à grimper dans un arbre avant que les chiens ne l’attrapent, il était dévoré. Sa mort n’était pas une grosse perte et faisait parti du dressage.»

Encore aujourd'hui aux États-Unis, dans la prison surnommée Angola en Louisiane –une plantation (où la majorité des esclaves provenaient de ce pays) occupait l'emplacement actuel du pénitencier– des chiens-loups montent la garde depuis 2011, prêts à bondir sur les fugitifs, selon un article du Monde

«Vous pouvez courir, raconte le directeur adjoint de l'association des administrations pénitentiaires d'État au Wall Street Journal, les chiens vous rattraperont toujours.» Certaines traditions ne se perdent pas.

Accidents

Des accidents peuvent toujours survenir, même si le chien n'a pas reçu de dressage pour attaquer des êtres humains. La dernière enquête menée par l'Institut de veille sanitaire à ce sujet date de 2011, mais reste éloquente: entre le mois de mai 2009 et juin 2010, le rapport recense 485 recours aux urgences pour morsures de chiens en France. Il précise que «les morsures étaient plus nombreuses et plus graves quand la victime connaissait le chien mordeur.» Aux États-Unis, plus de 900 personnes se rendent aux urgences pour des morsures de chien chaque année, des attaques qui ont eu lieu à la maison dans plus de la moitié des cas... En cas d'attaque, les jeunes enfants sont les plus vulnérables comme l'a rappelé en mai dernier le décès d'un garçon de 18 mois en Alsace.

Bref, pour ne pas connaître le même sort que Ramsay Bolton, pensez donc à alimenter régulièrement votre chien, à prendre soin de lui (et à ne pas lui donner goût à la chair humaine).  

Emeline Amétis
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