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Euro 2016: loin de 1976, Tchèques et Slovaques font destin à part

Temps de lecture : 4 min

Alors qu'on célèbre les quarante ans du coup de patte de Panenka, ses compatriotes tchèques ont lourdement déçu, tandis que les slovaques ont fait honneur à la solidité et au mental qu'on leur attribue souvent.

AFP.
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D'un côté, l'euphorie. De l'autre, la désillusion. Alors qu'il y a encore un peu moins de trente ans, la Tchéquie et Slovaquie ne formaient qu'un seul et même pays, le football de ces deux nations a connu un parcours bien différents lors de cet Euro, qui coïncide avec les quarante ans du plus grand moment de gloire du football tchécoslovaque: le titre de champions d'Europe arraché, en juin 1976 à Belgrade, à la RFA championne du monde au bout du suspense (2-2 a.p., 5-4 t.a.b.).

Loin de l'échec de la République tchèque lors de cet Euro, et bien plus séduisante que la Slovaquie actuelle, la Tchécoslovaquie de 1976 représente encore pour les deux pays l'âge d'or du football national. Si le mythe collectif de cette victoire tchécoslovaque à l'Euro reste Antonín Panenka avec son geste éponyme, cette équipe ne peut se résumer au seul génie du milieu originaire de Prague.

Alors que pendant deux ans, entraînement après entraînement, le milieu de terrain légendaire des Bohemians s'aguerrit à tirer son penalty, le football tchécoslovaque, lui, connaît alors une évolution marquante depuis près de dix ans. Une évolution qui trouve sa source à quelques heures de Prague, dans l'actuelle capitale de la Slovaquie, Bratislava.

Si l'on rapporte souvent ce succès à l'Euro 76 comme tchèque, le véritable noyau dur de cette sélection légendaire, loin des idées reçues, était en effet slovaque. Les Tchèques, comme Panenka ou Nehoda, assuraient le spectacle; le noyau dur, lui, venait principalement du Slovan Bratislava, vainqueur de l'unique Coupe d'Europe de l'histoire du football tchèque, la Coupe des coupes 1969, avec des joueurs comme le capitaine Anton Ondruš, ses compères de défense Ján Pivarník et Jozef Čapkovič ou encore Koloman Gögh. Souvent oubliés, ces derniers assuraient l'arrière-garde, la solidité et la cohésion de cette équipe dorée. Quand les Tchèques faisaient le show, les Slovaques, eux, couraient comme des chiens et s'assuraient de faire voler les rotules des adversaires quand il le fallait.


Tout le contraire du duo d’entraîneurs. D'un côté, Václav Ježek, le Tchèque, qui porte la casquette de sélectionneur. De l'autre, Jozef Vengloš, le Slovaque, son adjoint. Alors que Ježek est connu pour être le sanguin, l'homme prêt à emmener ses joueurs à la guerre, Vengloš, lui, est la tête pensante, le psychologue, l'homme de l'ombre qui emmena cette sélection vers les sommets. Comme le rappelait Panenka au magazine Dnes, «alors que Václav Ježek était plus impulsif et pouvait nous dynamiser, Vengloš était plus apaisé. Ensemble, cette combinaison a fonctionné parfaitement.» Pour Nehoda, l'autre figure marquante et meilleur buteur de la sélection tchécoslovaque, Vengloš était «un expert, psychologue, un homme apaisé et exceptionnel qui a également abordé une situation humaine complexe avec aisance. Sans lui, peut-être que l’on n’aurait pas eu l’or à Belgrade.»

«Personne ne se souciait du nombre de Slovaques et de Tchèques»

Une génération douée, faite d'excès, d'alcool, d'odeur de cigarette, mais surtout, une génération soudée, qui ne faisait qu'une. Une bande d'amis qui, bien qu'outsiders, ont su se hisser vers les sommets et faire naître une coexistence fraternelle entre Tchèques et Slovaques, comme l'expliquait le slovaque Karol Dobiaš à NasTrencin:

«À ce moment-là, personne ne se souciait du nombre de Slovaques et de Tchèques dans le onze. Nous voulions principalement gagner. Jamais nous ne subissions des conflits entre nous.»

Et puis, il y eut la Révolution de Velours, des frontières qui apparurent et la création de deux nouveaux états indépendants prenant le relais de la désormais défunte Tchécoslovaquie. «On a terminé les qualifications pour la Coupe du monde aux États-Unis en 1994 pour un pays qui n’existait pas. Quand on traversait la frontière, les douaniers rigolaient à chaque fois. Ils savaient qui nous étions, mais s’amusaient en nous demandant où on allait, ce qu’on faisait. C’était une drôle de situation de jouer pour un pays qui n’existait pas», nous explique ainsi Alexander Vencel, ancien gardien international slovaque passé par Strasbourg et Le Havre. Avant d'ajouter:

«Comme dans la population, la séparation s’est faite pacifiquement sur une décision politique. Les gens ont accepté, on a eu des frontières du jour au lendemain, mais rien ne s’est passé chez nous comparé à la Yougoslavie, par exemple. Si un Slovaque va aujourd’hui en République tchèque, les locaux ne vont pas le regarder de travers. Et inversement. Si aujourd’hui on me demande pourquoi on s’est séparés, je suis toujours incapable de l’expliquer. C’est pour ça que l’entente avec les anciens joueurs de la sélection se passe toujours bien. Encore aujourd’hui, j’ai des amis qui étaient dans la sélection comme le gardien Petr Kouba, qui a par la suite été le gardien de la République tchèque.»

Solidité slovaque

Une situation dramatique pour le football slovaque qui, durant cette période, était clairement en infériorité numérique dans la sélection tchécoslovaque alors que la République tchèque, elle, pouvait compter sur un réservoir important de joueurs doués composant l'une de ses plus belles générations, finaliste de l'Euro 1996 puis demi-finaliste de l'Euro 2004. Mais alors que le football tchèque rayonnait en Europe durant de nombreuses années, ne laissant que quelques miettes aux Slovaques, la situation a finalement tourné durant cet Euro 2016.

Loin des attentes, la Tchéquie n'a su faire mieux qu'une dernière place dans son groupe, avec un seul petit point obtenu à l'arrachée face à la Croatie et, en guise d'humiliation, une débâcle face à la Turquie lors du dernier match. Un désastre que les journalistes tchèques n'hésitent pas à qualifier de «pire performance sous l'ère Vrba», le sélectionneur national.

Aucune victoire, un capitaine blessé et des supporters amers, autant dire que cet Euro tchèque est à des années-lumière des performances de son voisin slovaque. À l'image du match contre l'Angleterre, les Slovaques ont su retrouver et imposer une solidité, une hargne et un mental à toute épreuve. Des qualificatifs que l'on utilisait déjà pour les joueurs slovaques de 1976. Si ce championnat d'Europe des nations fut un fiasco pour les Tchèques, il restera à jamais historique pour le peuple slovaque, qui découvre cette compétition pour la première fois de sa jeune existence. Et ce, quel que soit le résultat du huitième de finale contre l'Allemagne, dimanche à Villeneuve d'Ascq.

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