Sciences / Santé

Après la mort, des gènes reviennent à la vie pendant quarante-huit heures

Temps de lecture : 2 min

C'est la notion même de vie ou de mort qui pourrait être remise en cause.

Cette découverte pourrait révolutionner le secteur de la transplantation | PublicDomainPictures via Pixabay CC (domaine public)
Cette découverte pourrait révolutionner le secteur de la transplantation | PublicDomainPictures via Pixabay CC (domaine public)

La scène est bien connue et les séries hospitalières en raffolent. Un patient rend l’âme en pleine opération, le médecin prononce l’heure exacte du décès pendant que son assistant prend note silencieusement. Tout ce protocole pourrait être bouleversé, rapporte le magazine scientifique anglais New Scientist.

Peter Noble et Alex Pozhitkov, des universités de Washington et Seattle, ont découvert que des centaines de gènes restaient actifs près de deux jours après la mort. Les chercheurs ont constaté des pics d’activité de 515 gènes sur des cadavres de souris et de 548 gènes sur des poissons-zèbres morts. Parmi ces gènes actifs, certains se sont réveillés immédiatement après la mort; c’est le cas par exemple de ceux en lien avec le développement fœtal, qui avaient donc disparu depuis la naissance.


Des processus similaires ont également été découverts sur des corps humains. Des chercheurs ont en effet prouvé que, chez des patients morts de polytraumatismes, d’une attaque cardiaque ou par suffocation, des gènes intervenant sur le muscle cardiaque et la cicatrisation des plaies restaient actifs une demi-journée après le décès.

Une chance pour les médecins légistes

Peut-être que cette résurrection fait partie du processus physiologique de guérison après une blessure et que, après la mort, certaines cellules ont encore assez d’énergie pour réactiver ces gènes, comme elles le feraient si le corps était encore en vie. Autre hypothèse évoquée par les chercheurs: si les gènes liés au développement embryonnaire se réveillent, c’est parce que les gènes qui les empêchent de s’activer, eux, sont bel et bien atteints (et morts, pourrait-on dire).

Ces découvertes ne sont pas anodines: elles pourraient être utiles pour les personnes ayant subi une transplantation. Peter Noble souligne ainsi que le risque d’avoir un cancer augmente chez les personnes ayant reçu un nouveau foie et que cela pourrait s’expliquer non seulement par les médicaments anti-rejet (qui mettent à mal le système immunitaire pour que la greffe prenne) mais aussi par la réactivation, après la mort du donneur, de gènes liés au cancer. Une hypothèse à creuser.

Pour les médecins légistes, cette découverte est également d’importance. Le réveil de certains de ces gènes permettra peut-être un jour de déterminer plus précisément la chronologie et les raisons du décès; il pourrait suffire de mesurer le taux d’activité de certains gènes pour savoir de quand date la mort d’un individu. Sans compter que, plus globalement, la définition de la mort s’en voit chamboulée: peut-être que, bientôt, on devra ajouter à la liste «arrêt de la pulsation cardiaque, arrêt de l’activité cérébrale et arrêt de la respiration» l’expression «arrêt de l’activité génétique».

Slate.fr

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