Monde

Le pillage des cantines scolaires, symbole du chaos au Venezuela

Temps de lecture : 2 min

L’éducation est l'une des première victimes de la pénurie et de l’insécurité qui touchent le pays depuis le début de l’année 2016.

Caracas, le 11 juin 2016. FEDERICO PARRA / AFP
Caracas, le 11 juin 2016. FEDERICO PARRA / AFP

Et dire que le programme chaviste comptait, dans la droite ligne du socialisme, faire de l’éducation la colonne vertébrale du pays. En 2016, trois ans après la succession d’Hugo Chavez (1999-2013) par Nicolas Maduro, les fondations s’écroulent, et le système éducatif en est la victime collatérale.

Les files d’attente devant les supermarchés n’en finissent plus de grossir, les pillages se multiplient et les réserves de médicaments se tarissent, rapporte Public Radio International. Le tout devant des autorités publiques apathiques. Depuis la chute du cours du pétrole, l’économie s’enlise. L’inflation a été multipliée par sept depuis 2013. La majorité des biens de première nécessité font désormais l’objet d’importation.

«Ce à quoi nous assistons, c’est vraiment au début d’une crise humanitaire, lâche à Public Radio International Hannah Dreier, une correspondante de l’agence Associated Press. Ce qui est si étrange et inédit au Venezuela, c’est qu’ils ne demanderont pas d’aide internationale.» Car les dons sont interdits par l’administration. Impossible de donner 100 dollars ou même d’offrir un sac de riz. Certains en viennent à demander de l’aide sur les réseaux sociaux.

On estime que 40% des professeurs sont absents –parce qu’ils font la queue pour de la nourriture, et tentent de subvenir à leurs propres besoins

Hannah Dreier, correspondante de l’agence Associated Press, à Public Radio International

Vols de déjeuner

Les 7 millions d’écoliers venézuéliens ont quant à eux déjà perdu près de 40% de leur année. «La situation scolaire est si triste –c’était l’un des joyaux de la révolution socialiste. Depuis des années, les écoles étaient de plus en plus performantes, et il paraissait possible de voir les gens sortir de la pauvreté. Mais aujourd’hui, on estime que 40% des professeurs sont absents –parce qu’ils font la queue pour de la nourriture, et tentent de subvenir à leurs propres besoins. Donc, il y a des enfants qui risquent leur vie en s’échappant des taudis et viennent dans leurs écoles, ils se montrent et traînent devant en attendant que quelqu’un vienne leur faire cours.»

Rien que dans la capitale, Caracas, au moins quarante-cinq cantines ont été pillées en 2016. Ces vols de déjeuners alimentent le marché noir. Au total, 166 cas de pillage ou de tentatives de pillage ont été recensés par l’Observatoire vénézuélien de conflictualité sociale (OVCS) au cours des quatre premiers mois de l’année. «Le pillage est une forme extrême et condamnable de mobilisation sociale», rappelle dans Le Monde le sociologue Rafael Uzcategui, directeur de l’organisation des droits de l’homme Provea.

Alors qu’une grande partie des Vénézuéliens réclament toujours la révocation de Nicolas Maduro et la libération de prisonniers politiques, le gouvernement ne compte pas céder. On ne peut pas dire que la coalition de droite, majoritaire depuis les élections législatives de décembre 2015, soit aidée pour l’organisation d’une consultation populaire. Le Conseil national des élections exige en effet que les signataires valident leur choix dans leur bureau de vote habituel par une vérification de leurs empreintes digitales. Une manœuvre téléguidée par Nicolas Maduro, selon l’opposition.

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