Science & santé

À l’hôpital, les noirs délirent moins que les blancs

Repéré par Peggy Sastre, mis à jour le 22.06.2016 à 16 h 57

Repéré sur Critical Care Medicine, Regenstrief Institute

Être noir et âgé de moins de 50 ans serait un facteur protecteur contre le «delirium des soins intensifs».

Unité de soins intensifs du bâteau de la Marine américaine U.S.N.S. Comfort, à Baltimore, dans le Maryland, le 15 janvier 2010 | ALEX WONG/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Unité de soins intensifs du bâteau de la Marine américaine U.S.N.S. Comfort, à Baltimore, dans le Maryland, le 15 janvier 2010 | ALEX WONG/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Pour la première fois, une étude évalue les liens entre l’origine ethnique d’un patient et son risque de connaître un «delirium» lors de son hospitalisation en soins intensifs. L’étude, menée sur 2.087 Américains adultes, montre que les noirs de 18 à 50 ans sont significativement moins touchés par cette forme particulière de démence que les blancs de la même classe d’âge ou que les blancs et les noirs dépassant les 50 ans.

Le «delirium des soins intensifs» est un syndrome apparaissant généralement après une longue hospitalisation en soins intensifs –plus de trois mois– et se manifestant par des troubles cognitifs durables, comparables à ceux de la maladie d’Alzheimer, à ceci près qu’ils peuvent concerner des individus beaucoup plus jeunes. Le delirium des soins intensifs est un important facteur de mortalité et de handicap. Un syndrome qui pourrait affecter près de 75% des patients hospitalisés en soins intensifs pendant plusieurs mois.

Jusqu’à présent, les facteurs de risque connus de ce syndrome était l’âge, une déficience cognitive préexistante à l’hospitalisation et une sédation prolongée, souvent nécessaire lorsque le malade ne respire plus par ses propres moyens. Grâce à l’étude menée par l’équipe de Babar A. Khan, chercheur au centre de gérontologie du Regenstrief Institute de l’Université de l’Indiana, on peut y ajouter l’origine ethnique, facteur protecteur pour les Afro-Américains de moins de 50 ans:

«Vu que les Afro-Américains ont tendance à connaître une morbidité plus grave lorsqu’ils sont hospitalisés en soins intensifs, précise Khan, nous avons été surpris de trouver que la race[1] pouvait être un facteur protecteur pour les Afro-Américains les plus jeunes. Nous savons désormais que la race doit être incluse dans les facteurs de risque du delirium des soins intensifs chez les caucasiens de tous âges, mais uniquement chez les Afro-Américains de plus de 50 ans. Manifestement, différents groupes ont un profil de risque différent.»

Personnalisation thérapeutique

Son étude porte sur 2.087 Américains –48% de noirs, 52% de blancs– dont l’hospitalisation avait été couverte par un programme de type Medicaid réservé aux populations les plus économiquement vulnérables. Quelle que soit leur ethnicité, tous les participants appartenaient donc à la même catégorie socio-économique et leurs dossiers médicaux avaient été consignés dans une base de données standardisée –le Regenstrief Medical Record System– rassemblant depuis 1972 près de 200 millions d’observations médicales distribuées sur un peu plus de 1,5 million de patients.

En analysant ces données, les chercheurs ont aussi pu observer que, si les noirs et les blancs connaissaient des taux de mortalité et de morbidité équivalents, les blancs étaient plus à même d’avoir reçu un diagnostic de dépression ou de dépendance au tabac avant leur hospitalisation en soins intensifs, deux facteurs de risque de démence. De même, les blancs se voyaient plus souvent prescrire des médicaments associés au delirium que les noirs.

Reste que les raisons permettant d’expliquer précisément pourquoi le risque de delirium des soins intensifs est bien moindre chez les jeunes noirs ne sont pas connues et nécessiteront des études ultérieures pour être précisées. «Si vous regardez différentes études, vous verrez qu’il y a certains médicaments auxquels les Afro-Américains répondent mieux que les caucasiens», ajoute Khan:

«Si, dans un futur proche, nous pouvons en apprendre davantage sur le delirium à un niveau moléculaire, grâce à la génétique et au recours à des biomarqueurs, alors nous pourrions arriver à de meilleures stratégies de prévention et de soins fondées sur une personnalisation thérapeutique. Nos observations fournissent le genre d’informations nécessaires à la mise en œuvre d’une médecine de précision.»

1 — Le mot race, employé tel quel dans la version originale en anglais de cette étude, n’a ici pas de connotation raciste. Aux États-Unis, ce terme signifie «groupe ethnique». Retourner à l’article

 

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