Sports

Surprise de l'Euro, les Hongrois ont leur «Les Yeux dans les Bleus»

Temps de lecture : 3 min

Pendant quatre ans, un réalisateur a filmé les coulisses de la sélection, qui participe à sa première grande compétition depuis trente ans et est bien placée pour atteindre les huitièmes de finale.

Image extraite de la bande-annonce de «Még ötven perc».
Image extraite de la bande-annonce de «Még ötven perc».


Dans la lignée des Yeux dans les Bleus, le célèbre film de Stéphane Meunier où Aimé Jacquet demandait à Robert Pires de «muscler son jeu», le réalisateur András Muhi a suivi la sélection magyare, de la qualification honteusement ratée pour le Mondial 2014 à celle réussie pour l’Euro 2016, où elle va disputer, mercredi 22 juin, la première place du groupe F face au Portugal. Diffusée le 9 juin dernier sur la chaîne privée locale TV2, cette production est largement plébiscitée par les observateurs à Budapest.

Elle s'intitule Még ötven perc, soit «Encore 50 minutes!» en magyar. Voilà comment le gardien vétéran en jogging Gábor Király harangue ses camarades de vestiaire avant d’attaquer la seconde mi-temps du barrage retour contre la Norvège. En ce 15 novembre 2015, la Hongrie dispose d’un avantage d’un but chèrement acquis à Oslo à l'aller (1-0), qu’elle confirmera en remportant 2-1 cette seconde manche décisive pour valider son ticket pour l'Euro,

Et au milieu de la fiesta, une caméra s’est invitée, celle d’András Muhi filmant un moment d’Histoire. Pour ce faire, il a accumulé 250 heures de rushes, traversé dix pays en quatre ans au fur et à mesure des rencontres du «Nemzeti 11» et monté l’ensemble en trois mois. Il a vu l’entraîneur Sándor Egervári démissionner après l’humiliant 8-1 encaissé face aux Pays-Bas en octobre 2013, en éliminatoires de la Coupe du monde 2014. Découvert un Pál Dárdai sélectionneur sauveur capable d’éponger l’échec d’Attila Pintér. Accompagné les débuts de Bernd Storck sur le banc et sublimé la verve du capitaine Balázs Dzsudzsák.

Un capitaine idolâtré n’hésitant pas à entamer la conversation avec un jeune fan juché sur les épaules de son père derrière les grilles du centre d’entraînement de Telki, le Clairefontaine local. Un capitaine courage motivant ses troupes avant chaque choc à grands coups de «putain» et de «bordel» qui symbolisent autant l’ex-star du PSV Eindhoven que son amour des Porsche et des Lamborghini. Un capitaine se précipitant sur le champagne pour le déboucher et sortant sa plus belle voix (démontée) lorsque son pays célèbre sa qualification tant attendue pour l’Euro hexagonal sur fond d’air populaire magyar.

«Je voulais montrer que nos footballeurs ne sont pas des mercenaires comme beaucoup le pensent, mais des soldats enthousiastes qui se battent sans se ménager pour leur pays», confie l’artisan du docu au site d’infos Origo.hu. «Ça semble romantique et un tantinet "cucul" dit comme ça, mais l’honneur et l’envie avec laquelle ils pénètrent sur le terrain sont leurs priorités, indépendamment de leurs capacités respectives et des résultats. Je me suis habillé comme eux, j’ai vécu leurs joies et leurs peines. Tout le monde donne son opinion sur le football ici. J’ai exprimé la mienne à travers ce long-métrage.»

Décrassages, réunions tactiques, colères homériques, causeries mouvementées: tous les ingrédients déjà remarqués dans Les Yeux dans les Bleus sont là. Plus les buts libérateurs de Stieber contre la Finlande à Helsinki, en juin 2015, ou de László Kleinheisler face aux Norvégiens à l’extérieur. Et la peur de l’international retraité Tibor Nyilasi (70 capes de 1975 à 1985), icône du Ferencváros et de l’Austria de Vienne devenue vice-président de la fédération magyare de football (MLSZ), qui préfère regarder les rencontres depuis les vestiaires et s’éloigne de l’écran LCD en jurant à chaque situation dangereuse.

«C’est un documentaire novateur, sans interviews ni narrateur. Le résultat final est époustouflant», commente le journaliste Gábor Földi dans une critique parue sur le pure-player de référence Index.hu. «D’autant plus que la Fédération hongroise, partenaire du film, n’est en aucun cas intervenue pour censurer des passages ou exiger que les insultes soient coupées, ce qui a permis aux téléspectateurs chanceux de TV2 de voir la production originale conservée dans son jus. Le matériau de base aurait été bien exploité par n’importe quelles mains expertes, mais Muhi s’est parfaitement emparé du thème.»

Logique. Muhi souhaitait devenir footballeur pro mais son plan de carrière a été stoppé par une blessure chronique à la cheville. Il s’était d’ailleurs déjà intéressé au destin d’une équipe magyare en 2006 via le film Football hongrois, la 91e minute, en marge de la qualif’ ratée des coéquipiers de Gábor Király pour le Mondial allemand. Celle des espoirs incluant des joueurs aujourd’hui chez les A, comme Szalai, le héros de la victoire inaugurale contre l'Autriche (2-0), Guzmics, le défenseur du Wisla Cracovie, ou le portier Bogdán, laissé de côté à Liverpool. Si le «Nemzeti 11» va en huitièmes de finale, Muhi aura à nouveau de la matière.

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