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Comment la NRA a influencé la signification du second amendement sur le port d'armes

Temps de lecture : 2 min

Le second amendement n'a pas toujours voulu dire que chaque individu pouvait disposer d'une arme.

Une arme à feu commercialisée pour se défendre d'une violation de domicile, par exemple. | Mesa Tactical via Flickr CC License by

«Dimanche soir, quand mon fils m’a demandé pourquoi nous nous entretuons à l’arme à feu presque quotidiennement en Amérique, j’ai dû lui répondre que c’est parce que nous sommes libres», raconte Dahlia Lithwick dans un article publié sur Slate.com au lendemain de la tuerie d’Orlando. Aux États-Unis, s’armer pour se protéger est un droit fondamental énoncé par la Constitution. Une liberté au même niveau que la liberté d’opinion, ou religieuse. Ainsi, un État ne peut interdire complètement le port d’armes à feu. Une «interprétation» malheureuse, selon Dahlia Lithwick:

«Le document qui nous promet et protège notre liberté a été interprété de telle façon que nous sommes condamnés à vivre tous les jours dans la terreur, otages de puissants intérêts qui nous poussent à devenir plus libre en achetant et en stockant encore plus d’armes de guerre mortelles.»

Question de virgules

D’après la journaliste, spécialisée en justice, le droit au port d’arme garanti par le second amendement de la Constitution américaine est un malentendu. Le second amendement énonce, en effet, peu clairement: «Une milice bien organisée, étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé.»

«La première virgule n’a pas de sens grammatical», remarque Dahlia Lithiwick à l’antenne de la radio publique new-yorkaise WNYC. «Du coup, il y a quatre clauses sans rapport les unes avec les autres, et donc, de l’ambiguïté.»

Si pour la majeure partie de l’histoire, le second amendement énonçait clairement le droit pour chaque population d’un État à maintenir «une milice bien organisée», en 2008, la Cour suprême s'est penchée sur la construction grammaticale de l’amendement pour déterminer si oui ou non un État pouvait interdire la vente de revolvers aux civils. Elle en conclut alors que non.

Derrière ce rejet, on peut voir l'influence de la National Rifle Association (NRA) qui soutient dans le cadre d’un amicus curiae que l’interdiction du port d’arme est anticonstitutionnel. Selon le lobby pro-armes, les législateurs du XVIIIe siècle ont voulu garantir le droit de tous les individus à porter des armes. Depuis, c’est grâce à la deuxième virgule de cette fameuse phrase que les Américains peuvent acheter des armes au supermarché du coin.

Réformes impossibles?

La journaliste déplore aussi l’impossibilité prétendue de réformer cet amendement. À chaque fois que quelqu’un s’y essaie, il s’oppose aux critiques qui affirment que le droit au port d’arme est inaliénable aux États-Unis.

«Il y a un second amendement. Il protège quelque chose, même si nous ne savons pas trop de quoi il s’agit, mais il est absolument ouvert aux réformes et c’est là que le débat devrait se clore. Pas à la phrase "il y a un second amendement".»

Elle conclut:

«La NRA voulait que seules nos armes fassent de nous des citoyens libres, ils nous en ont persuadé.»

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