Monde / Économie

Pourquoi les jeunes américains sont en train d'abandonner le capitalisme

Temps de lecture : 2 min

«Survivre, c'est le nouveau rêve américain».

Un jeune militant lors du mouvement Occupy Wall Street le 28 septembre 2011 | By David Shankbone via Wikimedia Commons License by
Un jeune militant lors du mouvement Occupy Wall Street le 28 septembre 2011 | By David Shankbone via Wikimedia Commons License by

Elle n’a pas connu l’âge d’or américain, celui avec lequel ses parents baby-boomers ont grandi. Le 11 septembre 2011, elle avait 5 ans. Et pour elle, capitalisme rime depuis toujours avec crise financière et dette.

Cette jeune fille née en 1996 n’existe pas. Elle est le fruit de l’imagination de l’anthropologue et journaliste Sarah Kendzior. Celle-ci fait vivre ce personnage le temps d’une tribune dans le magazine Foreign Policy, intitulée «Pourquoi les jeunes Américains sont en train d’abandonner le capitalisme».

Ce cri de détresse, ou plutôt de désabusement, intervient après la publication d’un sondage réalisé par l’université d’Harvard et publiée en avril 2016. Celui-ci indique que 51% des 18-29 ans rejettent le modèle capitaliste alors que 42% le soutiennent. 33% déclarent par ailleurs pencher pour le socialisme.

«La façon dont le capitalisme est appliqué aujourd’hui, dans l’esprit des jeunes générations, voilà ce qu’ils rejettent», précise John Della Volpe, à la tête de cette étude. Les promesses d’Obama n’ont pas été tenues selon elle. Pire, la réalité d’un marché du travail ultra précaire serait déguisée sous un taux de chômage très bas (4,7%, soit le niveau des années 2006-2007). Les contrats courts, les piges et les mini salaires sont ainsi comptabilisés dans la population active.

«C’est à cela que ressemble l’emploi aujourd’hui ici. On est loin de l’épanouissement personnel ou du plan d’avenir. Survivre est le nouveau rêve américain». Les espoirs nés du mouvement Occupy Wall Street, ou plus récemment des manifestations «Fight for $15» pour un salaire minimum de base, n'ont pas convaincu. Trop peu de réformes concrètes et radicales.

Liberté, précarité

Plus globalement, c’est le sens que les jeunes accordent aux termes «capitalisme» et «socialisme» qui interpelle les chercheurs américains.

«Le mot “capitalisme” ne signifie plus ce qu’il avait l’habitude de signifier, décrypte le professeurs d’Harvard Zach Lustbader, dans le Washington Post. Pour ceux qui ont grandi durant la Guerre froide, le capitalisme signifiait la liberté contre l’Union soviétique et les autres régimes totalitaires. Pour les générations plus récentes, cela renvoie à une crise financière que l’économie globale ne parvient toujours pas à digérer.»

De quoi expliquer le succès du candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders, notamment chez les plus jeunes, lui qui a remis le mot socialisme au goût du jour.

«Les conditions de travail sont devenues tellement pourries et la course à la stabilité classique si insurmontable, que les ambitions modestes –un salaire qui couvre vos factures, la capacité d’acheter une maison ou d’aller au lycée sans s’endetter énormémement– sont devenues un luxe, une fantaisie.»

Il ne faut pour autant développer une réflexion binaire, ce que se garde bien de faire la journaliste. 47% des sondés estiment qu'avoir de quoi manger et dormir sous un toit sont des droits que le gouvernement doit pouvoir fournir aux plus nécessiteux. Cela n'en fait pas nécessairement des socialistes. Seulement des citoyens qui tentent de réhabiliter le principe d'égalité au «pays de la liberté».

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