Monde

Le FBI a censuré les références à Daech dans la retranscription de l'appel du tueur d'Orlando

Repéré par Claire Levenson, mis à jour le 21.06.2016 à 9 h 36

Repéré sur Slate.com, The Hill

L'idée était d'éviter de diffuser de la propagande djihadiste mais l'agence a fait marche arrière après de nombreuses critiques.

Le 18 juin 2016 devant la boîte de nuit Pulse à Orlando que les autorités continuent de fouiller | SPENCER PLATT / AFP

Le 18 juin 2016 devant la boîte de nuit Pulse à Orlando que les autorités continuent de fouiller | SPENCER PLATT / AFP

Le lundi 20 juin, le FBI a rendu public le texte du coup de fil que le tueur d'Orlando a passé aux services d'urgences américains la nuit de la fusillade dans la boîte de nuit gay Pulse. Le ministère de la justice a d'abord expliqué que toute la conversation n'avait pas été retranscrite pour ne pas de nouveau traumatiser les victimes, et que les références à Daech avaient été censurées afin d'éviter de diffuser la propagande djihadiste, rapporte le site The Hill.

Cela donnait un texte étrange, avec le mot «omis» entre parenthèses pour remplacer Daech ou Abou Bakr-al Baghdadi, le nom du dirigeant de l'Etat islamique (et des prières en arabe non traduites):

Omar Mateen (OM): Au nom de dieu le miséricordieux, le bienfaisant (en arabe).

Services d'urgence (SU): Quoi?

OM: Gloire à dieu, que la paix soit sur le prophète de Dieu (en arabe). Je vous dis, je suis à Orlando, c'est moi qui suis à l'origine de la fusillade. 

SU: Quel est votre nom?

OM: Mon nom est je prête serment à (omis).

SU: Ok, quel est votre nom?

OM: Je prête serment à (omis) que Dieu le protège (en arabe), au nom de (omis).

SU: D'accord, vous êtes où?

OM: A Orlando.

SU: Où à Orlando?

Ne pas amplifier sa propagande

Sur NBC, la ministre de la justice, Loretta Lynch, avait ainsi expliqué la décision de masquer certains mots:

«Nous ne voulons pas de nouveau proclamer la prestation de serment de cet homme envers des groupes terroristes, et amplifier sa propagande.»

Etant donné que l'administration Obama est constamment accusée par les Républicains d'éviter les mots «islam radical» ou «terrorisme islamiste» par excès de «politiquement correct», ce choix de censure a déchaîné les foudres des conservateurs, qui ont accusé le FBI et le ministère de la justice de ne pas oser dire les choses clairement.

Le speaker de la Chambre des représentants, le républicain Paul Ryan, a rapidement demandé à la Maison Blanche de publier le texte sans omissions. Pour Ryan, le tueur d'Orlando est un «islamiste radical extrémiste inspiré par Daech» et l'administration doit publier le texte pour «que le public sache qui a fait ça et pourquoi.»

La publication complète

Ceci dit, malgré le serment d'allégeance, le directeur de la CIA a récemment déclaré que Mateen n'avait eu aucun lien avec Daech, et que son profil était donc différent de celui des tueurs des attentats de Paris et Bruxelles. 

De nombreux journalistes se sont moqués du texte censuré:

«Allahou [omis]».

Quelques heures plus tard, le FBI et le ministère de la justice ont donc fini par publier la retranscription avec les mots «Daech» et «Abou Bakr Al-Baghdadi».

«Malheureusement, les parties omises du texte, qui nommaient l'organisation et les leaders terroristes ont causé une distraction inutile par rapport au travail d'enquête du FBI et de nos partenaires», a décrété le FBI.

Etant donné que Donald Trump a récemment accusé Hillary Clinton de ne pas utiliser des mots comme «islam radical» (elle a répondu qu'elle le dirait sans problème), ce genre de censure était plutôt un cadeau pour les pro-Trump, friands de tout signe que l'administration Obama ne combat pas vraiment le terrorisme islamiste.

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