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Stop au Ronaldo-bashing: CR7 est bien plus que «Penaldo»

Bruno Cravo, mis à jour le 22.06.2016 à 10 h 43

Après un début d'Euro 2016 peu abouti, les critiques pleuvent sur la star du Real Madrid. Pourtant, c'est vite oublier que le capitaine portugais possède des arguments pour se faire apprécier.

 Cristiano Ronaldo célèbre l'un de ses trois buts face à la Suède en barrages de la Coupe du monde 2014 | Capture d’écran YouTube

Cristiano Ronaldo célèbre l'un de ses trois buts face à la Suède en barrages de la Coupe du monde 2014 | Capture d’écran YouTube


Des hors-jeu à répétition, des frappes fuyant le cadre et surtout un penalty manqué dans le dernier quart d'heure qui aurait pu s'avérer décisif. Le match de Cristiano Ronaldo face à l'Autriche samedi 18 juin 2016 (0-0) répond à sa piètre performance contre l'Islande le 14 du même mois (1-1). Assez regrettable pour attaquer le capitaine de la Seleçao de toutes parts. Mais c'est omettre de signaler que CR7 a plusieurs arguments à faire valoir face aux critiques. 

 

Il sait être décisif dans les grands matches 

C'est une vieille rengaine ressortie du four à chaque fois que l'attaquant réalise un match moyen, voire mauvais, contre un adversaire de bon niveau. On reproche au Madrilène de n'être décisif que lors de matchs avec des enjeux mineurs. Ses détracteurs les plus féroces pensent notamment que sans les penaltys, qu'il obtient souvent lui-même, il ne marquerait jamais. D'où l'invention du surnom «Penaldo» comme contraction des mots penalty et Ronaldo.

Le fait est que CR7 marque non seulement dans les matches décisifs mais aussi très souvent. Il est l'actuel meilleur de l'histoire de la Ligue des champions avec 93 buts et détient le record de buts de la compétition pour les matchs à élimination directe (44 réalisations). Presque aucun grand club européen ne peut se targuer de n'avoir pas encaissé de but de CR7 dans un match décisif. Avec le Portugal, il n'est pas en reste puisqu'il est le meilleur artificier de l'histoire de la sélection (58 buts) et est parvenu à marquer sur les six compétitions internationales auxquelles il a participé (de l'Euro 2004 au Mondial 2014). Une performance qui le place ex aequo avec cinq autres joueurs sur la troisième du podium des meilleurs buteurs de l'Euro (6 buts) juste derrière le Français Michel Platini (9) et l'Anglais Alan Shearer (7). 

Il fatigue naturellement en fin de saison

Depuis les débuts de sa carrière professionnelle au Sporting Portugal en 2002, Cristiano Ronaldo, c'est seulement deux saisons sous les cinquante matchs. Voilà maintenant plus de dix ans qu'il dispute des rencontres dans les plus grands championnats européens et parmi les plus intenses physiquement sans même parler de la Ligue des champions ou des compétitions internationales. Le stakhanoviste, qui n'est pratiquement jamais remplacé en cours de match, le paie forcément en fin de saison. Surtout à 31 ans. 

Cristiano Ronaldo est un excellent joueur mais seul il ne peut pas faire des miracles

On se souvient, par exemple, de sa cheville blessée à l'Euro 2008 ou de son genou grinçant au Mondial 2014. Dernièrement, c'est sa cuisse gauche qui a perturbé sa fin de saison, lui faisant manquer la première confrontation face à Manchester City en Ligue des champions et une poignée de matches de Liga. Comme toujours, CR7 ne souhaitait pas déclarer forfait de lui-même, lui qui était jusque-là le joueur le plus utilisé de la saison au Real Madrid. Le natif de Funchal, chef-lieu de l'île de Madère, est un dur au mal, on ne pourra jamais lui reprocher de ne pas se donner assez sur un terrain avec son jeu extrêmement énergivore. 

Il ne jouit pas d'une grande sélection

Plus jeune, alors qu'il était âgé de 19 ans à l'Euro 2004 perdu en finale chez lui au Portugal puis de 21 ans au Mondial 2006 en Allemagne, Cristiano Ronaldo était bien entouré. La sélection portugaise de l'époque s'articulait autour de l'équipe de Porto double championne d'Europe avec José Mourinho (Coupe de l'UEFA 2003, Ligue des champions 2004) agrémentée de stars mondiales comme Luis Figo ou Rui Costa.

Avec le temps, le niveau global de la sélection portugaise s'est errodé au point qu'aujourd'hui elle se compose de jeunes espoirs comme Joao Mario ou Raphaël Guerreiro, de seconds couteaux comme Nani ou Ricardo Quaresma et des seuls Pepe et CR7 comme références mondiales. Les manques à certains postes sont tels que les Portugais n'alignent aucun attaquant de métier, Éder étant trop limité, et font de Ricardo Carvalho, 38 ans passés, un indéboulonable de leur défense centrale. Cristiano Ronaldo est un excellent joueur mais seul il ne peut pas faire des miracles. Rarement un joueur n'a autant senti le poids de toute une nation sur ses seules épaules.

Toutes les équipes qui ont été au bout d'une compétition internationale, l'Argentine de Diego Maradona en 1986 mise à part, se fondaient soit sur une force collective à toute épreuve (Danemark 1992, Grèce 2004) pour compenser un manque de qualités individuelles, soit des individualités de très haut niveau pour peu qu'elles sachent collaborer un minimum (Brésil 1970, Espagne 2010). Ce Portugal cru 2016 n'a pas encore montré l'une ou l'autre de ces qualités sur les pelouses de l'Euro.

Il a un comportement qui reflète son histoire

Maillot sur le sol, corps gainé, torsé bombé, cri profond: par deux fois Cristiano Ronaldo a célébré le titre en Ligue des champions avec le Real Madrid de cette manière. Le symbole parfait de son ego surdimensionné qu'il a dû se constituer au fil des années. Du haut de ses 12 ans, déjà, il doit affronter les moqueries de ses camarades lisboètes au centre de formation du Sporting Portugal, lui qui vient de Madère et en possède l'accent caractéristique. Il ira même jusqu'à jeter une chaise sur l'une de ses professeures qui plaisantait sur sa façon de parler.

Franc du collier, il ne s'est que très peu brouillé avec ses coéquipiers au cours de sa carrière

Le déraciné devra une nouvelle fois se construire contre les autres lors de son départ pour le Manchester United d'Alex Ferguson alors qu'il est à peine majeur et ne comprend presque pas l'anglais. Cette carapace devra une nouvelle fois se renforcer quand, en 2009, il devient le joueur le plus cher du monde avec son transfert au Real Madrid pour 93 millions d'euros, lui, le Portugais, dans le plus grand club du voisin espagnol et du monde.

Pourtant, ce comportement, qui peut paraître narcissique, cache en réalité un être à la personnalité exemplaire avec son entourage. Franc du collier, il ne s'est que très peu brouillé avec ses coéquipiers au cours de sa carrière, donne de bons conseils et n'hésite pas à faire des dons à des associations à but non lucratif. En attendant, il reste à CR7 et aux Portugais une dernière cartouche, mercredi 18 heures face à la Hongrie, pour tenter de faire taire les critiques et se qualifier pour les huitièmes de finale de l'Euro 2016. Cristiano le sait, il en a l'habitude, lui l'auteur de la phrase «Votre amour me rend fort, votre haine me rend inarrêtable». Tous les regards seront une nouvelle fois braqués vers la star portugaise.

Bruno Cravo
Bruno Cravo (41 articles)
Journaliste
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