Monde

Elizabeth II ne se prononcera pas sur le Brexit, les stars britanniques si

Cyril Simon, mis à jour le 22.06.2016 à 18 h 26

Au Royaume-Uni, tout est une question de traditions. Même les lois royales.

La reine Elisabeth II | Foreign & Commonwealth Office via Flickr CC License by

La reine Elisabeth II | Foreign & Commonwealth Office via Flickr CC License by

Ce vendredi 10 juin 2016, Elizabeth II fête ses 90 ans à Saint-Paul’s Cathedral, à moins de deux semaines du référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Les chanceux qui composent l’assistance attendent un signe, un mot, pourquoi pas une phrase, soyons fous. Niet. «La reine, seule à ne pas entonner l’hymne à sa gloire, n’a pas desserré les dents», résumait le correspondant du Monde, Philippe Bernard.


La reine ne vote jamais. Pourquoi? C’est comme cela. «Son rôle est d'offrir continuité et unité à la nation», justifie le site officel du parlement sur ce point. Rien ne l’en empêche légalement mais le faire serait perçu comme un acte anticonstitutionnel. La monarchie britannique repose sur un corpus de lois non-écrites, de coutumes dont les premières remontent au Moyen Âge. Et l’une d’entre elles veut que le souverain laisse l’exercice de son pouvoir au gouvernement et aux deux chambres parlementaires, celles des Lords et des Communes.

En 1867, le journaliste politique Walter Bagehot balayait l’affaire d’une maxime entrée depuis dans la postérité: «Le roi règne, mais ne gouverne pas», a-t-il lancé au cours du règne de Victoria. Sa Majesté a «le droit d’être consultée, le droit d’encourager, le droit de mettre en garde», développe-t-il.

Mercredi confidences

Il y a bien un rendez-vous hebdomadaire –la «weekly audience»–, où la reine peut sortir de son silence. Chaque mercredi, elle a «le droit et le devoir de faire part de ses vues sur les affaires du pays» avec le locataire du 10 Downing Street.

C’est d’ailleurs lors l’une de ses séances que The Sun pense avoir découvert en mars 2016 les penchants de la reine pour le Brexit. Le journal le plus lu du Royaume-Uni (plus de 2 millions d’exemplaires) soutient qu’en 2011, lors d’un entretien avec Nick Clegg, alors vice-Premier ministre et chef des Libéraux-démocrates et très pro-européen, la souveraine aurait affirmé «que l’Europe allait dans la mauvaise direction».


L'échange houleux avec M. Clegg aurait duré «un certain temps», rapporte la source «hautement fiable» mais anonyme citée par le Sun. «Ce sont des idioties. Je n’ai aucun souvenir d’une pareille scène et ce n’est pas le genre de choses que j’aurais oublié», rétorque-t-il alors sur Twitter.


«La reine demeure politiquement neutre comme elle l’est depuis soixante-trois ans, accentue un porte-parole. C’est au peuple britannique de décider de l’issue du référendum.» Quelques semaines plus tard, le tabloïd a été épinglé par l’Independent Press Standards Organisation (IPSO), organisation régulatrice de la presse britannique.

De nombreuses stars britanniques, elles, n'ont pas eu cette prévention. Que ce soit Idris Elba ou J. K. Rowling qui ont pris parti pour le «remain» ou Michael Caine et John Cleese qui défendent le Brexit.


2014, l'année du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, aura néanmoins vu cette loi du silence quelque peu mise à mal. Quelques jours avant l’ouverture des bureaux de vote, Elizabeth II avait enjoint les électeurs de «penser très sérieusement à l’avenir». De même, le jour du scrutin, la reine attend les résultats depuis son château écossais de Balmoral. Deux gestes interprétés comme un soutien au vote pour le maintien de l’Écosse dans le Royaume-Uni.

Peu après la victoire du «non», une conversation de David Cameron enregistrée à son insu révélait que la reine Elizabeth II avait «ronronné» de joie à l’annonce du résultat. Le Premier ministre avait dû présenter ses excuses pour avoir rapporté involontairement une conversation privée avec celle qui, ne l’oublions pas, est aussi à la tête des «royaumes du Commonwealth».

En 2016, la presse a beau être aux aguets, rien ne fuite. La reine règne mais ne parle pas. 

Cyril Simon
Cyril Simon (28 articles)
Journaliste
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