Sports

Revenu comme un roi, LeBron James devient une légende

Josh Levin, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 20.06.2016 à 17 h 46

La star de la NBA qui est retournée jouer à Cleveland en 2014 après avoir gagné deux titres avec Miami s'impose comme un des plus grands joueurs de l'histoire après sa victoire en finale contre Golden State.

LeBron James et Kevin Love après le septième match des finales NBA ce dimanche 19 juin I EZRA SHAW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

LeBron James et Kevin Love après le septième match des finales NBA ce dimanche 19 juin I EZRA SHAW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

LeBron James a été sacré star transcendante et générationnelle alors qu’il était encore à l’université. Il est le meilleur basketteur depuis quasiment les treize années qu’il joue dans la ligue –quatre fois MVP [Most Valuable Player, meilleur joueur de la saison: 2009, 2010, 2012, 2013], douze fois sélectionné pour le All-Star, et déjà classé 11e meilleur marqueur de l’histoire de la NBA à 31 ans. C’est le joueur le plus physiquement doué de tous les temps, plus rapide et plus talentueux que quiconque de sa taille et de sa force.

Et pourtant dimanche soir, quelques minutes après qu’il a mené les Cavaliers de Cleveland jusqu’au premier titre de leur histoire, James a déclaré: «Je ne sais pas pourquoi l’homme là-haut m’a imposé le plus dur des chemins.» Et celui qui est désormais trois fois champion NBA disait la vérité. Juste après le coup de sifflet final, il s'écroulait d'ailleurs en larmes sur le parquet.


Le match 7 des finales 2016 de la NBA a ressemblé à une bataille à coups de pierres dans un énorme nid de poule. Steph Curry, MVP unanime de la saison, n'a réussi que 6 tirs sur 19 et terminé avec davantage de balles perdues que de passes décisives. Son coéquipier Klay Thompson a lui fini la rencontre sur un 6 sur 17 dont 2/10 depuis la ligne des trois points. Pendant ce match décisif, LeBron lui-même a juste réussi 9 de ses 24 tirs et perdu cinq ballons. Après qu’il a marqué six points de suite, donnant une avance de deux points à son équipe (89-87) alors qu’il ne restait que 4 minutes 52 à jouer, James a raté quatre tirs d’affilée, dont chacun aurait pu redonner l’avantage à Cleveland.

Le contre qui tue

De l’autre côté, les Warriors ont raté leurs neuf dernières tentatives de tirs. Le seul joueur sur les deux équipes à avoir fait un panier à deux points alors qu’il restait 4 minutes 39 fut Kyrie Irving, dont le 3 points à 53 secondes de la fin a permis à Cleveland de remporter la victoire 93-89 contre les Golden State. Le meneur a été décisif pendant tout ce septième match avec un total de 26 points, un de moins que Lebron James.

Voilà le problème avec la NBA, les héritages et la grandeur: dans cette série, LeBron a été aussi dominateur qu’un basketteur peut l’être, et il n’a jamais été en position de contrôler le destin de son équipe. Si une des meilleures équipes offensives de l’histoire a réussi à marquer des points dans les toutes dernières minutes du quatrième temps… si Curry n’avait pas réalisé une stupide passe dans le dos hors jeu … si Kyrie Irving avait raté ce tir longue-distance au lieu de marquer, alors cette histoire n’inclurait probablement pas les mots «trois fois champion».

Les basketteurs jouent pour remporter des championnats, et fans et journalistes les évaluent en fonction de leur succès dans ce domaine

James était le meilleur des deux équipes dans les finales NBA en termes de points, de rebonds, de passes décisives, de contres et d’interceptions. Il a marqué 41 points dans le match 5, 41 de plus dans le match 6 et s’est offert un triple-double lors du match 7. À un peu moins de deux minutes de la fin, il a traqué Andre Iguodala et réalisé le contre du siècle pour rester sur l’égalité.


Deux minutes plus tard, il a quasiment pulvérisé l’espace et le temps avec un dunk décisif contre Draymond Green. Il aurait été tout naturel de voir le meilleur joueur du monde sceller l’une des plus importantes victoires de l’histoire de la NBA avec l’un des plus fantastiques dunks au monde. Mais Green lui a mis une grosse faute, et envoyé James sur la ligne. James a joué de son poignet droit blessé et marqué un lancer franc sur deux tentatives, accordant aux Cavs l’avance décisive qu’ils ne lâcheraient plus. Moins spectaculaire, certes, mais quelque part plus approprié. LeBron s’est envolé au-dessus de tous les autres, s’est fait dégager du ciel et a dû se relever pour assurer la plus grande victoire de sa franchise.


 

Mais pour rapporter un championnat à Cleveland, le meilleur joueur du match a dû passer par quelques moments à vide. C’est la réalité du sport professionnel, et c’est à cause de cette réalité que je soutiens LeBron James depuis dix ans. Les basketteurs jouent pour remporter des championnats, et fans et journalistes les évaluent en fonction de leur succès dans ce domaine. Ce n’est pas juste, mais c’est ce qui rend si excitants les matchs que nous regardons. Comme ce sont toujours les héros qui l’emportent, ceux d’entre nous qui voudraient voir l’un des meilleurs joueurs de tous les temps obtenir le respect qu’il mérite n’ont d’autre choix que d’espérer qu’il aura les rebonds dont il a besoin pour rendre son CV inattaquable.

Il était une fois «L'élu»

LeBron a mené le tout premier comeback de l'histoire de la NBA après un déficit de 3-1 dans la série finale de la NBA. Il a battu la plus grande équipe de saison régulière de tous les temps. Il est revenu dans son État natal de l’Ohio et a remporté un championnat pour la ville la plus malchanceuse des États-Unis. Ce contre sur Iguodala n’est pas le contre qui a maintenu l’égalité avant que Steph Curry n’explose et ne remporte son deuxième titre d’affilée. C’est The Contre. S’il ne l’était pas déjà, LeBron James est désormais, légitimement, une légende du basket.

Dans le nord-est de l’Ohio, on ne vous donne rien. Il faut tout gagner par soi-même

LeBron James

Le chemin a été dur pour LeBron James. C’était dur d’être surnommé «L'Élu» lorsqu’il était junior à la fac, puis d’être en butte aux critiques alors qu’il dépassait même les attentes les plus folles. C’était dur d’être drafté par l’équipe de son État, et que les autres attendent de lui qu’il fasse ce qu’aucun autre joueur d’aucun autre sport n’a fait pour Cleveland depuis 1964. C’était dur de quitter l’Ohio pour une autre opportunité, une meilleure, et de voir son maillot brûlé par des fans qui avaient prétendu l’aimer. C’était dur de revenir, de pardonner au propriétaire de la franchise Dan «Comic Sans» Gilbert qui avait eu des mots très dur après son départ pour Miami, et de dire qu’il était «prêt à accepter le challenge» de gagner un championnat avec les Cavaliers.

L'épreuve du feu

C’était dur de jouer sans Kevin Love et Kyrie Irving dans les finales de l’année dernière perdues 4-2 contre ces mêmes Golden State Warriors. C’était dur parfois de jouer avec Kevin Love et Kyrie Irving –l’ailier fort star qui ne sait pas jouer en défense et le meneur shooter star pour qui le match est un one man show de 48 minutes ponctué d’occasionnels entractes pendant lesquels d’autres gens sont autorisés à toucher le ballon. C’était dur de diriger une équipe qui n’aurait peut-être même pas fait la post-saison sans lui.

Remporter un championnat, quel que soit le sport, c’est dur. Et pour un championnat de la NBA, c’est encore plus dur que pour la plupart des autres. Pas de gardien de but star ou de lanceur partant émérite. Les éliminatoires ne doivent rien au hasard, ils sont une véritable épreuve. On ne peut pas remporter un titre de la NBA par chance. Le cran et la débrouillardise ne suffisent pas à décrocher le trophée. Il faut être le meilleur, ou être très très près d’être le meilleur, et espérer être dans une année où ça va être suffisant.

Dans un essai de 2014 paru dans Sports Illustrated sur son «retour chez lui», James déclare à Lee Jenkins: «Dans le nord-est de l’Ohio, on ne vous donne rien. Il faut tout gagner par soi-même. Il faut travailler pour obtenir quelque chose.» LeBron a fait bien plus que ce qu’il fallait pour remporter ce championnat, en donnant le meilleur de lui-même dans son jeu et en permettant à ses coéquipiers d’être encore meilleurs. En faire assez pour remporter un titre ne signifie pas toujours que vous y parviendrez, surtout quand vous jouez contre Steph Curry et les Warriors. On n’a jamais rien donné à LeBron James. Mais aujourd’hui, il a ce championnat, et personne, jamais, ne pourra le lui enlever.

Josh Levin
Josh Levin (21 articles)
Rédacteur en chef de Slate.com
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