France

Avec la primaire, Hollande double ses chances de désaveu électoral

Temps de lecture : 3 min

Il est tentant de voir la décision du PS d'organiser une primaire en janvier comme une manifestation de génie tactique. Et trompeur.

François Hollande sur France Inter, le 5 juin 2016. ETIENNE LAURENT / POOL / AFP.
François Hollande sur France Inter, le 5 juin 2016. ETIENNE LAURENT / POOL / AFP.

Si l'art de la politique consiste à déguiser la soumission à l'adversité en génie tactique, saluons comme un redoutable «piège de Hollande» la «primaire» décidée ce week-end par le Parti socialiste. Cet exercice démocratique était, jusqu'à présent, écarté avec mépris par les partisans de François Hollande. Soumettre le président sortant au vote des électeurs de gauche était presque considéré comme un crime de lèse-majesté.

Subitement, la primaire n'a plus rien de «dévalorisante» pour le chef de l'Etat. Elle serait même l'essence de la «démocratie», affirme aujourd'hui Manuel Valls, qui estimait pourtant, au début de l'année, que «le président de la République sortant n'avait pas à se soumettre à une primaire».

Cette volte-face doit beaucoup à la très grande difficulté, pour un président sortant massivement rejeté, à se représenter devant les électeurs. Si le but de la manœuvre est de se «relégitimer» par l'exercice de la primaire, comme on l'explique désormais dans les allées du pouvoir, c'est bien que la légitimité du chef de l'Etat à briguer un nouveau mandat pose problème. C'est parce que le président Hollande n'est plus guère présentable en l'état que le candidat Hollande est contraint de tenter de renouer avec l'électorat de gauche.

À moins que le président le plus impopulaire de la Ve République jette l'éponge. L'hypothèse n'est nullement exclue rue de Solférino. L'annonce d'une primaire les 22 et 29 janvier 2017 vise aussi à prévoir un dispositif de sélection en cas de non-candidature de Hollande. En dépit de l'amélioration de la conjoncture économique et sans doute en raison des tensions sociales, sa cote de popularité Ifop demeure au plancher avec 14% de «satisfaits» et 85% de «mécontents».

Préserver le Parti socialiste

La surprise du chef Jean-Christophe Cambadélis doit beaucoup à son souci de sauvegarder l'unité de son parti. Le premier secrétaire du PS ne se fait aucune illusion sur les chances de la gauche en 2017. Il espère simplement que la défaite qu'il juge inévitable ne se traduira pas par un éclatement de la vieille maison socialiste.

Or, la menace est réelle. L'état de faiblesse de François Hollande est telle qu'une candidature dissidente d'Arnaud Montebourg était une éventualité prise très au sérieux. On en était aussi conscient à l'Elysée que rue de Solférino. Au fil de tractations laborieuses, «Cambacadabra» a, semble-t-il, réussi à convaincre Hollande qu'il fallait désormais en passer par la case primaire. A moins qu'il ne lui ait un peu forcé la main...

Ce n'est, en tous cas, pas de gaieté de cœur que le chef de l'Etat a consenti à descendre dans l'arène de la primaire. Comparaître devant le «peuple de gauche» serait un exercice éminemment périlleux pour un président sortant qui s'est à ce point affranchi de tous les repères socialistes.

L'aile gauche du PS se méfie, non sans raisons, des «ruses» d'une direction du PS qui pourrait être tentée d'organiser une petite primaire afin de maximiser les chances de succès de Hollande. A partir du moment où cette consultation sera ouverte à tous les électeurs de gauche –comme il est prévu–, on voit cependant mal comment l'appareil socialiste pourrait éviter que ce scrutin mobilise tous ceux qui voudront en finir avec l'ennemi-ami de la finance.

Une majorité de sympathisants socialistes ne souhaitent pas que Hollande soit à nouveau candidat en 2017. Le danger est d'autant plus grand pour lui qu'Arnaud Montebourg est bien décidé à représenter une alternative au hollandisme l'année prochaine. Il conditionne simplement sa participation à la primaire socialiste à la loyauté de l'exercice, menaçant le PS d'une candidature libre si tel n'était pas le cas.

Or, l'ancien ministre de l'Economie apparaît bien placé pour polariser sur son nom les opposants à Hollande. Les candidatures à la candidature de Marie-Noëlle Lienemann ou de Gérard Filoche ont peu de chances d'aller jusqu'au bout, car la gauche du PS sera fortement incitée à se regrouper pour éviter un succès du président sortant.

Une qualification toujours problématique

La défaite de Hollande à la primaire du PS et de ses petits satellites est loin d'être exclue. Quoi qu'il en soit, ce dispositif ne garantira nullement la qualification de la gauche au second tour d'un scrutin présidentiel qui sera dominé par la poussée du Front national et le souhait d'une alternance à droite.

Le candidat vainqueur de cette primaire trouvera toujours sur son chemin Jean-Luc Mélenchon, encouragé s'il en avait besoin par les bons sondages qui lui laissent même l'espoir de devancer François Hollande au premier tour de la présidentielle. Le candidat soutenu par le PS risque aussi d'être privé des voix qui se porteraient sur un candidat écologiste crédible comme Nicolas Hulot.

Bref, de quelque manière qu'on l'examine, cette histoire de primaire ne se présente pas sous les traits d'une diabolique opération salvatrice pour le président sortant. Avec la primaire, Hollande double simplement ses chances d'être désavoué par les électeurs: soit être battu au scrutin des 22 et 29 janvier 2017, soit l'être lors de l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 2017.

Eric Dupin Journaliste

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