Santé / Égalités

Une IVG médicamenteuse sans arrêt de travail: le mépris des gynécos français

Temps de lecture : 3 min

La docteure Elisabeth Paganelli a écrit quelques mots pleins de sexisme sur la page Facebook du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France.

Même plus de quarante ans après la loi Veil, le combat pour l’avortement continue (ici, manifestation du 17 janvier 2015 à Paris) | LIONEL BONAVENTURE/AFP
Même plus de quarante ans après la loi Veil, le combat pour l’avortement continue (ici, manifestation du 17 janvier 2015 à Paris) | LIONEL BONAVENTURE/AFP

Depuis le 5 juin, un décret permet aux sages-femmes de réaliser des interruptions volontaires de grossesse (IVG) médicamenteuses. Ce qui n’a pas plu au Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof), qui l’a fait savoir dans un communiqué. Un discours plein de mépris pour les sages-femmes, qui n’auraient notamment pas les compétences pour délivrer un arrêt de travail de quatre jours ni le renouveler. Mais aussi envers les femmes dont l’IVG «se passe bien». C’est du moins ce qu’on peut interpréter des mots de la docteure Elisabeth Paganelli postés sur la page Facebook du Syngof:

«Soit il y a une complication et la patiente a dû être vue aux urgences gynécologiques pour hémorragie et l’arrêt de travail est prescrit pour complications; soit tout se passe bien et on propose à la patiente de choisir le jour de l’expulsion un jour férié avec un adulte, si possible le compagnon ou une amie, ou de poser un jour de congé (cela lui évite de donner un arrêt de travail à son employeur et de craindre de devoir s’expliquer avec ses collègues). […]

Si on considère que la femme est l’égale de l’homme au sein du travail et qu’elle puisse enfin être payée comme l’homme et avec égalité, il faut que les professionnels de santé évitent les arrêts de travail injustifiés à leurs patientes.»

Donc, pour cette femme médecin, au nom de l’égalité entre les deux sexes, les IVG médicamenteuses ne méritent pas un arrêt de travail. Ce qui n’a pas manqué d’être relevé et critiqué, que ce soit sur Facebook ou Twitter.

Des internautes ont voulu pousser la logique un peu plus loin et souligner que l’on pourrait abroger le congé maternité si l’accouchement se passe bien et n’est pas suivi de complications, toujours au nom de l’égalité femmes-hommes.

Mépris plutôt qu’empathie

Certes, le fait que ce soit Elisabeth Paganelli qui ait tenu de tels propos, n’étonne guère. Comme le souligne sur Twitter Marie-Hélène Layahe, auteure du blog Marie accouche là, «c’est la même gynéco qui se plaignait sur France Culture que les femmes venaient chez elles en ayant leurs règles et “en mettaient partout”». Reste que ce type de propos n’est pas isolé.

Si ces propos sont si choquants, c’est qu’ils font fi de l’état de santé de la patiente.

L’écrivain et médecin Martin Winckler l’écrit justement sur Facebook, en réponse au post de la docteure Elisabeth Paganelli:

«Ce que vous écrivez ici montre que beaucoup de gynécologues français.e.s n’ont pas pour mission de soigner ou d’assister les femmes, mais d’appliquer des valeurs et des normes qui n’ont rien à voir avec la vie et les besoins des citoyen.ne.s. Un arrêt de travail ne peut pas être décidé a priori. C’est la femme qui sait en quoi une IVG perturbe ou non sa vie, et c’est à elle de dire ce qui rendra les choses confortables.

Ce qu’on accorde aux hommes qui ont un lumbago ou une colique néphrétique (de dire s’ils se sentent capables ou non de retourner au boulot), les femmes y ont droit elles aussi. Et ce n’est pas aux médecins de définir a priori ce qu’un AT pour IVG doit être. Sauf s’ils se considèrent d’abord comme des flics ou des juges, et non comme des soignants. Votre position sur le sujet n’est pas seulement dénuée d’empathie, elle est aussi profondément réactionnaire. Félicitations.»

Slate.fr

Newsletters

Doit-on empêcher les gens de se suicider?

Doit-on empêcher les gens de se suicider?

Après tout, on pourrait se dire que si quelqu’un veut mourir, c’est son droit.

Bienvenue dans le monde insensé des humains génétiquement modifiés

Bienvenue dans le monde insensé des humains génétiquement modifiés

L’annonce chinoise fracassante de la création de bébés «résistants au sida» démontre l’inanité des interdits éthiques et législatifs pour lutter contre le transhumanisme. Que va-t-il désormais se passer?

Les antibiotiques ne sont pas un traitement miracle

Les antibiotiques ne sont pas un traitement miracle

Il est difficile de prédire combien de temps après le début d’un traitement antibiotique l’amélioration se fait sentir. Mais si au bout de deux jours, vous allez plus mal, retournez consulter…

Newsletters