Sciences / Parents & enfants

Doit-on relever les empreintes digitales des bébés?

Temps de lecture : 3 min

La science permet de relever les empreintes digitales des nouveau-nés. Mais, si constituer un carnet de santé biométrique est possible, est-ce forcément une bonne idée?

Les empreintes digitales permettent de surveiller la santé des enfants dès leur naissance | Sharon Mollerus via Flickr CC License by

C’est d’abord un progrès technologique indéniable: il est désormais possible de relever les empreintes digitales des enfants les plus minuscules, y compris les nouveau-nés. La science s’est attelée à ce dossier en arguant que les empreintes digitales sont l’un des meilleurs moyens de surveiller la santé des enfants dès leur naissance et de pouvoir les identifier grâce à cela.

C’est effectivement un moyen plus fiable que le simple petit bracelet de naissance, qui a parfois pu occasionner des échanges plus que malheureux. On imagine que les cas sont moins rares aujourd’hui, notamment grâce à l’existence de bracelets de naissance impossibles à détacher et à repositionner sur un autre bébé, même si cet article du New Scientist évoque le cas d’un couple texan ayant récupéré son nourrisson en ce mois de juin 2016 après avoir passé une année avec un bébé qui n’était pas le sien.

De plus en plus, les organisations liées à la santé réfléchissent à l’établissement d’un gigantesque fichier biométrique qui permettrait de suivre tout être humain dès la naissance afin de suivre l’avancement de ses vaccins ou de conserver une trace de toutes ses consultations précédentes. C’est comme si votre carnet de santé vous accompagnait partout où vous alliez.

L’utilisation des empreintes digitales préalablement enregistrées dans un grand fichier permet en outre de traiter les dossiers rapidement. Dans le cas de l’échange à la naissance cité plus haut, il a fallu des mois de procédure et des analyses ADN pour prouver qu’il y avait eu interversion, alors que la lecture des empreintes n’aurait pris que quelques instants.

Fichage

Sur le plan technique, relever les empreintes de bébés et d’enfants très jeunes a constitué un véritable challenge, les variations de relief étant apparemment bien plus fournies sur leurs petits doigts que sur nos grosses mains d’adultes. Il a fallu concevoir un scanner plus précis, agrémenté d’une machine capable de déduire par algorithme les morceaux d’empreintes pouvant venir à manquer. La peau douce et élastique des bébés ne rend pas les prélèvements faciles…

La méthode reste cependant à peaufiner, puisque, si elle est performante dans environ 99% des cas chez les enfants âgés de 1 mois ou plus, le chiffre chute à 50% chez les bébés de moins de 1 mois. Les chercheurs de l’Université du Michigan qui travaillent sur le sujet ne doutent pas qu’ils pourront bientôt différencier de façon quasi infaillible les empreintes digitales de deux bébés choisis au hasard.

Mais si cette technologie n’est pas encore tout à fait prête à être utilisée, les questions liées à l’éthique et aux libertés se posent déjà. Relever les empreintes digitales dès la naissance, c’est mettre en place une vaste entreprise de fichage, dont on peut douter qu’elle ne soit ensuite utilisée qu’à des fins bienveillantes. Par exemple, imaginez ce qui se produirait si un futur employeur pouvait avoir accès à tous les dossiers médicaux des candidats au poste proposé: de nombreuses personnes identifiées à l’emporte-pièce comme «à risque» pourraient voir plus d’un emploi leur passer sous le nez. Et ce n’est qu’une situation parmi tant d’autres.

On se souvient que Nicolas Sarkozy, en 2008, souhaitait détecter les comportements jugés borderline dès l’âge de 3 ans, et donc ficher dès le plus jeune âge les individus dits instables. Depuis 2009, l’Inde consigne quant à elle toutes les informations biométriques (y compris le scan de l’iris et l’empreinte du visage) de ses habitants de plus de 5 ans. Mais New Scientist rappelle que, dans d’autres pays, comme l’Angleterre ou les États-Unis, les écoles qui avaient proposé de relever les empreintes de leurs élèves (pour leur permettre de payer leur repas de cantine grâce à elles, par exemple) avaient été accueillies par un tollé général.

Le débat n’a certainement pas fini de faire rage. En attendant, les scientifiques continuent de réfléchir à la meilleure façon de perfectionner la façon d’identifier 7 milliards d’individus de façon fiable. Le scan de l’iris aurait le vent en poupe et pourrait finir par détrôner les empreintes digitales, ce qui ne change absolument pas les tenants et les aboutissants du débat.

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