Sports / Monde

Sur le terrain comme en dehors, la Pologne sans complexe face à l'Allemagne

Temps de lecture : 2 min

Le pays jouit désormais de relations apaisées avec son voisin, et a même réussi à partager les points avec lui au Stade de France.

Des supportrices polonaises au Stade de France, le 16 juin 2016. PATRIK STOLLARZ / AFP.
Des supportrices polonaises au Stade de France, le 16 juin 2016. PATRIK STOLLARZ / AFP.

Malgré des couacs diplomatiques de plus en plus fréquents –pas plus tard qu’au mois de mai, le ministre polonais des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, avait fait faux bond à la dernière minute à son homologue allemand Franz-Walter Steinmeier ainsi qu’au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, avec lesquels il devait débattre outre Rhin, prétextant… un manque de sommeil–, les relations germano-polonaises n’ont jamais été aussi apaisées.

Ironie du sort géopolitique, et comme pour mieux rappeler à ses dirigeants le long chemin parcouru depuis novembre 1989 (date d’une première réconciliation entre le chancelier Helmut Kohl et le Premier ministre polonais Tadeusz Mazowiecki) les deux équipes ont fait match nul, jeudi 16 juin, au Stade de France. Un 0-0 qui, pour les Polonais, largement donnés perdants… a pourtant le goût de la victoire. Celui d’une victoire sur eux-mêmes, une partie de leur complexe et leurs ressentiments.

Dès avant le match, et à l’encontre d’une certaine germanophobie ambiante du gouvernement, la presse polonaise se délectait de la nouvelle fraternité qui venait unir les deux rives de l’Oder. Au point que Duzy Format, le supplément magazine du quotidien Gazeta Wyborcza, titrait, dans un mélange linguistique germano-polonais: «C’est notre land. Quelle est la part du Polonais dans chaque Allemand, et quel Allemand avons-nous en chacun de nous?» Et la presse allemande de lui emboîter le pas, le Berliner Morgenpost allant jusqu’à sortir une une dans les deux langues.

Cette semaine, on trouvait donc dans la presse polonaise un reportage consacré aux couples mixtes formés par ces anciens ennemis jurés, un autre au sujet des jeunes habitants de Neukölln, un quartier de Berlin, résolus à apprendre la langue de leurs voisins, ou encore un feuilleton de la célèbre romancière contemporaine Olga Tokarczuk sur les similitudes entre ces deux «frères» ennemis.

Et la romancière de considérer qu’Allemands et Polonais se ressemblent en réalité bien plus qu’ils n’acceptent de le reconnaître. Elle semble donc dépassée, l’image de l’agresseur allemand en uniforme et du voleur de voitures polonais. La romancière rappelle même que des régions polonaises qui ont, à un moment donné de leur histoire, fait partie de l’Allemagne, bien avant la Seconde Guerre mondiale, semblent désormais apprivoiser un passé jadis tabou, aujourd’hui perçu comme une richesse culturelle. Entre les lignes, chroniqueurs et commentateurs rappellent avec prudence qu’il serait bon de continuer sur cette belle lancée.

Du côté des supporters polonais, en tout cas, l’heure n’est donc plus à reprocher aux Allemands leur supposé mépris. Jusqu’à dimanche dernier, le pays n’avait en effet encore jamais remporté le moindre match à l'Euro. Aujourd’hui, il se prend même à rêver d’une qualifications pour les huitièmes de finale en dépit de la présence de la Mannschaft, comme l’écrit Gazeta Wyborcza. Sans oublier que, comme le souligne le quotidien Rzeczpospolita, il y a un autre motif de fierté: le comportement civique des supporters polonais à la veille des matchs contre l'Irlande du Nord à Nice puis l'Allemagne à Saint-Denis.

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