Sciences

Comment les maths et l’évolution peuvent aider à soigner la dépression

Temps de lecture : 2 min

Un prix scientifique vient de récompenser une étude modélisant mathématiquement le contexte le plus favorable à l’apparition de cette maladie mentale.

La dépression relèverait de la réaction d’un cerveau parfaitement sain et bien adapté face à un ensemble définissable d’expériences | Erich Ferdinand via Flickr CC License by

À partir de 2016, le prix George-C.-Williams –du nom d’un des plus éminents biologistes du XXe siècle– offrira 5.000 dollars à la meilleure étude parue dans la revue Evolution, Medicine and Public Health au cours de l’année précédente. La première étude lauréate a été annoncée le 8 juin: il s’agit du travail de Pete C. Trimmer, Andrew D. Higginson, Tim W. Fawcett, John M. McNamara et Alasdair I. Houston, mathématiciens et biologistes de l’Université de Bristol, portant sur la dépression vue sous un prisme évolutif.

Pour les chercheurs, si la dépression est maladaptative –c’est-à-dire délétère– pour le malade, elle résulte, un peu comme l’effet secondaire adverse d’un médicament, de processus cognitifs eux-mêmes sélectionnés par l’évolution pour leur «utilité» dans la survie et la reproduction des innombrables générations précédentes. La dépression relèverait donc de la réaction d’un cerveau parfaitement sain et bien adapté face à un ensemble définissable d’expériences, survenant dans un contexte précis et sur une période spécifique.

Dans son cadre général, cette théorie avait été envisagée par Darwin lui-même, notamment dans l’Annexe A de L’Origine des Espèces, où il écrivait:

«Tout type de douleur ou de souffrance, si elle se perpétue longtemps, cause une dépression affaiblissant le pouvoir de l’action, pourtant elle est bien adaptée pour protéger une créature contre un mal supérieur ou soudain.»

Et elle aura été exploitée dans un grand nombre d’études contemporaines de psychologie et de psychiatrie évolutionnaires.

Évaluation des probabilités de changement

L’un des intérêts majeurs de l’étude de Trimmer tient dans sa conception d’un modèle mathématique d’«apprentissage adaptatif» permettant d’établir un ensemble d’hypothèses solides et empiriquement testables sur les circonstances où une dépression a le plus de risques de survenir. Des circonstances qui, concrètement, demanderont des études ultérieures pour être précisées mais qui ouvrent d’ores et déjà théoriquement la voie à des dispositifs thérapeutiques et préventifs innovants pour une maladie comptant parmi les premières causes de handicap dans le monde.

Dans le modèle, un individu fait face, et de manière répétée, à plusieurs alternatives l’incitant à un investissement coûteux susceptible de lui procurer un bénéfice net –soit l’infrastructure la plus basique du processus évolutif. Un investissement lui permettant aussi de s’informer sur l’état de l’environnement à un moment donné et d’en évaluer les probabilités de changement.

Ce que les chercheurs ont observé, c’est qu’un individu suivant la trajectoire optimale –un minimum de coûts, un maximum de bénéfices– peut «choisir» l’inactivité lorsque les conditions lui sont favorables mais qu’il est mal informé sur l’état de l’environnement. Dès lors, concluent les chercheurs, «des conditions initialement bénignes peuvent prédisposer un individu à l’inactivité après une période relativement brève d’expériences négatives». Ce qui pourrait permettre d’expliquer pourquoi un dépressif est susceptible de le rester même quand les événements «déclencheurs» de sa maladie ont disparu depuis longtemps.

Newsletters

Une épidémie de maladie rénale pourrait se propager avec le changement climatique

Une épidémie de maladie rénale pourrait se propager avec le changement climatique

Les reins sont responsables de l'équilibre hydrique de l'organisme, ce qui les rend particulièrement sensibles aux températures extrêmes.

Être enceinte et positive au Covid-19 est d'autant plus dangereux si on attend un garçon

Être enceinte et positive au Covid-19 est d'autant plus dangereux si on attend un garçon

Le sexe du fœtus influence à la fois la capacité de la mère à générer des anticorps contre le virus et à les transférer à son bébé.

Certaines personnes pourraient être génétiquement immunisées contre le Covid

Certaines personnes pourraient être génétiquement immunisées contre le Covid

Elles détiendraient alors la clé du traitement le plus efficace contre le virus. Si vos proches sont tombés malades et pas vous, vous en faites peut-être partie.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio